Patrice Gautry entrevoit un nouveau cycle économique bâti sur des fondations sinon plus solides, du moins plus orthodoxes. (Photo: Union Bancaire Privée)

Patrice Gautry entrevoit un nouveau cycle économique bâti sur des fondations sinon plus solides, du moins plus orthodoxes. (Photo: Union Bancaire Privée)

Pour Patrice Gautry, chef économiste de l’Union Bancaire Privée (UBP), 2023 devrait marquer le début d’un nouveau cycle qu’il espère basé sur des fondations plus saines que le cycle actuel. Cela va prendre encore quelques mois. En attendant, il estime que les obligations retrouvent un intérêt réel.

Au douzième coup de minuit ce 31 décembre, Patrice Gautry ne s’attend pas à changer d’ère. Tous les grands thèmes qui ont rythmé 2022 vont rester d’actualité: l’inflation, les risques de récession et le resserrement des politiques monétaires. Mais il voit des évolutions se dessiner, des évolutions «structurelles» qui sont susceptibles de nous faire basculer dans un nouveau cycle économique.

«Malheureusement, sur ce premier trimestre, on aura encore beaucoup d’éléments assez similaires en termes de contraintes et de risques à ceux qui prévalaient sur le dernier trimestre 2022. Comme le risque lié à l’approvisionnement de gaz et d’électricité en Europe ou encore la remontée des taux d’intérêt, même modulée. Mais j’espère que progressivement, nous allons entrer sur un cycle différent. Ce qui me dérange aujourd’hui, c’est l’impression donnée que si on arrive à retrouver une inflation basse et que les Banques centrales font une pause dans le resserrement monétaire, le cycle va repartir. C’est faux. Le cycle entamé en 2016, et qui a connu une période exceptionnelle avec le Covid, est terminé. Nous changeons de période pour des raisons structurelles.»

Les vecteurs de changement

Premièrement, le consommateur n’est plus aussi protégé qu’il l’a été durant les deux années de Covid. Il va subir les hausses de prix et les éventuels rationnements qui pourraient intervenir au premier trimestre. «Le consommateur ne sera donc probablement pas au rendez-vous».

Le commerce mondial non plus. Pour Patrice Gautry, sur fond de guerre froide économique entre les États-Unis et la Chine, le commerce mondial ne sera plus un terrain d’extension ou un accélérateur de la croissance mondiale comme il l’a été de 2000 à 2019. «Nous nous orientons vers des commerces régionaux dynamiques, comme le commerce intra-asiatique. Avec à la clé des croissances inégalitaires entre les centres de gravité régionaux.»

Si cela ne se traduit pas par un effondrement de la conjoncture comme en 2008 ou en 2020. Patrice Gautry pense que nous allons probablement rencontrer des «passages difficiles» liés à des mouvements de contraction de la consommation et de l’investissement.

La troisième raison structurelle qu’il met en avant est l’évolution des taux réels «qui, si on regarde les anticipations des taux d’inflation à moyen terme, sont en train de redevenir positifs. C’est une différence majeure par rapport au cycle monétaire enclenché depuis 2016». Pour lui, les politiques monétaires vont rester restrictives encore un long moment. À la phase actuelle de remontée des taux, va succéder «une longue période de pause» et le commencement de la réduction des bilans des banques centrales. «Elles ne seront naturellement plus acheteuses de dettes obligataires corporates ou souveraines.»

«Voilà les éléments qui me semblent les plus importants, qui sont des facteurs de changements de rythme et qui m’amènent à penser qu’on va entrer, je l’espère, dans un nouveau cycle. Ce serait quelque part le meilleur des scénarios si cela permettait de repartir sur des bases plus saines. Même avec des contraintes importantes comme des taux d’intérêt réels positifs, des politiques monétaires et budgétaires orthodoxes.»

Ceci posé, l’allocation d’actifs devra être «très balancée» estime-t-on à l’UBP.

Le bon moment pour reconstituer une poche obligataire

Patrice Gautry explique que la banque reste sur les actions estimant que les valorisations actuelles «sont certainement un peu trop élevées par rapport à la phase du cycle dans lequel nous sommes.»

Il s’interroge surtout sur les effets du ralentissement économique qui se dessine sur la croissance bénéficiaire. «Toute la question est de savoir s’il y aura encore une croissance des bénéfices l’an prochain. Compte tenu du scénario développé, nous sommes plutôt dans une phase de contraction des bénéfices», répond-il. Il s’attend au premier trimestre à «des révisions des perspectives bénéficiaires pour 2023 assez significatives». Des révisions à la baisse qui pourraient atteindre 5%. Et même 10% dans certains secteurs et régions.

Des projections qui le porte à se montrer prudent, surtout sur les marchés actions, et à se tourner vers le secteur obligataire où, suite aux hausses des taux directeurs des banques centrales, «les taux nominaux deviennent beaucoup plus attrayants». «C’est le moment de reconstituer des poches obligataires qui procurent des rentabilités tout à fait intéressantes. On peut même explorer le segment du high yield qui offre une prime de risque et un rendement intéressant, ou sur des stratégies de portage de crédit. Aujourd’hui, aux niveaux actuels, il y a plus de valeur à mettre un euro sur du high yield que sur des actions.»

Cet article est issu de la newsletter Paperjam + Delano Finance, le rendez-vous hebdomadaire pour suivre l’actualité financière au Luxembourg.