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La chronique des chefs économistes

Zone euro: l’hiver s’annonce rude



Selon Olivier Goemans, en zone euro, l’activité réserve de bonnes surprises, mais l’hiver s’annonce rude. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Selon Olivier Goemans, en zone euro, l’activité réserve de bonnes surprises, mais l’hiver s’annonce rude. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

L’activité économique de la zone euro a été plus résiliente que prévu en novembre. Toutefois, avec l’hiver, la conjonction de facteurs tels que la progression du Covid, l’augmentation du coût de l’énergie et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement laisse présager une détérioration.

L’indice PMI (Purchasing Managers Index) de la zone euro, qui reflète la confiance des entreprises, s’est inscrit à la hausse pour la première fois en quatre mois, passant de 54,2 en octobre à 55,8 en novembre, ce qui a surpris les économistes, qui tablaient sur un recul. Le secteur des services surpasse encore l’industrie manufacturière, toujours freinée par les problèmes d’approvisionnement dans le secteur automobile (l’un des plus importants de l’industrie manufacturière européenne). Heureusement, la forte demande en équipements informatiques, en articles ménagers, ainsi qu’en alimentation et en boissons persiste.

Même si les indices de novembre ont dépassé les attentes, l’enquête révèle aussi que les mois à venir risquent d’être difficiles. Premièrement, la pression sur les prix s’intensifie. La hausse des coûts des biens et services à laquelle les entreprises sont confrontées en raison des pénuries, du prix élevé de l’énergie et de l’augmentation des frais de transport n’a jamais été aussi rapide depuis la première enquête PMI en 1998. La hausse des prix accuse une accélération fulgurante, les entreprises tentant de préserver leurs marges en répercutant la hausse de ces coûts sur les clients, notamment en Allemagne. Cette situation se traduit dans les données d’inflation publiées plus tôt dans le mois par Eurostat: l’inflation de la zone euro a atteint 4,1% en octobre, son taux le plus haut depuis la création de l’Union économique et monétaire, pratiquement deux fois plus élevé que l’objectif de 2% fixé par la BCE.

Deuxièmement, le continent fait face à une recrudescence des cas d’infection au Covid-19, contraignant certains pays à imposer un reconfinement complet (Autriche), et d’autres (Allemagne) à envisager de telles mesures. Tandis que les taux de vaccination limitent la charge pesant sur les systèmes de santé, la crainte grandissante des consommateurs d’être contaminés par le virus pourrait les dissuader de sortir et d’aller dépenser de l’argent.

L’inflation risque de peser sur la croissance

Si l’élan constaté dans la zone euro risque d’être freiné, la hausse de l’activité, plus forte que prévu, confirme que la reprise est toujours sur les rails. À nos yeux, l’inflation demeure le risque majeur pour la croissance. Ces derniers temps, les marchés croient de moins en moins au scénario «transitoire», mais les banques centrales maintiennent le cap. À notre avis, une fois que la volatilité des prix de l’énergie se sera atténuée et que les problèmes d’approvisionnement liés au Covid auront été résolus, la pression sur les prix devrait commencer à s’atténuer. Il convient également de noter que la hausse de la TVA allemande a ajouté environ 0,6 point de pourcentage à l’inflation de la zone euro, un effet qui disparaîtra en janvier 2022.

Toutefois, avant que ces facteurs ne se dissipent, un cercle vicieux autoalimenté risque de s’enclencher sur le front de la dynamique inflationniste; les moteurs de l’inflation sont déjà en train de gagner en importance et commencent à sembler plus durables qu’initialement prévu. Si cette tendance se poursuit, elle pourrait finir par avoir un impact sur les décisions de politique monétaire.

Pour le moment, la BCE s’en tient fermement au scénario «transitoire» et prône la patience. Sa présidente, Christine Lagarde, balaie du revers de la main les paris pris sur un relèvement des taux d’intérêt dès le mois d’octobre prochain, considérant ce scénario comme «hautement improbable» en 2022. Toutefois, d’autres responsables politiques laissent entendre que la BCE examine avec prudence toute nouvelle mesure de l’inflation.

Les rendements européens ont fluctué à la hausse cette semaine après qu’Isabel Schnabel et Klaas Knot, membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, ont tous deux minimisé l’impact d’éventuelles nouvelles restrictions liées au Covid sur l’économie, et donc sur la politique monétaire. Madame Schnabel a ajouté que la BCE ne devrait pas s’avancer sur une trop longue période et que les risques d’inflation sont orientés à la hausse. Isabel Schnabel, François Villeroy et Klass Knot ont également indiqué que les achats d’actifs au-delà du terme du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP), en mars, pourraient être plus modestes qu’espérés.

Aujourd’hui, le marché attend avec impatience le prochain comité de politique monétaire de la BCE qui doit avoir lieu les 9 et 10 décembre, ainsi que la publication des estimations d’inflation pour le mois de novembre, qui seront disponibles ce mardi 30 novembre.