ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Patrizia, Armand, Mathieu et Nicolas Schmit-Fohl, viticulteurs à la maison Schmit-Fohl

«Les vignes, ça n’attend pas, confinement ou non!»



Armand, Mathieu, Nicolas et Patrizia Schmit-Fohl, viticulteurs à la Maison Schmit-Fohl. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Armand, Mathieu, Nicolas et Patrizia Schmit-Fohl, viticulteurs à la Maison Schmit-Fohl. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Alors que le pays était assigné à résidence, les viticulteurs de la Moselle ont continué à travailler leur terroir pour ne pas mettre en péril la récolte 2020. À l’instar de la réputée maison Schmit-Fohl, en pleine phase de transition générationnelle.

Si l’épidémie de Covid-19 a paralysé une grande partie de l’activité économique pendant deux mois, certains secteurs sont restés actifs. En particulier ceux qui travaillent avec la nature… qui n’attend pas.

«Continuer à travailler dès la première semaine de confinement a été à la fois une obligation et une chance qui nous a permis de réaliser à quel point nous pouvions être indépendants», déclare Armand Schmit-Fohl, qui dirige le domaine éponyme avec sa femme Patrizia et ses deux fils Nicolas et Mathieu.

Certes, les clients du secteur horeca ont disparu du carnet de commandes du jour au lendemain, mais la clientèle privée a joué le jeu, et les livraisons chez les particuliers ont pu compenser, même en petite partie, le manque à gagner.

«On a ­l’habitude des aléas de la nature! Ce n’est peut-être pas un orage de grêle violent ou une intempérie qui détruit les vignes, mais on est préparé avec notre expérience.
Armand Schmit-Fohl

Armand Schmit-Fohl,  viticulteur,  Maison Schmit-Fohl

Patrizia ajoute à ce fait que «c’est maintenant que cela va être dur pour tout le monde, notamment à cause de l’annulation des grands événements comme Expovin ou Wine Taste Enjoy; il va falloir s’adapter».

Ainsi, la salle de dégustation de la maison viticole à Ahn, d’habitude ouverte uniquement sur rendez-vous, prendra le rôle de portes ouvertes tous les week-ends durant l’été. Mais il en faudrait plus pour que cette famille d’artisans depuis plusieurs générations perde son sang-froid, face à des aléas qui font partie inhérente du métier.

«On a ­l’habitude des aléas de la nature! Ce n’est peut-être pas un orage de grêle violent ou une intempérie qui détruit les vignes, mais on est préparé avec notre expérience», ajoute Armand.

La relève assurée, entre continuité et ambition

D’autant plus que 2020 est synonyme de renouveau pour le domaine. L’inté­gralité de la production va passer en certification Agriculture biologique, sous l’impulsion de Nicolas, le fils aîné, qui a rejoint ses parents naturel­lement à 25 ans, après avoir obtenu son ­bachelor en viticulture et œnologie en Allemagne et effectué plusieurs stages à l’international.

«Nous avons commencé la procédure visant à obtenir le label bio pour la totalité de nos vignes en 2017, et elle dure trois ans. Il y a eu des hauts et des bas, il a fallu beaucoup apprendre et relever quelques défis, mais nous y sommes avec la récolte 2020. Nous avons eu beaucoup de chance avec la météo, surtout qu’il nous a paru indispensable de faire passer en bio l’intégralité du domaine en même temps», explique ainsi Nicolas Schmit-Fohl.

Loin d’être une religion, le bio est, pour celui qui reprend petit à petit le flambeau de son père, surtout une voie d’amélioration permettant de se rapprocher encore plus de son terroir. «Mais le label n’est pas plus important que la qualité, et c’est toujours cette dernière qui primera!», appuie-t-il.

J’ai remarqué ­l’enthousiasme des gens lorsque ­j’ef­fectuais les livraisons, pendant le confinement. Beaucoup ne savaient pas qu’il est tout à fait possible, même en temps normal, de passer commande auprès des viticulteurs et de se faire livrer chez soi.
Mathieu Schmit-Fohl

Mathieu Schmit-Fohl,  viticulteur,  Maison Schmit-Fohl

Le passage de flambeau, la Maison viticole Schmit-Fohl l’effectue aussi dans sa gestion avec Mathieu, le cadet, qui a fini ses études de commerce du vin à Reims l’année dernière. Revenir au domaine a été pour lui une réflexion plus longue que pour son frère, mais la décision s’est imposée au fil des années d’école: «Ma formation, plus orientée management, me permet de combiner notre tradition viticole avec un vrai contact auprès de nos clients, ce que j’apprécie beaucoup. J’ai remarqué ­l’enthousiasme des gens lorsque ­j’ef­fectuais les livraisons, pendant le confinement. Beaucoup ne savaient pas qu’il est tout à fait possible, même en temps normal, de passer commande auprès des viticulteurs et de se faire livrer chez soi. J’ai ressenti ce besoin de proximité et de qualité pendant cette période exceptionnelle.»

Car voilà l’espoir des futurs visages du domaine Schmit-Fohl, tout autant que celui de leurs parents: que l’impulsion donnée par la crise du coronavirus vers plus de consommation locale de qualité et plus d’émulation communautaire se pérennise.