PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

À QUI PROFITE LE BREXIT AU GRAND-DUCHÉ? (1/4)

Un impact toujours difficile à prévoir



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Le Brexit représente de grands enjeux pour le Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Si les interrogations et les craintes sont encore nombreuses, les opportunités que constitue le Brexit pour le Luxembourg le sont tout autant. L’implantation de nouvelles entreprises dans le pays, notamment dans le secteur financier, ou la recrudescence d’activité pour les cabinets d’avocats et de conseil en sont l’illustration la plus visible. Mais même le secteur de la logistique a une carte à jouer en mettant en avant ses compétences digitales.

Cet article est paru dans l'édition mars 2019 du  magazine Paperjam .

«Le Brexit? C’est un peu comme le tout premier bébé métis qu’on attendait de voir venir au monde. On ne savait pas très bien à quoi il allait ressembler...»

La métaphore signée Michel-Édouard Ruben, senior economist à la Fondation Idea, illustre bien l’ambiance du moment. Alors que la date théorique du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne approche chaque jour un peu plus, les analystes se font d’une prudence de sioux quant à ce qui se passera après le 29 mars.

À raison, car ces dernières années, nombre de scénarios projetés ne sont pas réalisés ou ont eu moins d’impact que prévu. «Le meilleur exemple, c’est l’élection de Donald Trump. Certains annonçaient l’apocalypse. Au final, rien de cela. Qu’on aime ou non le personnage. Même l’impact du très long shutdown a été surestimé. Durant cette période, l’emploi a d’ailleurs augmenté aux États-Unis», renchérit Michel-Édouard Ruben.

51 relocalisations au Grand-Duché

Pour le Luxembourg, les enjeux du Brexit sont en tout cas réels. Le marché britannique est le second débouché à l’étranger des exportations luxembourgeoises de services et le cinquième des exportations de biens, révélait une étude du Statec en mai 2018. Quel impact aura le départ du Royaume-Uni les concernant? Difficile de l’estimer avec précision. D’autant, comme le souligne Bastien Larue du Statec, «que si l’on constate des baisses dans les importations et exportations entre les deux pays, elles étaient déjà d’actualité avant le référendum de 2016».

Néanmoins, si « l’immense majorité des projections macroéconomiques montrent que le Brexit aura un impact négatif sur le Royaume-Uni (à long terme, on avance une possible chute du PIB allant de -1,2 à -5,4 %, ndlr) mais aussi sur les autres économies européennes », le Luxem­bourg tire plutôt bien son épingle du jeu en amont. Dans sa dernière analyse, début février 2019, KPMG révèle ainsi que 51 sociétés ont déjà relocalisé leurs activités au Luxem­bourg. Soit bien plus qu’en Irlande (40), en Allemagne (2) ou en France (19). L’impact sur l’emploi de l’arrivée de ces « réfugiés du Brexit » reste plus difficile à estimer. Le Statec avançait voici un an qu’au minimum 250 emplois avaient été créés suite à la première vague d’une trentaine de délocalisations.

Des partenaires anglais à la peine

Ce sont donc les indicateurs économiques britanniques qui focalisent l’attention. Pour le moment, sur le sol britannique, la perspective du Brexit n’a pas généré de catastrophes si on analyse les chiffres les plus récents. «La création d’emplois est en baisse, oui, mais de manière vraiment très légère. Fin 2018, le Royaume-Uni notait aussi une diminution de sa production industrielle, mais moins forte que la moyenne européenne. La vente au détail s’est stabilisée. Le secteur de la cons­truction est bien remonté en 2018 avant de plonger en 2019, mais ce n’est pas encore significatif d’une tendance. Le taux de chômage était de 4% et stable, mais en 2013, il était encore de 8%», pointe encore Bastien Larue.

Le seul vrai impact actuellement remarqué concerne le marché immobilier: en forte hausse depuis 2012-2013, les prix sont désormais en baisse. «Reste à savoir si c’est vraiment un effet direct du prochain Brexit.» Mais deux gros nuages noirs laissent deviner une possible future tempête. Depuis 2017, dans la foulée de l’annonce du Brexit, la consommation des ménages anglais a diminué, tout comme la consommation publique. Mais ce sont surtout les investissements qui sont en berne. «Leur croissance était encore de 3,5% en 2017, mais en 2018, elle a été de... 0%», avertit Bastien Larue. Une consommation en baisse, des investissements au point mort, cela n’augure jamais rien de bon.