ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Pauline (Caissière)

«Si on s’arrête de travailler, plus personne ne mange»



Pauline: «La journée commence avec une boule à l’estomac car il faut aller au travail. L’arrivée au supermarché se fait dans une ambiance assez bizarre, même si nous essayons d’en rire entre nous. Tout le monde se regarde bizarrement.» (Photo: Shutterstock)

Pauline: «La journée commence avec une boule à l’estomac car il faut aller au travail. L’arrivée au supermarché se fait dans une ambiance assez bizarre, même si nous essayons d’en rire entre nous. Tout le monde se regarde bizarrement.» (Photo: Shutterstock)

Le personnel des magasins de distribution alimentaire et les caissiers sont mis à rude épreuve pour assurer le ravitaillement des habitants pendant la période de confinement. Témoignage d’une caissière qui souhaite rester anonyme.

Si tout le personnel s’arrête de travailler, plus personne ne mange. Alors je continue à travailler.» Caissière depuis 10 ans au Luxembourg, Pauline – le prénom a été modifié – vit dans l’angoisse depuis le début de la crise du coronavirus. «Dès que j’ai commencé à entendre parler du coronavirus, j’ai acheté du gel hydroalcoolique et je me lavais les mains tout le temps. Tout le monde rigolait! Mais quand je suis revenue de vacances, ça ne faisait plus rire personne. Je ne sais pas combien de fois par jour je me lave les mains.»

«Mon quotidien est simple, explique cette trentenaire française. La journée commence avec une boule à l’estomac car il faut aller au travail. L’arrivée au supermarché se fait dans une ambiance assez bizarre, même si nous essayons d’en rire entre nous. Tout le monde se regarde bizarrement. Aujourd’hui, nous ne croisons pas plus de quatre ou cinq collègues.»

La peur du contact

«Le management fait tout ce qu’il peut, mais comme tout le monde, il a pris ça en compte avec du retard. En caisse, nous avons une vitre devant nous… Cela n’empêche pas le rapprochement avec le client au moment du paiement», explique-t-elle. Certaines enseignes ont supprimé le cash pour éviter la manipulation des billets et des pièces, d’autres les douchettes pour les mêmes raisons. Mais vient ensuite le moment où le client sort sa carte de crédit pour soit payer sans contact, soit composer son code sur le clavier. «Notre enseigne ne nous donne de gants que depuis récemment», explique-t-elle encore, après avoir acheté elle-même ses gants auparavant.

La relation avec le client a changé. «Parler français n’est plus un problème… 80% des gens nous demandent comment nous allons, nous offrent des chocolats, une bouteille ou de l’argent, ce que nous refusons. Il y en a qui nous font rire parce qu’ils font eux-mêmes leurs masques. L’autre jour, un monsieur avait fait un masque dans un soutien-gorge de son épouse et il le désinfectait tous les jours avec… du déodorant! D’autres s’éloignent de nous. Ils conservent une distance de sécurité. Et franchement, je les en remercie. D’autres s’en moquent complètement et me disent que tout cela ne rime à rien! Ce qui m’énerve, ajoute-t-elle, ce sont ces clients qui viennent tous les jours pour acheter des broutilles.» Et puis la journée de travail s’arrête. Il faut rentrer.

«La boule au ventre est toujours là. J’ai un petit garçon de 13 mois, et je m’en veux tous les jours de rentrer. J’ai peur de ramener le virus à la maison. La première chose que je fais, en rentrant, c’est de prendre une douche bien chaude et de laver mes vêtements. Heureusement, mon conjoint est là et prend soin du petit.» Et de reprendre un peu de forces en famille, avant de revenir se mettre au service des autres. Caissière consciencieuse et silencieuse. «Une vingtaine sont déjà en maladie. Les autres viennent pour que les gens puissent continuer à se ravitailler.