POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

MISSION ÉCONOMIQUE À DUBAÏ

«Seule la haute valeur ajoutée intéresse Dubaï»



Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de commerce; Étienne Schneider, vice-Premier ministre, ministre de l’Économie, ministre de la Santé. (Photo: © SIP / Jean-Christophe Verhaegen)

Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de commerce; Étienne Schneider, vice-Premier ministre, ministre de l’Économie, ministre de la Santé. (Photo: © SIP / Jean-Christophe Verhaegen)

Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de commerce, dresse un premier bilan de la mission économique luxembourgeoise menée aux Émirats arabes unis.

Quelles étaient les principales caractéristiques de cette mission?

Carlo Thelen . - «Il y a d’abord son importance de par le nombre de participants. Avoir 90 représentants de 62 entreprises fait qu’il s’agit de la plus grande jamais menée ici aux EAU, et peut-être une des plus grandes de manière absolue. Ensuite, il y a le fait que le Grand-Duc héritier Guillaume soit là, ainsi que deux ministres . Enfin, il y a l’aspect multisectoriel. La mission inclut des entrepreneurs de différents horizons, même si un focus a été mis sur la santé , la logistique, les fintech  et la finance.

Pourquoi avoir choisi ces secteurs-là?

«Car c’est dans ces secteurs-là que le Luxembourg peut notamment être performant et exporter des innovations, et que c’est dans ce secteur-là que les EAU cherchent à combler des besoins. Un peu comme le Luxembourg, les Émirats cherchent constamment à se réinventer. Ils ont engagé une mutation pour être moins dépendants du pétrole , car chaque fluctuation est source d’inquiétudes, impacte l’immobilier…

Le salon Arab Health a-t-il mis en évidence ces entreprises de pointe?

«Oui, et souvent des entreprises peu connues au Luxembourg, mais qui exportent de manière efficace à l’international. Mais dans le domaine de l’espace aussi il y a un grand intérêt à ce que les agences de nos deux pays collaborent.

Que peut proposer la Place financière aux Émirats?

«Dans le contexte de l’après-Brexit , il y a un besoin de ce qu’on appelle un «safe harbour», une place stable où existe une certaine prévisibilité. Les pays arabes cherchent cela de manière générale, et les EAU en particulier. Beaucoup de Britanniques sont actifs ici, et une certaine nervosité s’était propagée suite à l’annonce du Brexit. Et là, le Luxembourg a une carte à jouer en offrant une solution alternative. Beaucoup d’entreprises des EAU ont compris que le Luxembourg pouvait être une nouvelle Place de prédilection en Europe.

On va en effet proposer aux entreprises un programme sectoriel qui durera six mois.
Carlo Thelen

Carlo Thelen,  directeur général,  Chambre de commerce du Grand-Duché de Luxembourg

Les possibilités de rapprochement sont peut-être moins évidentes dans le domaine de la logistique?

«Non, car le Luxembourg est réputé en ce domaine, et Dubaï est un hub logistique au Moyen-Orient. Une collaboration est en cours depuis longtemps avec Cargolux, qui développe d’ailleurs ses activités ici.

La prochaine vitrine luxembourgeoise sera l’Exposition universelle. Ce sera aussi un endroit dédié au business?

«On va en effet proposer aux entreprises un programme sectoriel qui durera six mois. On veut satisfaire les besoins d’un maximum de nos membres. On attend entre 20 et 25 millions de visiteurs, c’est une vitrine internationale exceptionnelle, sans doute plus que Shanghai, qui était une exposition plus tournée vers les pays asiatiques. L’argent que l’on va investir là, qui n’est pas peu d’argent, sera bien placé, dans l’intérêt de l’économie et des entreprises luxembourgeoises.

Quelle sera la participation financière de la Chambre de commerce?

«Le budget global annoncé est de 37 millions, et la Chambre contribue à hauteur de 2,5 millions d’euros, comme SES et Post.

La préparation de cet événement qui débute est déjà en cours...

«En effet, car il faut que les entreprises l’inscrivent à leur agenda bien à l’avance. Ce sera un grand succès, impossible d’en douter quand on voit l’expertise de nos entreprises dans le domaine de l’exportation.

Ce sera un investissement sur le long terme, un peu comme une mission économique?

«On ne peut en effet dire comme cela combien de contrats ont été signés. Signer de suite, ce n’est pas pour cela qu’on vient aux EAU. C’est pour cela qu’il faut revenir régulièrement et établir une relation de confiance sur le long terme. On veut évoquer la digitalisation, mais le contact humain reste important dans le business, les foires restent importantes, et c’est pour cela qu’à Luxembourg, on a besoin d’un centre comme Luxexpo.

Trouver un interlocuteur fiable, qui parle la langue, reste un challenge.
Carlo Thelen

Carlo Thelen,  directeur général,  Chambre de commerce du Grand-Duché de Luxembourg

Cette mission a-t-elle été plus facile à mener car les relations entre les deux pays avaient des bases solides?

«Oui, mais pour des bases solides, il faut investir du temps, de l’argent et de l’énergie. Une vingtaine d’entreprises luxembourgeoises sont actives tous les jours ici. Et même plus, si on compte les filiales des sociétés étrangères établies à Luxembourg. Mais rien n’est facile.

Les efforts des Émirats en faveur des entreprises vont-ils inciter à y investir plus?

«Certaines procédures étaient en effet assez lourdes, et des simplifications ont eu lieu. Il n’est ainsi plus nécessaire d’avoir ici un partenaire qui détient 51% de votre activité, par exemple. Néanmoins, trouver un interlocuteur fiable, qui parle la langue, reste un challenge, de là l’importance de l’ambassade et du LTIO (Luxembourg Trade and Investment Office).

Les autorités des Émirats sont souvent admiratives de ce qui se fait au Luxembourg. C’est une reconnaissance?

«Cela fait plaisir, et cela met surtout en avant le travail de nos entreprises. Ici, ils ne cherchent que de la haute valeur ajoutée. Ce qui est de moyenne valeur ne les intéresse pas.»