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Télécom

Le streaming illégal est en augmentation



Une étude d’Euipo datant de 2019 montre que le pourcentage de citoyens luxembourgeois ayant recours au streaming ou au téléchargement illégal de contenu est de 19%. (Photo: Shutterstock)

Une étude d’Euipo datant de 2019 montre que le pourcentage de citoyens luxembourgeois ayant recours au streaming ou au téléchargement illégal de contenu est de 19%. (Photo: Shutterstock)

Les demandes pour se procurer un boîtier IPTV ont explosé. Un objet qui permet d’accéder à des milliers de chaînes de télé en streaming sans passer par les offres légales des opérateurs comme Post, Tango ou Orange.

«Avec un boîtier IPTV, vous pouvez suivre tous les matchs de foot du monde. Après, je ne sais pas s’il y a un lien avec l’Euro de football, mais c’est vrai que depuis le début de l’année, j’ai de plus en plus de demandes», souligne Martin. Ce dernier «arrondit ses fins de mois» en vendant des boîtiers déjà programmés pour 120 euros. Il faut encore ajouter un abonnement de 100 euros par an pour avoir accès à des milliers de chaînes TV et à un service de vidéo à la demande. Le «client» reçoit son boîtier par la poste quelques jours plus tard, prêt à être branché à sa télévision et à internet.

Une pratique totalement illégale et qui réjouit peu les opérateurs télécom du pays. «Depuis deux ans, je vends une dizaine de boîtiers IPTV par mois», assure-t-il. 

Le Luxembourg au-dessus de la moyenne européenne

Problème de taille pour faire face à ce piratage: la détection des boîtiers IPTV est extrêmement difficile. Il est donc tout aussi délicat d’évaluer le nombre d’utilisateurs. «Une étude d’Euipo datant de 2019 avance que le pourcentage de citoyens luxembourgeois ayant recours au streaming ou au téléchargement illégal de contenu est de 19%, soit 10 points de plus que la moyenne européenne», souligne Post Luxembourg. Qui explique encore «ne pas disposer d’informations sur le nombre de boîtiers IPTV illégaux utilisés au Luxembourg et ne pas avoir quantifié le manque à gagner de ces activités pour Post.»

Une étude française datant de 2018 quantifie de son côté à près d’un milliard d’euros les revenus des acteurs illégaux du streaming au niveau européen. 

Pour repérer la consommation de contenus illégaux, un opérateur officiel doit connaître les adresses IP des serveurs qui émettent ces flux et monitorer si ces serveurs sont accédés par ses clients.

«Néanmoins, Post prend le problème au sérieux et reste en contact avec les organisations représentant les ayants droit pour que des actions soient entreprises contre les revendeurs de tels services illégaux», prévient l’opérateur, avant d’ajouter: «Post a également identifié par le passé plusieurs activités de diffusions illégales au niveau national et les a notifiées par courrier d’huissier. La quasi-majorité des contrevenants ont cessé leurs activités suite à la notification. Certains partenaires de Post, comme Alteox, disposent d’outils de monitoring permettant d’identifier des services de streaming ayant pour origine le Luxembourg, permettant ainsi à des chaînes internationales partenaires de lutter localement contre le piratage».

Tango est sur la même ligne tactique. «La distribution de streaming sans l’accord des ayants droit est strictement illégale. Il y a eu des arrestations encore récemment via Interpol et le travail collectif des différentes polices en Europe. D’autre part, les sociétés fournissant ce type de service sont généralement basées dans des pays effectuant peu de contrôles. L’utilisateur prend donc des risques quant à ses informations bancaires par exemple», explique l’opérateur. 

De vrais risques, à plusieurs niveaux 

Le consommateur final qui ne fait que regarder la télé risque autant que le revendeur. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt le 26 avril 2017, où elle indique que «la vente d’un lecteur qui permet de regarder du streaming illégal sur un écran de télévision est constitutive d’une violation du droit d’auteur». Par conséquent, le vendeur d’un boîtier illégal se rend coupable de contrefaçon de droit d’auteur. Tous les intervenants (le diffuseur à la source, l’intermédiaire qui revend la box et un abonnement et, enfin, le consommateur final) impliqués dans le processus de contrefaçon sont passibles d’être poursuivis par les autorités judiciaires.

Les opérateurs télécom locaux précisent qu’outre le risque juridique, les risques sont techniques et financiers. «Utiliser un boîtier pirate peut constituer une faille dans la sécurité de l’installation. S’il contient du code malveillant, le boîtier pourrait permettre à un pirate d’accéder à la Smart TV utilisée pour regarder le stream. Or, ces Smart TV peuvent être mal sécurisées, et peuvent se retourner contre leur utilisateur, par exemple en communiquant des informations ou en les espionnant», explique Post Luxembourg. 

«Une éventuelle escroquerie ne peut pas être exclue. L’utilisateur va communiquer ses coordonnées bancaires pour payer, avec tous les risques que cela implique au regard du peu de fiabilité du prestataire pirate. De plus, l’utilisateur sera privé de recours si la prestation ne correspond pas, notamment parce que le service concerné est souvent situé à l’étranger, hors de la législation protectrice luxembourgeoise ou européenne», termine  l’opérateur.