PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Washington sortirait gagnante d’un accord avec Pékin



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Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil. (Photo: Bil)

À la veille de nouvelles négociations commerciales avec la Chine, Trump menace la deuxième économie mondiale de nouveaux droits de douane. Pour Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil, l’intérêt des États-Unis est pourtant de signer un accord avec Pékin.

Alors qu’un accord commercial semblait à portée de main entre les États-Unis et la Chine, deux tweets de Donald Trump, publiés dimanche dernier, ont suffi pour doucher l’optimisme ambiant et remettre en cause l’ensemble des négociations.

Le président américain a ainsi annoncé que les États-Unis allaient relever les droits de douane de 10% à 25% sur 200 milliards de dollars de produits chinois et que 325 milliards de dollars supplémentaires de marchandises chinoises, actuellement «non taxées», seraient «prochainement» soumis à des droits de douane de 25%.

Jusque-là, on entendait des personnes proches des négociations deviser sur les progrès accomplis, et ces dernières déclarations ont pris les marchés par surprise. Les places boursières du monde entier ont viré au rouge. En Chine, l’indice CSI 300 des principales actions cotées à Shanghai et Shenzhen a clôturé en baisse de 5,8% lundi, réalisant sa plus mauvaise séance depuis 2016.

Certains voient ces annonces comme une tactique de dernière minute de Donald Trump pour montrer à ses concitoyens qu’il cherche bien à sceller le meilleur accord possible pour son pays. D’autres pensent à un dangereux coup de poker. Pour nous, il est clairement dans l’intérêt des États-Unis de conclure un accord, si bien que les pourparlers pourraient encore déboucher sur une issue satisfaisante...

Les pourparlers pourraient encore déboucher sur une issue satisfaisante...

Olivier Goemans,  head of investment services and innovation,  Bil

Le soutien majoritaire des entreprises américaines à un accord plaide en ce sens. En 2018, les États-Unis ont importé pour 540 milliards de dollars de produits chinois, et un accroissement des droits de douane sur les importations de matières premières se traduira par un renchérissement des coûts de production et une compression des marges.

N’oublions pas non plus que la présidentielle de 2020 n’est pas loin et que les États agricoles représentent une base électorale importante pour Donald Trump. Or, ceux-ci ont déjà des motifs de mécontentement: le Japon, par exemple, achète désormais davantage aux pays membres du Partenariat transpacifique ou TPP (dont s’est retiré Donald Trump) et à l’Europe après la conclusion d’un nouvel accord commercial entre l’UE et le Japon, et moins aux États-Unis. Un accord avec la Chine aurait le mérite d’apaiser rapidement et fortement la grogne du monde agricole.

Des articles indiquent que la Chine pourrait accepter d’acquérir d’importants volumes de marchandises américaines, dont des produits agricoles, dans le cadre d’un accord avec les États-Unis. Le candidat démocrate Bernie Sanders a déjà proposé un projet visant à soutenir l’Amérique rurale dans le cadre de sa campagne.

À cela s’ajoute également le fait que les droits de douane continus et croissants représentent, avant tout, un surcoût pour les consommateurs, ce qui pourrait déplaire aux électeurs avant le prochain scrutin. D’après une étude conjointe de la Réserve fédérale et des universités de Princeton et Columbia, ce surcoût pour les consommateurs serait de 1,4 milliard de dollars par mois.

Le conflit commercial aura des conséquences bien plus étendues, en perturbant les échanges mondiaux et la plupart des économies.

Olivier Goemans,  head of investment services and innovation,  Bil

Au-delà de ces considérations, le conflit commercial aura des conséquences bien plus étendues, en perturbant les échanges mondiaux et la plupart des économies. Et quand bien même une solution émergerait, rien ne garantit que les États-Unis n’auront pas rapidement d’autres visées.

Le ministre du Commerce malaisien Darell Leiking a fait écho à nos propres réflexions la semaine dernière lorsqu’il a directement appelé les États-Unis et la Chine à mieux assumer les «responsabilités mondiales» qui leur incombent et à parvenir à une trêve.

L’évolution de la situation dépendra beaucoup du fait que Donald Trump continue ou non de se déchaîner sur Twitter, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Des membres de l’équipe chinoise participant aux pourparlers ont, en outre, déjà signifié à maintes reprises qu’ils ne négocieraient pas «avec un couteau sous la gorge».