POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Sebastian Reddeker (CEO de LFT)

«Être confiné ne veut pas dire qu’on ne pense pas au futur»



Les campagnes de promotion du Luxembourg sont en pause, comme les voyages, mais prêtes à être déployées quand la situation sanitaire le permettra. Pour cela, Luxembourg for Tourism travaille main dans la main avec ses voisins. (Photo: Sebastian Reddeker)

Les campagnes de promotion du Luxembourg sont en pause, comme les voyages, mais prêtes à être déployées quand la situation sanitaire le permettra. Pour cela, Luxembourg for Tourism travaille main dans la main avec ses voisins. (Photo: Sebastian Reddeker)

Comment promouvoir son pays en tant que destination touristique alors que les habitants des pays voisins ne peuvent plus voyager? Luxembourg for Tourism adapte sa stratégie en permanence et en concertation avec ses homologues européens.

Les critiques autour du reportage sur le Luxembourg prévu cet été, mais diffusé début novembre sur TF1 alors que les Français sont confinés, l’ont montré: se promouvoir comme destination touristique relève d’un exercice de funambule en cette période de crise sanitaire, où les restrictions changent en permanence . C’est pourtant la mission principale de Luxembourg for Tourism (LFT). Son CEO, Sebastian Reddeker , nous raconte comment il s’adapte au jour le jour.

Est-ce qu’on peut encore promouvoir la destination Luxembourg quand le tourisme est à l’arrêt?

Sebastian Reddeker. – «Promouvoir les destinations de voyage quand voyager est difficile, c’est un vrai défi. Cela évolue avec la situation. En mars, nous avons arrêté 100% des campagnes pendant quelques semaines. Nous avons recommencé sur les réseaux sociaux où les gens pouvaient s’exprimer, une communauté s’est formée. C’est quelque chose qu’on peut réactiver et arrêter facilement et où on est flexibles. C’est plus compliqué avec les campagnes classiques, qu’on prévoit en avance.

Cet été, nous nous sommes concentrés sur les alentours: le Luxembourg, la Grande Région et au-delà, selon les liaisons aériennes ou en train. Toujours en ayant en tête: est-ce que c’est possible de voyager ou pas?

Aujourd’hui, la stratégie, c’est qu’on ne fait plus rien. Nous sommes plus ou moins dans la même situation qu’en mars-avril. Tous les pays autour sont en confinement, voyager n’est plus possible ou approprié.

La plupart des campagnes de communication étaient déjà finies avant octobre, les deux ou trois projets prévus ont été décalés quand c’était possible. Par exemple des articles prévus dans des médias.

En 2020, LFT a dû annuler tous les voyages de presse thématiques prévus et une vingtaine de voyages de presse individuels. Toutefois, 34 voyages de presse individuels (contre 68 en 2019, ndlr) ont pu être organisés avant et après le confinement. Il s’agit de 54 journalistes ou 34 médias. En plus de cela, 10 ‘blog trips’ (avec des influenceurs, instagrameurs, blogueurs…) ont pu être organisés cette année et 6 influenceurs ont pu bénéficier d’une Luxembourg Card (contre respectivement 21 et 13 l’an dernier, ndlr).

Avec d’autres destinations, nous avons développé la devise ‘Rêvez maintenant, voyagez plus tard’.
Sebastian Reddeker

Sebastian Reddeker,  CEO ,  LFT

Comment se passe la coordination avec les autres pays?

«Dès le départ, nous nous sommes concertés avec les autres destinations en Europe pour voir comment communiquer. Nous avons alors développé la devise ‘Dream now, travel later’ (pour ‘rêvez maintenant, voyagez plus tard’). Car dans nos statistiques de recherches, nous avons remarqué que le fait d’être confiné ne veut pas dire qu’on ne pense pas au futur. Donc nous avons essayé de donner des idées pour de prochains voyages.

Les études nous ont aidés à voir comment les attitudes de voyages changent d’un jour à l’autre. Par exemple, selon les règles de confinement ou si on passe sur liste rouge/orange/verte, les attitudes de recherches et de réservations changent directement.

La crise vous a-t-elle rapprochés?

«Beaucoup de ces contacts étaient développés avant. Mais effectivement, l’échange est devenu de tous les côtés beaucoup plus intense. C’est dû au besoin d’échanger, car la situation change tellement vite. Notamment avec la Wallonie, le Grand Est, la Rhénanie-Palatinat, avec qui nous avons un groupe d’échange, pour savoir comment les autres s’orientent dans la communication, et ne pas risquer de faire quelque chose à côté de la plaque.

Nous faisons la même chose à l’intérieur du pays avec nos acteurs touristiques. LFT a effectué un suivi permanent des données de recherches et de réservations hôtelières.

Dans le cadre de l’European Travel Commission, on est dans un groupe où nous nous échangeons les résultats d’études de marché. Par exemple, la vague d’enquêtes d’octobre a révélé que 2,3 millions d’Européens peuvent s’imaginer une visite au Luxembourg jusqu’en avril 2021. Pour nous, c’est clair qu’ils ne vont pas venir tout de suite, à cause de la situation actuelle. Par contre, il est très important de penser à la situation au-delà de la crise actuelle. De voir le potentiel et de préparer des activités de communication pour le moment où cela deviendra de nouveau réaliste de voyager. Sachant que la situation peut changer et tout remettre en cause, c’est clair.

Les campagnes à l’arrêt signifient-elles le chômage partiel pour une partie de vos 19 salariés?

«Non, pas de chômage partiel, tout le monde est opérationnel. Il y a beaucoup de choses à faire. Par exemple, nous travaillons intensivement sur la nouvelle application touristique qui va sortir à l’été 2021. Il y a beaucoup de projets qu’on fait qui ne sont pas totalement visibles, mais nous profitons de la situation pour nous en occuper.

Le LFT a été financé à hauteur d’environ 5 millions d’euros en 2020. Le budget dédié à la promotion du Luxembourg a-t-il diminué?

«Non, pas du tout. Le budget que nous épargnons par les activités que nous ne faisons pas actuellement, nous allons le mettre sur des périodes futures, comme nous l’avons fait cet été.

Avez-vous des chiffres pour mesurer l’impact de la crise sur le tourisme luxembourgeois?

«Entre janvier et août 2020,  le Statec compte 1.042.585 nuitées et 397.484 arrivées. Soit -51% de nuitées et -52% d’arrivées d’une année à l’autre. Pour juillet-août, ce sont 553.148 nuitées (-36%) et 169.214 arrivées (-38%).

Les nombreux frontaliers venus passer leurs week-ends au Luxembourg ont-ils eu un effet bénéfique sur le tourisme ces dernières semaines?

«Nous n’avons pas de chiffres l’indiquant, mais nous voyons dans les statistiques que les gens sur Google ont recherché beaucoup plus au Luxembourg. Ce n’est pas dû à des campagnes de communication de notre part.

Ce sont surtout des visiteurs pour la journée qui ne restent pas forcément à l’hôtel, ce ne sont pas les clients que nous visons normalement. Nous visons des gens qui restent plus longtemps et qui s’intéressent aux sujets de la culture, de la gastronomie, des activités outdoor.

Pour quand sont prévues vos prochaines campagnes de communication?

«Nous avions des campagnes de prêtes axées sur les activités en hiver. Nous n’allons pas faire cela comme prévu en décembre. Je ne peux pas vous donner de date exacte, ça peut changer d’un jour à l’autre. Dès que la situation le permettra, nous le ferons.

En quoi la crise pourrait-elle modifier les habitudes de voyage pour la suite?

«Il ne faut pas croire qu’en 2023, nous aurons tous notre vaccin et que le monde sera le même qu’en 2019. Pas du tout. Nous voyons que les projets de promotion se font de manière digitale. Même les cibles un peu moins digitales sont maintenant habituées à faire leurs recherches en ligne pour les informations instantanées.

Les gens réservent à plus court terme. Initialement, au Luxembourg, on était autour de trois mois en moyenne pour réserver, là, on est presque à quatre semaines, parce qu’on ne sait pas comment la situation va évoluer. Cela va aussi modifier les habitudes de voyage dans le futur.

Les activités outdoor ont plus de succès et, selon les études, cela pourrait rester. Ainsi que les activités dans les alentours, à deux ou trois heures de chez soi. Le focus sur la sécurité sanitaire restera dans les besoins basiques du voyageur.»