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un spécimen découvert en 2018 à dudelange

Vérités et contre-vérités sur la tique géante



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Un seul et unique spécimen de «tique géante», découvert en 2018, a pour le moment été remis au Musée d’histoire naturelle. (Photo: Musée d’histoire naturelle de Luxembourg)

Le spécimen de «tique géante» découvert à Dudelange a entraîné un nombre incroyable de réactions, mais aussi son lot de contre-vérités. Le phénomène doit certainement entraîner plus de curiosité que de panique.

La «tique géante» a débarqué au Luxembourg. Une espèce africaine bien plus grosse que sa cousine européenne, capable de traquer ses proies longtemps et sur une longue distance, apte à transmettre des maladies gravement invalidantes et même mortelles... Voilà de quoi il a beaucoup été question ces derniers jours au Luxembourg après que le Musée d’histoire naturelle a confirmé que l’analyse d’un spécimen était en cours.

De quoi réfléchir à deux fois avant d’aller encore se promener dans les bois ou de lâcher son chien dans les hautes herbes? Non, car, comme l’explique à Paperjam un membre de la Société des naturalistes luxembourgeois, «cela doit susciter plus de curiosité que de crainte».

Qu’en est-il donc par rapport à tout ce qui a déjà été dit et écrit à ce sujet?

La «tique géante» découverte à Dudelange est une Hyalomma marginatum?

Ce n’est pas certain. «L’espèce Hyalomma se décline en effet en pas moins d’une trentaine de sous-espèces. On la distingue de la tique européenne car ses pattes sont zébrées. Pour connaître la sous-espèce, il faut des analyses en laboratoire», explique-t-on au Musée d’histoire naturelle.

L’identification scientifique est-elle en cours?

Oui, et les résultats pourraient être connus la semaine prochaine. «En général, nous attendons d’avoir plusieurs spécimens pour demander une analyse, afin de disposer d’assez de matériel. La découverte de cette tique date de 2018. Nous avons attendu, mais n’en avons pas reçu d’autres. C’est pour cela que l’analyse ADN vient seulement d’être ordonnée», poursuit notre interlocuteur.

La «tique géante» est déjà connue en Europe?

Sa présence était connue en Espagne, dans le sud de la France, au Portugal, en Corse... Et même en Allemagne, où plusieurs spécimens ont été trouvés. Une carte de l’European Centre for Disease Prevention and Control montrait sa dispersion attestée en Europe en janvier 2019.

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La carte montre la dispersion attestée de la Hyalomma marginatum en janvier 2019.  (Photo: ECDC/EFSA)

Est-il normal que cet arachnide acarien remonte ainsi vers le nord de l’Europe?

«On assiste à une extension des zones par espèce», met en avant Raoul Gerend, de la Société des naturalistes luxembourgeois. «Notamment des insectes et araignées sub-méditerranéens. La mante religieuse, certaines libellules, l’Argiope bruennichi, des scarabées, le criquet de brousse de Méditerranée sont bien étudiés et en font partie.

Voici 20 ans, d’autres espèces se trouvaient en Alsace ou en Bourgogne et sont maintenant aussi installées chez nous. Il n’est donc pas étonnant que des tiques arrivent aussi plus au nord.» Ce à quoi aide le changement climatique, avec des températures plus douces en hiver et des hivers secs.

Se trouve-t-on face à une prolifération de tiques géantes?

Avec un seul spécimen remis au Musée d’histoire naturelle et une poignée à peine trouvée en Allemagne, on est loin du compte. L’institut belge de santé Sciensano, contacté par le journal Le Soir, confirme «qu’il ne s’agit que de cas isolés, pas d’une colonisation».

La «tique géante» traque sa proie, loin et longtemps?

L’hypothèse ressemble à celle d’un film fantastique et est à nuancer. «L’espèce Hyalomma peut ‘sentir’ l’approche d’un hôte potentiel grâce au CO2 qu’il dégage ou aux vibrations du sol, puisqu’elle s’installe à terre et non sur des herbes ou des branches. Si c’est le cas, contrairement à la tique européenne, elle peut parfois essayer de trouver ou de suivre cet hôte. Son action se fera sur 100m au maximum», explique le Musée d’histoire naturelle.

Et si l’hôte potentiel avance vite, la tique n’a aucune chance de le rattraper. «De plus, c’est un comportement né de l’évolution. En Afrique, les hôtes potentiels sont peu nombreux sur un territoire très vaste. Si la tique rate le chameau qui passe en bordure du Sahara, c’est foutu pour elle pour un sacré bout de temps. Chez nous, dans les bois, les hôtes ne manquent pas: renards, oiseaux...», poursuit notre interlocuteur. Donc, imaginer des tiques commencer à traquer leur proie dans nos bois et nos prairies relève du pur fantasme.

Quelle(s) maladie(s) peut transmettre la tique géante?

En Afrique, elle peut transmettre la fièvre de Crimée-Congo. Cette maladie a fait une victime en Espagne, décédée en 2016. Le Laboratoire d’entomologie médicale du Centre national de microbiologie en Espagne a indiqué que sur 9.000 tiques examinées, 300 étaient porteuses du virus. Qui est mortel pour l’hôte infecté dans 10 à 40% des cas.

«Elle peut sans doute transmettre d’autres maladies, mais nous ne connaissons pas tous les pathogènes transportés», complète le Musée d’histoire naturelle à Luxembourg. Quant à la maladie de Lyme, «rien n’est certain, il faudrait savoir si cette tique peut ou non véhiculer la Borrelia».

Quelle prévention faut-il adopter?

La même que celle qui doit être de mise à l’égard des tiques européennes: rester sur des sentiers balisés, éviter les herbes hautes, préférer des vêtements couvrants... Une inspection des parties du corps qui étaient exposées est aussi utile pour repérer une éventuelle morsure ou présence de tique.

Si c’est le cas, il faut enlever l’acarien avec une pince à tique, sans laisser la tête dans la peau, puis désinfecter. Attention au contact avec le sang qui a été sucé par la tique, celui-ci peut être contaminant. En cas d’éruption cutanée, fièvre, douleur articulaire, fatigue, frissons, il faut consulter son médecin. La maladie de Lyme est d’autant mieux traitée qu’elle est détectée tôt.