POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

Perspectives économiques

Le spectre d’une crise… difficile à prévoir



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«L’analyse des cycles a perdu de son crédit ces derniers temps», pointe la Cour des comptes. (Photo: Shutterstock)

Dans son Avis sur le projet de budget 2020 de l’État, la Cour des comptes réfute l’idée d’une «crise à court terme», mais rappelle à son tour l’impact du contexte international sur l’économie luxembourgeoise. Sans pour autant trouver de boussole adéquate.

2020, l’année du ralentissement économique, voire de la crise? La question était posée en début d’année par différents experts, sans pour autant que le scénario redouté soit devenu réalité.

Les incertitudes à l’international et les rythmiques des crises antérieures ont poussé la Cour des comptes à consacrer une partie de son  Avis sur le projet de budget 2020  – publié lundi – à cette thématique.

Avec tout d’abord deux principaux facteurs «qui pourraient contribuer à la montée d’une éventuelle nouvelle crise»:

– la dette publique des pays de l’OCDE qui a énormément progressé, conjuguée aux taux d’intérêt durablement bas, ces derniers favorisant l’endettement public. «En cas d’une remontée de l’inflation, les taux d’intérêt vont augmenter ce qui conduirait probablement à une crise de solvabilité budgétaire des pays connaissant des dettes publiques importantes à l’heure actuelle», indique la Cour des comptes. États-Unis, Espagne, Italie, France et Royaume-Uni sont identifiés comme particulièrement à risque;

– la guerre commerciale entre les États-Unis, la Chine et l’Europe.

À court terme, on peut considérer qu’une nouvelle crise économique est peu probable.

La Cour des comptes

«À court terme, on peut considérer qu’une nouvelle crise économique est cependant peu probable. Avec des taux d’intérêt extrêmement bas et proches de zéro, la politique monétaire actuellement en vigueur rend solvables les différents acteurs économiques», considère la Cour, qui souligne par ailleurs la bonne consommation des ménages privés.

Une courte récession serait bien supportée grâce aux mécanismes défensifs (comme le Mécanisme européen de stabilité) ou la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

«À moyen terme, il sera important de comprendre comment les différents facteurs en mesure d’engendrer une crise pourraient interagir dans des conditions macroéconomiques défavorables pour générer une prochaine crise», ajoute la Cour des comptes.

Une dépendance au secteur financier qui persiste

Pour le Luxembourg, qui affiche une ouverture économique caractéristique sur l’international, la diversification du tissu économique imaginée il y a dix ans pour éviter un nouveau choc trop important en cas de crise financière reste un chantier en cours.

«Le secteur financier continue à occuper une place primordiale au sein du Grand-Duché en affichant une contribution à l’économie nationale de l’ordre de plus d’un tiers du PIB», note la Cour des comptes. Et d’ajouter qu’«un effondrement des marchés internationaux se répercuterait donc de manière significative sur l’économie nationale.»

Sauvetage d’institutions financières, dégradation des finances publiques, augmentation de la dette publique… Les conséquences en cascade sont dans toutes les mémoires. Et l’approche d’une nouvelle crise revient régulièrement dans le débat public.

L’analyse des cycles a perdu de son crédit ces derniers temps.

La Cour des comptes

À quelle échéance? Selon quel modèle cyclique? La Cour des comptes retient pour sa part le «Juglar», soit l’apparition d’une crise tous les huit à dix ans. Avec comme cas d’étude les États-Unis:

1972: premier choc pétrolier;

1982: deuxième choc pétrolier, récession des années 1980;

1992: récession du début des années 1990;

2001: «krach boursier de 2000-2002», suite à l’éclatement de la «bulle internet»;

2008-2010: crise financière suite à la crise des subprimes.

«Cependant, les économistes ne sont pas en mesure de prédire une nouvelle crise pour les années à venir uniquement en se basant sur ce phénomène», ajoute la Cour des comptes. «Cela est d’autant plus vrai que l’analyse des cycles a perdu de son crédit ces derniers temps.»

Quand les radars ne peuvent pas détecter ce qui arrive à l’horizon des navires à manœuvrer que sont les pays, mieux vaut tenter de trouver de nouveaux instruments de mesure que de naviguer à vue. Ou prévoir le pire. Pour être assuré en cas de raz-de-marée.