ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Une fortune estimée à 250 millions d’euros

Les Vanhalst, de Supra Bazar aux foudres du fisc



Selon les médias belges, la justice s’intéresse à la manière dont les deux héritiers de Marcel Vanhalst auraient pu échapper, avec leur expert luxembourgeois, à l’impôt. (Photo: Capture d’écran Google Street View)

Selon les médias belges, la justice s’intéresse à la manière dont les deux héritiers de Marcel Vanhalst auraient pu échapper, avec leur expert luxembourgeois, à l’impôt. (Photo: Capture d’écran Google Street View)

Selon deux médias flamands, Nadine et Geert Vanhalst auraient dissimulé au fisc belge qu’ils détiennent un patrimoine de 250 millions d’euros, en partie caché via le Luxembourg. Leur père, Marcel, aujourd’hui décédé, était à la tête d’une success-story belge, Supra Bazar, qu’il a lancée en 1964.

(Cet article a été modifié le mardi 13 avril à 17 heures après la contestation du CEO de Vaiot, qui affirme qu’aucune part de la start-up n’a jamais été vendue à M. Vanhalst bien que cela figure dans les comptes 2019 d’une des sociétés de ce dernier, Damote-MG)

«Olea Group a été créé fin 2018 et est dirigé par son chef d’orchestre expérimenté, monsieur Francis Ferrant. Ce confident, qui entretient des relations étroites et objectives avec ses clients, et indépendant dispose d’une large expérience des marchés financiers, bâtie avec constance et rigueur. Il est au cœur de la coordination des prestations, ainsi que le gardien de la sauvegarde des valeurs et des traditions familiales.»

Au 2, rue de l’École à Mamer, le «chef d’orchestre», comme le décrit le site internet en construction de son nouveau groupe Olea – un orfèvre de la comptabilité plutôt, qui a passé trois ans comme premier vice-président dans la banque privée Edmond de Rothschild –, aurait notamment apporté son précieux savoir-faire à Marcel Vanhalst, puis à ses enfants, Nadine et Geert, au décès de ce premier en 2013.

C’est là, disent deux médias flamands, lundi, que la police est venue procéder à une perquisition, en décembre dernier, dans le cadre d’une enquête du fisc belge, pour qui le patrimoine familial se monte à 250 millions d’euros, loin des déclarations fiscales qu’il a reçues, année après année.

Selon De Standaard, l’enquête porte sur des soupçons de blanchiment d’argent, de fraude fiscale, de fraude à la TVA et de fraude aux droits de succession. Le Parquet a confirmé l’enquête sans vouloir commenter, et les avocats de la famille Vanhalst ont contesté toute faute.

Au lieu de payer une amende forfaitaire de 35% de leur capital, dans le cadre du quatrième cycle d’amnistie fiscale, les deux enfants de l’entrepreneur risquent une amende de 60% à 100% du total.

Marcel Vanhalst avait pris un pari audacieux, en 1964, en abandonnant sa production de lin pour lancer un stock américain, les produits d’occasion en moins. Aujourd’hui, Supra Bazar, géré par son fils, Geert, compte cinq grands magasins dans lesquels on trouve de tout.

Une dizaine de sociétés au Luxembourg

Au Luxembourg, les deux enfants de M. Vanhalst sont bénéficiaires économiques d’une dizaine de sociétés, principalement immobilières, avec quelques appartements et terrains à Strassen et Luxembourg-ville. Via Sagittaire Finance pour Nadine, et via Sagittaire Investments, devenue Damode-MG, pour Geert. On les retrouve chez Immo301 Promotion; chez Real Estate Luxembourg; chez Singularity Gestion avec Dilip Van Waetermeulen et Yves Chevalier; chez Godzilla Invest avec M. Waetermeulen; et chez Downtown Promotion, société en liquidation.

Mme Vanhalst est aussi l’unique bénéficiaire économique de Virtual Eyes. Cette société, officiellement de marketing, devait devenir le plus grand studio européen de production de réalité virtuelle. Lancée par Yves Chevalier, ex-directeur des ventes internationales et des acquisitions chez MK2, UGC et TF1, la société avait levé 1,5 million d’euros en août 2017 «auprès d’un investisseur luxembourgeois», puis 3,6 millions d’euros en avril 2018.

Selon les documents publiés au registre de commerce, cette deuxième somme est en partie celle injectée par Sagittaire Finance (Nadine Vanhalst représentée par Dilip Van Waetermeulen). Le même jour, la nouvelle actionnaire avait autorisé une augmentation de capital pouvant aller jusqu’à 90 millions d’euros, là où M. Chevalier entendait lever 50 millions d’euros avant la fin 2018. À l’été dernier, M. Chevalier avait démissionné, M. Ferrant était l’administrateur de cette société, dont les comptes étaient dans le rouge de 5,8 millions d’euros.

De son côté, le frère de Nadine, Geert Vanhalst, a pris un autre pari en acquérant 20% des parts de la start-up maltaise Vaiot. Un de ses deux dirigeants, Christoph Surgowt, conteste qu’aucune part de la start-up ait jamais été vendue à M. Vanhalst. Cette participation est consolidée dans les comptes de Damote-MG de 2019 pour 1,5 million d’euros. M. Vanhalst en est l’unique bénéficiaire économique ultime.

Début mars, ce développeur de services numériques basés sur l’intelligence artificielle pour les entreprises et les consommateurs a annoncé le succès de l’enregistrement de son livre blanc auprès de la Malta Financial Services Authority, devenant le premier projet à être réglementé en vertu de la loi maltaise sur les actifs financiers virtuels.

Selon Tech Centry , cet investissement belge devait permettre à Supra Bazar de se doter d’un bot vocal, pour aider les clients potentiels à aller au bout de leur achat, et de voir croître un chiffre d’affaires annuel, estimé à 50 millions d’euros.

Quant aux montages «exotiques» évoqués par nos confrères, difficile d’en retrouver la trace au Luxembourg, en dehors de Biloren, la société des îles Vierges britanniques qui a permis de monter Sagittaire Finance, où Mme Vanhalst n’apparaît que depuis fin juin 2020. Et difficile de savoir qui se cache derrière la chypriote Domus Brugensis Ltd, un des cinq actionnaires de départ d’Immo301 Promotion.