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Toujours plus de 2.000 demandes de protection internationale



C’est la crise migratoire mondiale de 2015 qui a fait augmenter les chiffres des demandes de protection internationale. (Photo: Shutterstock)

C’est la crise migratoire mondiale de 2015 qui a fait augmenter les chiffres des demandes de protection internationale. (Photo: Shutterstock)

Le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn (LSAP) a tiré le bilan en matière d’asile, d’immigration et d’accueil pour l’année 2019. Il appelle encore une fois chaque État de l’Union européenne à assumer ses responsabilités, comme le fait le Luxembourg.

Comme c’est le cas depuis 2015 et la crise humanitaire mondiale, le Luxembourg a enregistré une nouvelle fois plus de 2.000 demandes de protection internationale, 2.047 au total. C’est ce qu’a notamment expliqué le ministre des Affaires étrangères  Jean Asselborn  lors de la présentation du bilan 2019 en matière d’asile, d’immigration et d’accueil.

Tout comme en 2018, l’Érythrée demeure le premier pays d’origine des demandeurs, suivie de la Syrie, de l’Afghanistan et de l’Irak. «Le Venezuela figure pour la première fois parmi les principaux pays et représente 3,1% des demandes», fait remarquer le ministre. Qui pointe aussi le fait que si les demandes sont en légère hausse en ce qui concerne l’Iran et la Syrie, seule l’Albanie progresse en ce qui concerne les pays des Balkans.

La Direction de l’immigration a pris, en 2019, 2.154 décisions en matière de protection internationale, parfois quant à des dossiers introduits lors des années antérieures. Au total, 397 décisions de refus ont été rendues, 40 personnes ont obtenu une protection dite subsidiaire (elles n’ont pas le statut de réfugié mais on estime qu’un retour dans leur pays leur ferait courir des risques d’atteintes graves, ndlr). Parmi ces dernières, les plus nombreuses (17) étaient originaires du Venezuela. 

Dans le cadre de la procédure dite «normale», c'est-à-dire avec une réponse donnée au demandeur dans les 6 mois qui suivent sa demande, on note 207 refus. Principalement à l’égard d’individus originaires d’Irak (49), de Guinée-Conakry (25), d’Ukraine (15), du Soudan (13) et de Turquie.

La procédure dite «accélérée», accessible sur base de certains critères et qui entraîne une réponse du ministère dans les deux mois,  a débouché sur des refus pour 24 Algériens, 18 Tunisiens, 15 Marocains, 12 Albanais et 31 autres. Celle qualifiée «d’ultra-accélérée», encore plus rapide, a conduit à un échec pour 37 Albanais, 17 Géorgiens, 12 Kosovars, 10 Macédoniens du Nord, 10 Monténégrins et 4 autres.

653 personnes se sont vu accorder le statut de réfugié. Soit moins qu’en 2018 (994 personnes) et 2017 (1.176 personnes). «Le nombre élevé de décisions positives relève du profil des personnes. Comme le montrent les chiffres, ce sont les Syriens et les Érythréens les plus concernés», analyse encore Jean Asselborn. 

Le ministre a précisé que 36 mineurs non accompagnés avaient aussi introduit une demande de protection internationale au Luxembourg.

421 personnes au centre de rétention

Le Luxembourg a aussi «gardé son esprit de solidarité envers les autres États membres» et a donc participé à plusieurs relocalisations: 19 depuis Malte et 23 depuis l’Italie. Il y a aussi eu des réinstallations dans le cadre du mécanisme d’évacuation d’urgence. «Le Luxembourg a décidé d’accueillir 48 personnes depuis le Niger, dont un premier groupe de 35 personnes est arrivé en décembre 2019», a indiqué Jean Asselborn.

Toujours en 2019, 421 personnes ont été admises au centre de rétention, dont 374 hommes célibataires, 12 femmes et 10 familles représentant un total de 35 personnes.

La Structure d’hébergement d’urgence au Kirchberg (Shuk) a été fréquentée par 546 personnes. «N’y passent que des personnes tombant sous le champ d’application du règlement Dublin III, dès lors susceptibles d’être transférées dans un autre État membre. Les femmes et les enfants ne sont pas affectés au Shuk», a encore affirmé le ministre. La durée moyenne d’un séjour y est de 55 jours.

Depuis le 1er janvier dernier, c’est l’Office national de l’accueil (Ona) qui est l’interlocuteur des demandeurs de protection internationale. C’est cette administration qui gère aussi les structures d’accueil réparties dans les communes. «On compte actuellement 32 communes qui proposent 55 structures», relève encore Jean Asselborn. «33 sont gérées par l’Ona, les autres par Caritas via un accord de collaboration.» 

10 ares des communes et l’État fait le reste

Le nombre de nouvelles arrivées dans le réseau d’hébergement de l’Ona continue à être très élevé: 3.351 en 2019. Le taux d’occupation des logements est de 80%. Le ministère va donc à nouveau sensibiliser les communes à cette problématique. «Il suffit de trouver 10 ares de terrain. Tous les autres frais seront assumés par l’État, qui fera tout le reste», rappelle le ministre.

Une certitude: le Luxembourg continuera à prendre sa part au niveau de la solidarité internationale. Même si le ministre se montre assez pessimiste quant au futur plan «Asile» de l’Union européenne, car «de plus en plus de pays assimilent immigration à insécurité».

Jean Asselborn estime que l’Europe doit prendre toute la mesure de la situation et faire preuve d’humanisme. À l’inverse de ce qu’il a pu entendre de la part de Sebastian Kurz, le chancelier autrichien.

Les vagues d’immigration peuvent aussi, le ministre en est convaincu, être une chance pour nombre de pays. L’Office allemand des migrations et l’Office pour l’emploi viennent en effet de publier une étude qui démontre que la moitié des migrants arrivés sur leur sol entre 2013 et 2016 ont trouvé un emploi. «C’est un chiffre intéressant», analyse Jean Asselborn. «Mais il y a en lien avec cela le rapport à la langue. Tous les migrants qui arrivent en Allemagne apprennent l’allemand. Au Luxembourg, pour décrocher un emploi, il faut parler le français. C’est sans doute sur ce point que nos efforts doivent être portés.»