POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Sommet européen

Viktor Orban, recadré, n’a cependant rien à craindre



Le Premier ministre hongrois se sait protégé par ses alliés traditionnels. La polémique autour de la nouvelle loi hongroise au sujet de la promotion de l’homosexualité a mis en évidence de nouveaux clivages entre États européens. (Photo: Shutterstock)

Le Premier ministre hongrois se sait protégé par ses alliés traditionnels. La polémique autour de la nouvelle loi hongroise au sujet de la promotion de l’homosexualité a mis en évidence de nouveaux clivages entre États européens. (Photo: Shutterstock)

La polémique autour de la nouvelle loi hongroise qui interdit la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs s’est invitée au sommet européen des chefs d’État. Si, pour beaucoup, Viktor Orban a une nouvelle fois été trop loin, le Premier ministre hongrois sait qu’il n’a rien à craindre.

Amendée par le parti Fidesz du Premier ministre Viktor Orban, puis votée au Parlement, la nouvelle loi hongroise a suscité un tollé. Celle-ci interdit la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs, mais revient à l’assimiler, dans les faits, à de la pédophilie ou de la pornographie. 

Les réactions ont été très vives. Mark Rutte, Premier ministre hollandais, a estimé ainsi que la Hongrie n’avait plus rien à faire dans l’Union européenne. Souhaitant, sur le long terme, «mettre la Hongrie à genoux sur cette question». Alexander De Croo, Premier ministre belge, a indiqué que «la Hongrie semblait avoir été trop loin» tandis que le président français, Emmanuel Macron, a expliqué que «cette loi ne semble pas alignée sur les valeurs de l’Europe». La chancelière allemande, Angela Merkel, a qualité pour sa part cette loi de «mauvaise» et Ursula von der Leyen l’a aussi vertement critiquée. Xavier Bettel a, pour sa part, rappelé que l’homosexualité n’est pas un choix, mais que l’homophobie en est bien un.

Ce dernier et 16 autres personnalités politiques et diplomatiques européennes ont signé une lettre ouverte dénonçant cette loi, et défendant les droits de la communauté LGBT+.

Mais cette affaire a mis aussi en évidence une fracture au sein de l’Europe, puisque plusieurs pays de l’Est soutiennent ou au moins ne critiquent pas Viktor Orban. Dont la Pologne, allié traditionnel, mais aussi la Slovaquie ou la République tchèque.

La problématique migratoire en trois minutes

Viktor Orban, pour sa part, fait valoir dans une pirouette et avec un sourire en coin que «cette loi ne porte pas sur les homosexuels. Elle concerne la façon dont les parents veulent faire l’éducation sexuelle de leurs enfants.»

Mais malgré leur apparente colère, les dirigeants européens ne peuvent rien, ou presque, contre la Hongrie. Aucun article ne rend possible en effet une éventuelle exclusion du cercle européen. L’article 7 prévoit des sanctions, par paliers, à la majorité qualifiée mais seulement après que le Conseil européen a constaté – «à l’unanimité», cette fois – l’existence d’une violation. Une majorité qui ne sera jamais de mise, puisque Pologne et Hongrie se protègent mutuellement.

Viktor Orban a donc les coudées franches, d’autant qu’il a en plus quitté le PPE voici plusieurs mois.

Tout cela a, dans le même temps, occulté le reste de l’ordre du jour. Qui incluait la lutte contre le Covid et les risques des variants. Mais aussi la délicate question des migrations, qui empoisonne également les relations entre certains États membres depuis 2015, notamment en ce qui concerne la solidarité envers les pays en première ligne des arrivées de migrants et demandeurs d’asile. 

Des conclusions ayant été préparées en amont, le dossier a été refermé à Bruxelles seulement trois minutes après avoir été ouvert.