ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Agriculture

Les vignerons s’inquiètent pour Noël



Novembre et décembre font partie des mois les plus importants pour les viticulteurs, Noël et Nouvel An étant célébrés en famille, entre amis ou en entreprise. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Novembre et décembre font partie des mois les plus importants pour les viticulteurs, Noël et Nouvel An étant célébrés en famille, entre amis ou en entreprise. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Plus ou moins touchés par la crise, les vignerons luxembourgeois craignent tous une fin d’année compliquée, alors que cela représente une part importante de leurs recettes. Surtout en cas de second confinement.

Après avoir annoncé une enveloppe de 2 millions d’euros pour les agriculteurs en juin dernier, le gouvernement a décidé de débloquer 2,15 millions d’euros supplémentaires. Concernant les viticulteurs, son soutien passera par une prise en charge, par le ministère de l’Agriculture, de la contribution au Fonds de solidarité viticole par hectare de vignes pour toute l’année 2020.

«Cela ne va pas nous sauver», commente Antoine Clasen , directeur général des caves Bernard-Massard. La contribution lui coûte environ 10.000 euros par an pour sa trentaine d’hectares. «Ils font un geste, ce qui est très bien. Maintenant, ce dont j’ai peur, c’est qu’ils ferment de nouveau les restaurants.» L’horeca correspond à 30% de son chiffre d’affaires. Le reste se partage entre particuliers et événementiel (30%) et les supermarchés.

Après une fermeture pendant plus de deux mois, lors de laquelle les ventes en ligne ont permis de rattraper un chiffre d’affaires proche de zéro, la reprise s’est faite lentement dans ce secteur de la restauration, touché par le télétravail. L’activité reste inférieure de 40% à celle de l’année dernière à la même période. Pour les particuliers, on est à seulement -2 à 3%. Pour une baisse moyenne de 10% du chiffre d’affaires. Il s’élevait à 20 millions d’euros à la fin de l’année 2019.

La grande inconnue: la fin de l’année. Les deux derniers mois correspondent normalement à 30% du chiffre. Le vignoble, qui emploie une centaine de salariés – aucun en chômage partiel –, risque d’être moins à la fête en cas de deuxième confinement.

Un quart d’activité en deux mois

Martine Herrmann-Schumacher, copropriétaire du domaine viticole Schumacher-Knepper (sept employés), partage son inquiétude. Elle réalise un quart de son chiffre d’affaires, non communiqué, entre novembre et décembre. Second confinement ou non, elle s’attend à une fin d’année moins festive. Bien qu’à cette date, «nous sommes presque au niveau de l’année dernière», révèle-t-elle.

Elle admet: «La crise ne touche pas tout le monde de la même façon. Nous avons jusqu’à maintenant eu la chance de naviguer assez bien à travers cette crise», notamment grâce à une importante clientèle de particuliers. Ils représentent 60% de son activité. Les restaurants, 30%, et les supermarchés, 10%. Si l’aide du gouvernement lui paraît suffisante, elle doute que ce soit le cas pour les domaines les plus touchés. Elle dépense normalement 1.000 euros par an pour le Fonds de solidarité viticole pour ses 17 hectares.

Contrairement aux Caves Bernard-Massard, qui ne «produisaient pas ce genre de vin», le domaine Schumacher-Knepper a fourni du vin de cuisine au gouvernement pour la production de désinfectant. Il a, pour cela, utilisé des résidus qu’il n’aurait de toute façon pas vendus, ce qui lui a permis de récolter 4.500 euros.

Vente difficile, mais bonne récolte

«La situation est différente selon les domaines», confirme Marc Weyer, président de la Fédération des associations viticoles. «Pour ceux qui ont une fidèle clientèle privée, ça fonctionne bien. Les grands domaines ont plus de problèmes, surtout dans la gastronomie, le secteur des événements.» Il craint une baisse des ventes de moitié à la fin de l’année à cause du Covid-19, alors que les prix sur le marché diminuent, et s’inquiète de nouvelles mesures de restriction.

La production semble moins compliquée que la vente. «Les vendanges se sont bien passées», dans le respect des distances de sécurité, «une bonne année au niveau de la qualité».