POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Patrizia Thiry (Directrice générale - ASTF)

«Tout le monde peut être touché par le burn-out»



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Patrizia Thiry fait face à une recrudescence de cas de burn-out au Luxembourg. (Photo: ASTF)

Alors que l’ASTF (Association pour la santé au travail des secteurs tertiaire et financier) présentera ce mercredi les chiffres 2018 en matière de médecine du travail, sa directrice, Patrizia Thiry, commente un phénomène qui prend de l’ampleur au Luxembourg: le burn-out.

Dans les chiffres que vous publiez, on note une augmentation de 37% des cas de burn-out en 2018 au Luxembourg. D’où vient cette forte croissance?

Patrizia Thiry. – «Il y a deux composantes. D’une part, nous avons changé notre politique, car j’ai repris l’ASTF en 2013. Nous avons mis l’accent sur le burn-out.

D’autre part, nous avons communiqué sur le sujet et nous sommes devenus beaucoup plus visibles dans les entreprises. Les chiffres donnent donc une indication du nombre de burn-out dans le secteur tertiaire, mais ils ne représentent pas forcément la réalité de terrain. 

Quels sont les personnes/secteurs les plus «à risque»?

«Dans nos statistiques, il y a un pic entre 35 et 45 ans, mais c’est dû au fait que la plus grande partie de la population salariée se situe dans cette tranche d'âge. On ne constate pas de pic dû à l’âge, ni au genre, ni à la position hiérarchique.

Tout le monde est touché par le burn-out, selon notre point de vue. On s’occupe principalement du secteur financier mais je pense que le tertiaire est globalement à risque du fait de la digitalisation du travail, qui provoque une disponibilité 24h/24 pour le travail. 

Quels sont les signes avant-coureurs et comment se protéger?  

«Paradoxalement, une très grande motivation est un signe. Les gens qui souffrent de burn-out, ce sont des gens hyper motivés par leur travail avec une farouche envie de réussir et de s’engager à fond la caisse. C’est le premier signe d’alerte.

Petit à petit, on remarque un surengagement. Le travail devient la priorité dans la vie, on se sent indispensable. Là, c’est le début de la zone dangereuse. Le premier signe physique, ce sont les troubles du sommeil, que ce soit des difficultés d’endormissement, des réveils intempestifs. Chacun réagit différemment.

L’employeur doit également mettre des barrières à la disponibilité des gens.

Patrizia Thiry,  directrice générale de l’ASTF

Pour se protéger, il est nécessaire de prendre quelques minutes pour réfléchir sur ses valeurs, ses buts dans la vie. Et surtout se rendre compte du problème. Ensuite, il faut mettre en place des garde-fous personnels: se laisser du temps pour soi, sa famille, ses amis, ses passions.

L’entreprise a aussi sa part de responsabilité. À commencer par celle d’évoquer le sujet en informant les travailleurs. L’employeur doit également mettre des barrières à la disponibilité des gens, et d’autres au niveau de la gestion de mails, car certains en reçoivent 300 par jour.

On a aussi mis sur pied une formation pour un leadership sain, en protégeant sa santé et celle de son équipe.»