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La supply chain au défi de la résilience



La supply chain au défi de la résilience. (Crédit : INCERT)

La supply chain au défi de la résilience. (Crédit : INCERT)

La pandémie a mis à mal les chaînes d’approvisionnement et la logistique des entreprises. Les effets se font ressentir à tous les niveaux avec de fortes fluctuations au niveau mondial. Des changements sont nécessaires pour rendre les entreprises plus résilientes.

Une chaîne d’approvisionnement, également appelée supply chain en anglais, comprend les différents acteurs qui interviennent dans le cycle de vie d’un produit. De sa production à son acheminement, à sa mise en vente, jusqu’à son achat par le consommateur final. Plus une chaîne d’approvisionnement est longue et complexe, comme par exemple celle de l’automobile qui comprend plusieurs fournisseurs sur plusieurs continents, plus elle est susceptible d’être impactée plus ou moins fortement par tout événement imprévu.

Un des risques de la globalisation est que celle-ci a entraîné de fortes dépendances avec parfois des fournisseurs provenant d’une même zone géographique. Habituellement, les catastrophes naturelles ou autres événements incertains ont lieu à un niveau plutôt local, mais la pandémie est une crise très particulière car ces derniers mois, elle a eu une incidence planétaire avec plus de 80% des pays mis à l’arrêt.

Les premiers impacts du confinement des pays asiatiques se sont ressentis sur l’offre avec une incapacité à se fournir en pièces automobiles ou composants chimiques de médicaments par exemple. Suite à l’annonce du confinement des pays occidentaux, il y a eu un pic de demande sur des denrées alimentaires ou encore sur le trop fameux papier toilette. L’accumulation de ces changements inattendus a permis de mettre en avant les dysfonctionnements et les risques de certaines chaînes d’approvisionnement.

Comment les entreprises et les gouvernements peuvent-ils se préparer à de tels risques? Au Luxembourg, chez INCERT, nous avons choisi d’analyser les impacts de la pandémie sur les chaînes d’approvisionnement du domaine pharmaceutique, automobile et alimentaire. L’analyse permet de faire un statut de la situation, de prendre des décisions au niveau national qui vont aider la société lors de crises similaires et d’apporter des conseils aux entreprises.

À court terme, il est important pour les entreprises de mettre à jour la vue détaillée de leurs supply chains, comprendre leurs complexités, obtenir des informations sur les fournisseurs de leurs propres fournisseurs et ainsi avoir une meilleure idée des risques possibles. Ensuite, en ayant la connaissance de ces dangers, il faut mettre en place des plans de continuité d’activités pour la gestion quotidienne et l’anticipation d’événements exceptionnels. Cela permettra de gérer chaque situation de manière plus optimale et pragmatique car elles auront été anticipées.

À moyen et long terme, il peut être intéressant pour l’entreprise d’intégrer l’utilisation des nouvelles technologies qui permettent d’avoir une meilleure visibilité sur l’ensemble de la supply chain et une amélioration des processus. L’usage de l’intelligence artificielle et d’un système de partage de données apporte des informations précises et offre une meilleure anticipation et gestion des flux de la demande ou encore de la tarification. Il est aussi possible de penser à mettre en place un pôle de recherche et développement en soutien de la personne en charge des risques.

Il y a donc des actions à mettre en œuvre à l’échelle des entreprises mais également au niveau gouvernemental. La création d’un système de surveillance de la logistique et des chaînes d’approvisionnement sous forme de tour de contrôle est en cours. Ce dernier fait partie du projet ACTING NoW fondé par le FNR (Fonds National de la Recherche) et réunit les acteurs suivants: le LIST (Luxembourg Institute of Science and Technology), le LCL (Luxembourg Centre for Logistics and Supply Chain Management) et le GIE INCERT. L’objectif est d’avoir des données globales sur les fournisseurs, les stocks, les transports, les livraisons, les entrepôts, les magasins et les consommateurs, toujours dans l’optique d’une meilleure visibilité pour des prises de décisions proactives.

Les supply chains et la logistique doivent connaître des changements majeurs dans les mois à venir. Ils permettront de mieux gérer les situations de crises et de subvenir aux besoins en continu de la société. Durant la crise, certains ont été créatifs et se sont adaptés en utilisant leurs usines pour fabriquer des produits de première nécessité. À court et moyen terme, il va falloir être tout autant créatifs et repenser nos modes de production et consommation pour être moins à risque et moins dépendants de la globalisation. Il pourrait être intéressant de relocaliser certaines entreprises de production, ou encore de créer de plus importants stocks localement. Le flux tendu et le juste-à-temps ont montré leurs vulnérabilités et leurs limites avec de rapides risques de pénuries. Les entreprises vont devoir faire preuve d’agilité, et le consommateur peut également favoriser l’achat de produits plus locaux. Ce sont ces actions qui changeront à jamais nos méthodes de fonctionnement et qui nous rendront plus résilients.