ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Bertrand Piccard (Solar Impulse)

«La voiture électrique, plutôt une batterie sur roues»



Depuis qu’il a rangé son avion solaire, Solar Impulse, Bertrand Piccard a lancé une fondation et une nouvelle initiative, visant à labelliser 1.000 technologies à la fois propres et rentables. (Photo: Mission Innovation)

Depuis qu’il a rangé son avion solaire, Solar Impulse, Bertrand Piccard a lancé une fondation et une nouvelle initiative, visant à labelliser 1.000 technologies à la fois propres et rentables. (Photo: Mission Innovation)

À la tête de Solar Impulse Foundation, l’aventurier Bertrand Piccard défend une autre approche de la voiture électrique, celle d’une «batterie sur roues». À partir de laquelle les conducteurs pourraient revendre de l’électricité.

«Je suis à 100% en faveur du moteur électrique en raison de son efficience. Ça peut avoir 97% de rendement! Un moteur thermique de voiture arrive à peine à 27% de rendement. Trois fois moins, c’est catastrophique! On a besoin de moins d’énergie parce qu’il y a moins de pertes.»

Une semaine après la levée de boucliers des professionnels de l’automobile face à l’idée de devoir passer les flottes d’entreprises à 100% électriques , le président de Solar Impulse Foundation et aventurier, Bertrand Piccard, se range résolument du côté du ministre de l’Énergie, Claude Turmes (Déi Gréng) .

«Il ne faut pas opposer l’électrique à l’hydrogène, il faut opposer la batterie à l’hydrogène. Quand on a une pile à combustible avec l’hydrogène, on refabrique de l’électricité dans la voiture pour le moteur électrique. Faut-il une batterie ou de l’hydrogène? Aujourd’hui, la batterie est prête et ça fonctionne!», dit le Suisse avec pragmatisme.

Si on n’utilise la voiture électrique que pour rouler, à ce moment-là, c’est contestable!
Bertrand Piccard

Bertrand Piccard,  président de Solar Impulse Foundation

«Je crois beaucoup en l’hydrogène, mais il faudrait des plans nationaux de développement de l’hydrogène. Il faut aussi obtenir des voitures électriques que tant qu’elles ne sont pas utilisées, elles doivent être branchées sur une borne, et se charger quand l’énergie renouvelable est abondante et se décharger sur le réseau quand il y a des pics de consommation. La voiture électrique ne doit pas être considérée comme une voiture avec une batterie, mais comme une batterie avec des roues, un stockage individuel au profit de la collectivité», ajoute-t-il pour Paperjam. «Si on y arrive, la voiture électrique jouera un rôle parfaitement environnemental. Si on n’utilise la voiture électrique que pour rouler, à ce moment-là, c’est contestable!»

Des conducteurs-vendeurs d’électricité verte

Restera, selon lui, «à passer des accords avec des utilisateurs, qu’ils puissent vendre leur électricité!» Au Luxembourg, le ministre a aussi annoncé vouloir mettre en place un outil pour inciter au développement de l’infrastructure de chargement des voitures électriques, en entreprise, par exemple, en plus de bornes publiques forcément amenées à évoluer au fur et à mesure que ces technologies progressent.

Creos devra ensuite trouver les outils pour rendre ce réseau assez dynamique pour piocher de l’énergie dans les voitures et la rendre au moment où les salariés voudront se déplacer ou rentrer chez eux.

La semaine dernière, des chercheurs ont découvert comment rendre une nouvelle génération, au sodium-ion , presque aussi efficace que les batteries au lithium-ion. Un enjeu majeur tant le lithium et le cobalt sont des matériaux rares et précieux.

Depuis qu’il a rangé son avion solaire, avec lequel il a parcouru près de 43.000 kilomètres, M. Piccard a lancé sa fondation et une initiative visant à labelliser 1.000 technologies propres et rentables. Dont Apateq, première technologie luxembourgeoise  reconnue.