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des besoins immenses dans de nombreux secteurs

Les six enjeux de la formation professionnelle



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Le ministre a insisté sur le haut niveau de qualité que devra toujours avoir la formation professionnelle. (Photo: Maison Moderne)

Le ministre Claude Meisch a dévoilé les ambitions du gouvernement dans le domaine de la formation professionnelle. Cette dernière devra être plus attrayante et mieux mettre ses atouts en valeur. Dans nombre de secteurs, les besoins en main-d’œuvre qualifiée sont immenses.

L’économie luxembourgeoise se porte plutôt bien. Dans ce contexte, les besoins en main-d’œuvre qualifiée sont très importants dans de nombreux secteurs. Pour essayer d’y répondre, il y a notamment la formation professionnelle. «Elle joue en effet un rôle-clé tant pour offrir des opportunités aux jeunes que pour garantir la prospérité de notre économie», a indiqué le ministre Claude Meisch , qui a dévoilé ses ambitions et celles du gouvernement dans ce domaine.

La qualité comme dénominateur commun

Actuellement, la formation professionnelle est constituée de 120 formations réparties sur trois niveaux. Elle prépare à travailler dans la santé, l’industrie, l’artisanat ou le commerce. C’est au niveau de l’attractivité que le bât blesse, «car nombre de jeunes ignorent le potentiel de la formation professionnelle, tandis que de nombreux adultes ont besoin d’appui pour faire face aux changements de leur métier».

Avec, comme dénominateur commun, la qualité, le ministre, en collaboration avec les acteurs de l’enseignement et les chambres patronales, a élaboré un plan d’action autour de six axes majeurs:

1. Un parcours progressif pour atteindre différents niveaux

La formation professionnelle délivre actuellement un certificat de capacité professionnelle (CCP), un diplôme d’aptitude professionnelle (DAP) ou un diplôme de technicien (DT). Le choix doit souvent être fait tôt, dès la cinquième. «Or, de nombreux élèves hésitent à entamer une formation professionnelle, car ils veulent se ménager la possibilité d’accéder aux études supérieures», note Claude Meisch.

Qui a donc décidé d’introduire un système de double diplôme débouchant sur un DAP et sur un diplôme de l’enseignement général. Un double diplôme de mécatronicien est en cours d’élaboration et sera proposé au Lycée technique du Centre en tant que projet pilote.

«Nous souhaitons aussi faciliter dorénavant les passerelles entre les niveaux», développe le ministre. «Il sera possible de suivre un parcours par étapes, depuis la première année de formation professionnelle jusqu’au master.» 

Plusieurs BTS vont aussi être instaurés en formation duale, c’est-à-dire avec un contrat d’apprentissage. L’ambition est de voir la formation déboucher sur un contrat. Le Lycée du Nord est occupé à travailler à un BTS en commerce sur ce modèle dual.

Dans ce même but, un cursus universitaire professionnalisant a été instauré. Dès la prochaine rentrée, le Lycée des arts et métiers proposera, en collaboration avec l’Uni, un parcours conduisant à un bachelor en dessin d’animation.

On souhaite offrir de plus en plus de formations en anglais et en français dans les années à venir.

Claude Meisch,  ministre de l’Éducation nationale

2. Cap sur la digitalisation

La digitalisation est logiquement vue comme une compétence transversale. Des évaluations des méthodes proposées à l’étranger sont en cours: e-learning, utilisation des tablettes... Des cours autocorrectifs et des tutoriaux en ligne seront conçus pour encourager l’auto-apprentissage.

3. Plus de langues

La population luxembourgeoise est diverse. Tout comme en ce qui concerne l’éducation nationale, des parcours de réussite doivent être proposés à tous les élèves, indépendamment de la langue utilisée à la maison.

«On va offrir de plus en plus de formations en français et en anglais au cours des années à venir», assure dès lors le ministre.

Dès la rentrée 2019-2020, la formation de technicien smart technologies sera par exemple offerte en français (Lycée Guillaume Kroll), en anglais (Lycée privé Emile Metz) et en allemand. Tandis que le Lycée technique de Bonnevoie proposera, à partir de septembre, un DAP d’agent administratif et commercial en anglais. Le Lycée technique de Lallange pourrait faire de même ensuite.

Une formation adaptée aux réalités du monde du travail

4. Moderniser les contenus

Pour la formation professionnelle, s’adapter en continu aux évolutions du monde du travail est un vrai challenge. Plusieurs formations ont ainsi été renouvelées (le technicien en électrotechnique est désormais devenu technicien en smart technologies) ou vont être élaborées (une formation de gestionnaire d’e-commerce et un DAP axé sur l’encadrement des enfants dans les crèches et maisons-relais sont en cours d’élaboration).

Les langues, à nouveau, sont au centre des préoccupations. Les formations devront veiller à un apprentissage par la pratique. 

Enfin, le développement durable est une notion transversale qui devra trouver encore plus sa place dans l’offre de formation.

5. Compléter sa formation ou se reformer

«Les parcours ne sont plus linéaires et pas toujours parfaits», relève Claude Meisch. Qui veut tout faire pour que chacun ait une chance de trouver la formation qui lui convienne. La certification partielle et le reskilling sont deux voies possibles. «Les Centres nationaux de formation professionnelle continue seront dynamisés et rapprochés du monde du travail», veut encore le ministre. 

Qui souhaite aussi «que la procédure de validation des acquis de l’expérience soit simplifiée. Actuellement, elle décourage trop de monde. Il faut évidemment un contrôle, mais aussi qu’elle attire plus de monde.»

Surtout, afin d’y voir clair, une agence d’accréditation va être créée avec les chambres professionnelles. Elle devra promouvoir la qualité de la formation professionnelle continue et garantir la transparence sur le marché de la formation. Tandis que le site web qui concentre l’offre de formation sera restructuré. 

6. Promouvoir les métiers et professions

On n’attire pas des abeilles avec du vinaigre. La formation professionnelle devra donc être (re)valorisée aux yeux du grand public. «On vise toute la société: jeunes, parents, employeurs...», confirme Claude Meisch, qui a ainsi évoqué des opérations comme Wëssens-Atelier, la campagne Skills United...

Le Festival des métiers aura lieu durant deux jours, en 2020. Il vise les élèves du cycle 4 de l’enseignement fondamental et ceux des classes inférieures du secondaire.

Claude Meisch,  ministre de l’Éducation nationale

Un ministre qui compte aussi beaucoup sur le Luxembourg Science Center et la première édition du Festival des métiers, qui aura lieu en 2020.

Tous ces efforts devraient porter leurs fruits dans quelques années. «Le Luxembourg ne manque pas de talents. Mais actuellement, cela ne suffit plus: il faut aussi une bonne formation», a terminé, très lucidement, le ministre.