POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Viviane Reding (Députée CSV)

«Le travail en silos empêche d’avancer»



Viviane Reding fait partie des six personnalités qui forment le «leadership» de Markets4Europe, organisation qui souhaite accélérer la réalisation de l’Union des marchés des capitaux. (Photo: Nader Ghavami/Archives Paperjam)

Viviane Reding fait partie des six personnalités qui forment le «leadership» de Markets4Europe, organisation qui souhaite accélérer la réalisation de l’Union des marchés des capitaux. (Photo: Nader Ghavami/Archives Paperjam)

La députée luxembourgeoise (CSV) et ancienne vice-présidente de la Commission européenne est l’un des porte-voix de l’organisation Markets4Europe, créée pour accélérer la réalisation de l’Union des marchés des capitaux (UMC). Sa première conférence à Luxembourg est donnée mardi 25 février.

L’Union des marchés des capitaux (UMC) est une des  missions assignées par la présidente de la Commission européenne , Ursula von der Leyen, à Valdis Dombrovskis, commissaire en charge de la stabilité financière, des services financiers et de l’UMC. Lancée en septembre 2015 dans le cadre du plan Juncker, l’UMC aurait en effet dû être finalisée à la fin de l’année 2019…

Et le lobbying bat déjà son plein pour accélérer le processus. L’organisation Markets4Europe a ainsi été créée dès octobre dernier à l’initiative de la Fédération bancaire européenne, pour pousser l’UMC.

De son côté, à la même période, la Commission européenne a réuni un  groupe d’acteurs du secteur financier  dans un «High-Level Forum», dont le  premier rapport intermédiaire est paru le 20 février 2020 . Ses recommandations finales sont attendues en mai.

Étape à Luxembourg

C’est dans ce contexte que le «roadshow» de Markets4Europe fait étape à Luxembourg mardi 25 février. Une conférence est ainsi  organisée avec Deloitte et l’ABBL , à laquelle Pierre Gramegna , ministre des Finances, intervient, ainsi que Robert Scharfe (Bourse de Luxembourg), Nicolas Mackel (Luxembourg for Finance) ou encore Luc Frieden (Chambre de commerce).

Viviane Reding  fait partie des six personnalités qui forment le «leadership» de Markets4Europe, aux côtés de Vítor Constâncio (ex-vice-président de la BCE), de Martina Dalić (ex-vice-Premier ministre, ministre de l’Économie et ministre des Finances croate), d’Enrico Letta (ex-Premier ministre italien), de Christian Noyer (ex-gouverneur de la Banque de France) et de Peer Steinbrück (ex-ministre des Finances allemand).

L’occasion de revenir en préambule sur les thématiques poussées par Markets4Europe avec Viviane Reding.

Pourquoi y a-t-il urgence à mettre en œuvre l’Union des marchés des capitaux (UMC)?

Viviane Reding. – «Au contraire des États-Unis, où les marchés financent l’économie, en Europe, ce sont les banques qui jouent ce rôle. Le problème consiste dans le fait que nous allons avoir besoin de financements d’envergure pour conduire les transformations nécessaires aux évolutions digitales, environnementales et démographiques.

Nous avons cet argent, mais il n’est pas utilisé de manière constructive, et dort souvent sur des comptes épargne, qui, en plus, rapportent peu aux épargnants dans les conditions de taux actuelles.

Pour que l’UMC puisse se faire, il faut aussi qu’un changement de mentalités s’opère, et que les pays arrêtent de penser avec une vision nationale ou même régionale, mais réfléchissent global.
Viviane Reding

Viviane Reding,  députée CSV

L’UMC permettrait alors de diversifier les moyens de financement des entreprises.

Avec Markets4Europe, la Fédération bancaire européenne a ainsi tiré le signal d’alarme, se rendant également compte que les banques ne peuvent plus faire du ‘business as usual’.

Le Brexit nous pousse aussi à progresser vers l’UMC, car non seulement les Américains, mais aussi les Britanniques, sont plus avancés en la matière.

Il faut donc un changement de cap, et il faut qu’il soit massif.

Quels sont les obstacles à sa mise en place?

«L’UMC touche à des thèmes transverses, ce qui demande notamment un travail coordonné des États membres sur l’évolution de la fiscalité, ou sur certains points qui relèvent des ministres de la Justice. Les aspects juridiques sont d’ailleurs pour l’instant les plus complexes.

Il faut également une volonté politique de la part des gouvernements nationaux eux-mêmes.

Pour que l’UMC puisse se faire, il faut aussi qu’un changement de mentalités s’opère, et que les pays arrêtent de penser avec une vision nationale ou même régionale, mais réfléchissent global, et fassent passer l’intérêt général en premier.

Le Luxembourg a une contribution à apporter, autant qu’un intérêt à pousser pour la réalisation de l’UMC.
Viviane Reding

Viviane Reding,  députée CSV

Quelles sont les forces en présence en matière de lobbying?

«Il faut mettre le paquet dès maintenant, car c’est déjà un peu tard, et tirer profit de la volonté de la nouvelle Commission européenne d’avancer sur le sujet.

Il faut sensibiliser les ministres de chacun des États membres sur le sujet et sur la nécessité de travailler de manière transverse pour la réalisation de l’UMC.

Le Parlement européen est plus avancé en la matière, car il y existe moins de corporatismes.

Du côté des gouvernements, c’est aujourd’hui plutôt au niveau des ministres de la Justice qu’il existe des blocages.

Nous allons par ailleurs demander au Parlement et à la Commission d’organiser des réunions communes rassemblant plusieurs commissions pour débattre de l’UMC. En effet, le travail en silos empêche d’avancer.

Enfin, du fait des compétences de sa place financière en matière de distribution transfrontalière, le Luxembourg a une contribution à apporter, autant qu’un intérêt à pousser pour la réalisation de l’UMC.»