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«La communication est une science»



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Pascale Kauffman: «Faire de la politique? Non, je préfère être du côté des entrepreneurs…» (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne)

Pour elle, la communication n’est pas un art, c’est «une science». Pascale Kauffman, fondatrice de la société Apollo Strategists, revient sur sa passion pour la communication dans le cadre de notre série Female Leadership.

Après une carrière chez SES, puis à la Ville de Luxembourg, Pascale Kauffman a lancé sa société en 2012.  

Votre société s’appelle Apollo Strategists, c’est un clin d’œil à quoi/à qui? SES?

«C’est un clin d’œil à SES et à ma carrière dans les étoiles si je puis dire ainsi… J’ai travaillé chez SES tout au début de ma carrière.

Je n’ai jamais rêvé d’être astronaute lorsque j’étais enfant, mais j’ai vraiment apprécié d’avoir travaillé pour SES, une entreprise très progressive dans le sens où les services qui y sont développés peuvent être visibles sur le marché seulement une décennie plus tard.

La technologie me fascine. Prenons juste l’exemple d’un signal d’une télévision. Le faisceau est transmis aux satellites à 36.000km de la Terre pour revenir sur terre en moins d’une seconde...

Les personnes, les organisations sont beaucoup plus vulnérables à cause de la rapidité de la communication.

Pascale kauffman,  directrice et fondatrice,  Apollo Strategists

Toucher les étoiles, aller le plus loin possible, ça vous parle?

«Il faut avoir des ambitions, un objectif. Il faut viser haut, tout en restant quelque part réaliste. Les chemins pour atteindre ses objectifs ne sont pas toujours lisses, mais c’est important de savoir où l’on veut aller. En termes de communication, c’est aussi très important. L’objectif de communication est relié à un objectif d’une entreprise ou d’une administration.

Communiquer, c’est un art? «Non, c’est une science. Parce qu’il y a des règles très précises et ça s’apprend. La communication répond à des principes: comment? Faire quoi? Quand?

Les moyens de communication ont énormément évolué. Ils sont devenus plus rapides et se superposent, agissent et influencent en même temps. Il faut donc avoir une vision plus large et une sensibilité plus importante encore. Et la réactivité est essentielle. 

Du point de vue stratégique, nous prenons en compte aussi les réseaux sociaux. On se rend compte que les personnes, les organisations sont beaucoup plus vulnérables à cause de la rapidité de la communication.

Historiquement, on met beaucoup de pression sur les hommes.

Pascale Kauffman,  directrice et fondatrice,  Apollo Strategists

Quels personnages admirez-vous?

«Je dirais plutôt les personnes qui sont autour de moi. Des gens de la vie de tous les jours qui se réinventent, qui sont bienveillants par rapport aux personnes qui sont autour d’eux. Ce sont les personnes qui m’impressionnent le plus. De brillants entrepreneurs, des personnes très exposées qui réussissent à garder ce respect par rapport aux personnes qui les entourent, c’est quelque chose aussi que je trouve très admirable.

Ces personnes qui restent humbles et qui veulent partager, aider les autres à progresser pour atteindre leurs objectifs, qu’ils soient grands ou petits. Quel a été le déclic pour vous lancer comme indépendante? «Après la crise financière en 2008, toutes les entreprises ont coupé dans les départements et postes de communication. Les autres stratégies ont été préservées. Alors que la communication fait partie intégrante de la stratégie de l’entreprise.

Je trouvais aussi qu’à l’époque, la stratégie de communication était peu développée au Luxembourg. C’est pourquoi j’ai lancé Apollo Strategists, pour combler ce que moi, je voyais comme une faiblesse du secteur.

Je voyais beaucoup de créativité autour de moi, mais je trouvais qu’il y avait un manque au niveau de la stratégie dans la communication. Outre la conception de la stratégie de communication, les relations avec les médias et les relations publiques, votre spécialité, c’est la communication de crise. En cas de crise, quels seraient vos trois conseils? «C’est difficile, car chaque crise est particulière. Il faut dans tous les cas prendre en compte tous les influenceurs de la crise. Mon premier conseil, c’est la préparation: une entreprise qui dispose d’un plan de communication de crise sortira nettement mieux d’une crise qu’une autre qui doit se préparer sur-le-champ. Une bonne communication de crise, c’est une bonne logistique. On sait qui va parler, où, qu’est-ce qui doit être dit et à qui on va s’adresser. On doit se poser les bonnes questions: dispose-t-on des numéros de téléphone, du code d’alarme…

Vous ne pouvez pas contrôler tout ce qui se dit, ni protéger votre entreprise et vos salariés. Mon deuxième conseil: protéger l’humain, les employés et l’organisation/ l’entreprise. Il faut assurer la continuité de l’entreprise dans un bon fonctionnement.

Le troisième conseil consiste à protéger l’image de l’entreprise, tout en restant authentique. C’est un conseil que je donne toujours.

Une crise, c’est aussi une opportunité pour se remettre en question, pour remettre le curseur des priorités et des objectifs au bon endroit, pour se rappeler ses valeurs, sa mission et sa vision. Nous en sommes convaincus, même si ce sont des moments très éprouvants.

Je vois la position de leader comme un mentor.

Pascale Kauffman,  directrice et fondatrice,  Apollo Strategists

Quel est votre meilleur souvenir de toute votre carrière? «Ces personnes qui m’ont toujours poussée à aller plus loin. Parce qu’elles avaient confiance en moi et en mes capacités à aller plus loin encore. Mon mari, par exemple, me taquine toujours pour que je réalise mes rêves.  Mais l’idée que je pouvais y arriver, c’est quelque chose que j’ai reçu aussi à travers mon éducation. Je dois dire que j’ai des ami(e)s aussi qui me posent les bonnes questions. J’ai eu également la chance de travailler pour une entreprise comme SES qui était en plein développement et qui faisait confiance à des jeunes. En tant que manager, vous faites aussi confiance?

«Je vois la position de leader comme un mentor. Mettre entre les mains des personnes à qui on fait confiance des projets. Néanmoins, je ne pense pas être prête pour une gestion de type ‘entreprise libérée’ ou autonome sans chef. Le management libéré, par contre, j’y aspire, en faisant davantage confiance et en laissant la gestion des projets à chacun, tout en gardant la porte de mon bureau ouverte. Pour guider? «Non, inspirer, moins pour diriger.

Les compétences, c’est quelque chose que l’on développe. Il faut juste être ouvert pour les développer. Écouter, apprendre et ne jamais se dire qu’on sait tout.  Aimeriez-vous un jour faire de la politique? «Non, je préfère être du côté des entrepreneurs…

C’est bientôt la Journée internationale des femmes…

«Justement, je me demande s’il existe une journée de l’homme?

S’il n’y avait pas eu de féministes, les femmes n’auraient pas progressé comme elles l’ont fait. Or, il faut bien souvent des extrêmes pour que certaines choses se fassent. Moi-même, je ne suis pas féministe. Car je pense que notre société consiste en un vivre-ensemble, entre une panoplie de personnes. Ce que je trouve important, c’est le fait que l’on ait tous la même possibilité de réaliser nos rêves. Je me pose parfois la question de savoir si les hommes aussi ont la possibilité de vivre dans leurs valeurs. Historiquement, on met beaucoup de pression sur les hommes.

Un homme qui décide aujourd’hui de faire une année sabbatique ou de travailler moins parce qu’il a envie de poursuivre ses rêves, d’être en famille ou partir avec des amis aura souvent des difficultés pour progresser dans sa carrière. C’est pourquoi je souhaiterais que les hommes et les femmes aient tous la même possibilité.

Le congé parental pour les hommes, par exemple, je trouve ça très bien. Il faut aussi que les hommes qui le souhaitent puissent s’autoriser à prendre cette décision. Beaucoup, de par leur éducation, n’oseraient pas.»