ENTREPRISES & STRATÉGIES — Services & Conseils

Impact du Covid-19

Le télétravail met à mal l’apprentissage des langues



La formation s’est mise au digital pendant la crise, même si beaucoup de clients semblent attendre la reprise des cours collectifs en présentiel, pas toujours possible dans les entreprises. (Photo: Shutterstock)

La formation s’est mise au digital pendant la crise, même si beaucoup de clients semblent attendre la reprise des cours collectifs en présentiel, pas toujours possible dans les entreprises. (Photo: Shutterstock)

Entreprises et particuliers sont nombreux à mettre sur pause leurs formations à cause de la crise sanitaire. Et cela se ressent au niveau du chiffre d’affaires des organismes formateurs. Mais certains ont décidé de profiter de cette période pour se réinventer.

«Le premier budget qui est gelé, c’est la formation», résume Naouelle Tir , directrice générale de Prolingua. «Alors que les gens ont besoin de se former, qui plus est en cette période», regrette-t-elle. Plusieurs centres se sont d’ailleurs fédérés il y a quelques mois, pour mettre en avant leurs difficultés.

Si elle ne dispose pas de chiffres précis, elle constate une demande largement inférieure à d’habitude. Prolingua a passé tous ses cours collectifs en ligne, et ceux individuels peuvent encore se tenir en face à face. C’est là une des raisons qui pourraient empêcher de nouveaux clients de s’inscrire, devine-t-elle.

Entreprises fermées aux visiteurs

Même constat chez Inlingua. «Tant que le télétravail sera conseillé, on ne pourra pas retrouver notre activité normale», estime son responsable, Mario Porrovecchio. La part des cours en ligne dans le chiffre d’affaires est passée de 1 à 15% en un an. «Cela a mis beaucoup de temps à se mettre en place dans les entreprises. La plupart des clients préfèrent le face-à-face», justifie-t-il. Le centre donne encore des leçons dans ses locaux, mais «les entreprises ne souhaitent plus ouvrir à des visiteurs extérieurs». Ce sont en effet souvent des open spaces, ou des salles trop petites pour accueillir des groupes de sept à huit personnes en sécurité.

Du côté des tuteurs, les plus âgés ont eu quelques réticences au départ, mais, «entre le printemps 2020 et aujourd’hui, on a réussi à convertir la plupart à la formation en ligne». Ils sont une quarantaine en tout, pour un peu plus de 1.000 élèves.

Tant que le télétravail sera conseillé, on ne pourra pas retrouver notre activité normale.

Mario Porrovecchio,  responsable,  Inlingua

L’école de langues Berlitz connaît elle aussi une baisse d’activité, la formation n’étant plus «la priorité» dans les entreprises, qui représentent 70% de sa clientèle. Au début du confinement, «beaucoup ont préféré attendre» avant de se mettre aux cours en ligne. Quelques-uns des 80 formateurs ont aussi eu un peu plus de mal à s’adapter, mais tous s’y sont mis. Aujourd’hui, «on se focalise sur les cours individuels», indique Emily Zwart, coordinatrice des ventes.

Lancer des cours de luxembourgeois au cœur de la crise

Si, en pratique, les personnes semblent moins se former, leur intérêt ne diminue pas pour autant. La plateforme lifelong-learning.lu, qui recense 9.971 offres de formation auprès de 275 organismes agréés, note même une légère hausse du nombre de visiteurs depuis la pandémie. Seulement 1% des cours se faisait à distance en 2019, contre 15% en 2020. Les plus représentées restent les langues.

Certains centres ont d’ailleurs décidé de se réinventer en cette période. C’est le cas d’Etic Academy, qui a lancé Etic Lëtzebuergesch en janvier. «Une offre de cours de luxembourgeois, agréés par le ministère de l’Éducation nationale, pour s’adapter à la situation sanitaire», explique Nathanaël Benizri, le directeur de la société. Alors que le chiffre d’affaires pour les cours particuliers, dont 25% se font en ligne, a diminué d’environ 5% en 2020. Cette nouvelle formation s’adresse aussi bien aux personnes souhaitant demander la nationalité luxembourgeoise qu’à celles qui veulent apprendre la langue. Avec un PDF reprenant les bases, offert pour le lancement.

«Ce n’est pas quelque chose que nous comptions faire à la base. J’ai pris le risque d’engager trois personnes», détaille-t-il. 100% en ligne, ces cours ont déjà attiré une cinquantaine de clients.