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Paperjam Recovery Awards

Sophie Ensel: «Je ne sais pas vivre sans créer»



Designer et graphiste, Sophie Ensel fonde So Graphiste en 2014, après une expérience de free-lance. En 2019, le studio s’établit à Esch-Belval et compte aujourd’hui deux employés. Le 2 décembre dernier, il remporte le Prix de la solidarité aux Recovery Awards organisés par le Paperjam + Delano Club. (Photo: Andrés Lejona/Maison Moderne)

Designer et graphiste, Sophie Ensel fonde So Graphiste en 2014, après une expérience de free-lance. En 2019, le studio s’établit à Esch-Belval et compte aujourd’hui deux employés. Le 2 décembre dernier, il remporte le Prix de la solidarité aux Recovery Awards organisés par le Paperjam + Delano Club. (Photo: Andrés Lejona/Maison Moderne)

«L’Histoire s’enchaîne» a vu le jour durant le premier confinement. Le livre pour enfants imaginé par les internautes, permet de soutenir des associations. Sophie Ensel revient sur cette démarche solidaire.

Comment la crise a-t-elle touché les activités de votre entreprise de communication? 

Sophie Ensel. – «La crise a eu un impact mineur, lors du confinement en mars 2020. Le temps que les clients se retournent, les projets ont été mis en stand-by. Nous sommes une petite agence avec un rythme habituellement soutenu, alors nous avons eu quelques semaines de non-activité, durant lesquelles nous avons décidé de créer ce projet de Léon, du nom du caméléon qui est au centre de l’histoire présentée dans le livre. Paradoxalement, la crise nous a apporté d’autres clients, ou d’autres projets que les entreprises avaient laissés dans les placards jusque-là et qu’elles ont pris le temps de ressortir. La crise a donc eu un impact mineur, lors du confinement en mars 2020.

Quelle est la situation aujourd’hui?

«Elle est redevenue normale car nous avons beaucoup de clients dans les institutions ou le domaine bancaire: la communication y est restée forte depuis le début de la crise pour dire qu’ils étaient présents, différemment.

À quel moment la chef d’entreprise que vous êtes a pris des mesures de recovery?

«Nous nous sommes mis à travailler à distance. Pour ne pas laisser l’entreprise dans une situation de flou, où l’on a moins de travail et où l’on se demande ce qu’il se passe, j’ai eu cette idée de créer un livre. Ce projet a permis de s’occuper l’esprit, de rester dynamique, mais aussi de continuer à faire travailler nos fournisseurs et de rendre service aux gens de manière générale.

Vous travaillez aussi avec des free-lances?

«Non, nous travaillons principalement en interne mais faisons appel occasionnellement à des prestataires externes pour des besoins en photo ou en vidéo.

La crise a-t-elle changé votre manière de gérer l’entreprise? 

«Nous avions déjà une certaine flexibilité. Nous faisions du télétravail depuis longtemps. Aujourd’hui, nous sommes de retour en présentiel, mais si des collaborateurs préfèrent rester à la maison pour une raison X ou Y, ils le peuvent.

La crise a cependant permis de prendre conscience que les choses peuvent être bousculées du jour au lendemain et qu’il faut savoir rebondir. Quand je repense au projet créé, aux rencontres générées, à ses conséquences à plusieurs niveaux, je dirais que, malgré tout, la crise a aussi eu un impact positif.

Seriez-vous demandeuse d’un soutien du gouvernement pour la relance?

«Pour l’instant, non. Nous avons une clientèle qui a tenu, mais si elle avait été dans les secteurs plus sensibles, cela aurait été différent. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Nous ne crions pas victoire non plus. Évidemment, je trouve cela légitime et intéressant d’avoir des aides pour les secteurs qui en ont besoin.

Quels sont vos projets pour 2022?

«Embaucher une troisième personne à temps plein, qui travaille actuellement avec nous en parallèle de ses études. Ensuite, nous serons au complet: nous avons la volonté de rester une petite structure. Nous allons continuer avec notre clientèle, de nouveaux projets nous sont donnés avec du digital, de la vidéo. Et puis faire perdurer notre projet de Léon.

Le tome 2 est sorti fin octobre, les fonds récoltés seront reversés à SOS Villages d’Enfants Monde. Nous allons aussi le décliner sous forme de cartes de vœux, à la demande de l’association. Nous les lui fournirons toujours à titre gratuit. Le premier tome parle de nature, alors nous avons choisi de verser la totalité des fonds à une association en lien avec l’environnement, à savoir Natur&Ëmwelt. Dans le deuxième, nous faisons intervenir un enfant dans un village, en accord avec l’association à qui sont remis les fonds. Nous voudrions aussi lancer une version audio, avec la voix d’un enfant, pour qu’il raconte l’histoire à un autre enfant. Pour le tome 3 aussi, l’histoire aura un lien avec ce que défend l’association choisie. J’espère qu’il pourra se concrétiser avant mai 2022, toujours bénévolement.

Comment avez-vous choisi les thèmes et les associations soutenues?

«Pour le premier, nous avions la volonté d’une association luxembourgeoise. Le thème de l’environnement nous a touchés, peut-être parce que pendant cette période de confinement, la nature a repris ses droits. Ce n’était pas un choix facile, le feeling est aussi bien passé avec Natur&Ëmwelt. Pour le deuxième, nous voulions faire intervenir les enfants et nous avons eu une bonne relation avec SOS Villages d’Enfants.

Vous avez réalisé le premier tome alors que l’activité avait chuté. Comment avez-vous travaillé sur le second? 

«Nous avons fait appel à un club d’écriture pour imaginer la suite de l’histoire. Pendant 13 semaines, les participants avaient, à chaque fois, une semaine pour écrire une nouvelle scène. Nous prenions ensuite sur notre temps pour l’illustrer, le midi ou le soir.

Vous avez vendu les 300 exemplaires du premier. Et pour le second?

«Nous sommes à une cinquantaine d’exemplaires vendus (sur 300 imprimés, ndlr). SOS Villages d’Enfants le commercialise sur son site, nous aussi. Nous y allons petit à petit car c’est quelque chose que nous gérons à côté de notre activité principale. Nous avons aussi réimprimé 50 exemplaires français et 50 exemplaires luxembourgeois du tome 1 pour un client qui a réalisé un livre éducatif pour enfants. À l’intérieur se trouve un jeu-concours et la récompense sera un livre de Léon.

Les 300 exemplaires du tome 2 vous ont-ils coûté, comme pour le premier, 15.000 euros?

«Oui. Cela comprend les impressions, la protection des images, l’enregistrement en format audio, la promotion…

Que vous apporte cette démarche? 

«Nous avons des retombées en termes de notoriété, certains nouveaux clients me parlent de Léon. Et puis, cela peut paraître cliché, mais c’est sincère, ça vient du cœur. Nous le faisons surtout parce que le projet nous éclate. Je ne sais pas vivre sans créer. Nous ne pensions pas faire de tome 2, ce sont les participants au tome 1 qui nous l’ont demandé. Le but caritatif porte les gens, leur apporte du sens.  

En tant que chef d’entreprise, comment définissez-vous la solidarité?

«C’est une notion qui doit être bien présente à la base. En interne, dans les projets, en nous soutenant les uns les autres dans les challenges quotidiens. Mais aussi envers nos fournisseurs et clients. Nous l’avons senti pendant cette crise, les choses se sont faites différemment, avec plus de compréhension.»

Cette interview a été rédigée pour l’édition magazine de Paperjam du mois de janvier 2022  parue le 16 décembre 2021.

Le contenu du magazine est produit en exclusivité pour le magazine. Il est publié sur le site pour contribuer aux archives complètes de Paperjam.

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