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LANGUES ET RESSOURCES HUMAINES

Schwätzt Dir Lëtzebuergesch Monsieur l’Ambassadeur? 



Monsieur l’Ambassadeur et Madame l’Ambassadrice Crédit: Gaël Lesure

Monsieur l’Ambassadeur et Madame l’Ambassadrice Crédit: Gaël Lesure

Bruno Perdu est ambassadeur de France au Luxembourg depuis juin 2017. Convaincus que parler la langue d’un pays est un facteur d’intégration aussi indispensable que plaisant, Monsieur l’Ambassadeur et son épouse Claudine prennent chaque lundi des cours de luxembourgeois. Nous les avons rencontrés à ce sujet, l’occasion de leur poser quelques questions.

Pourquoi apprendre le luxembourgeois, sachant que ce n’est pas une condition nécessaire pour vivre au Grand-Duché?

Monsieur l’Ambassadeur: Il y a plusieurs raisons à cela, mais la première, c’est la satisfaction personnelle. C’est un vrai plaisir pour moi de découvrir une langue, ses mots et leurs racines, de s’imprégner de la petite musique qui s’en dégage. Et puis une langue est aussi le support d’une culture, d’une pensée et de certaines traditions qui, si on les connaît, permettent de mieux comprendre le pays dans lequel on vit. J’ai d’ailleurs toujours procédé ainsi dans les pays dans lesquels j’étais en poste auparavant.

Madame l’Ambassadrice: J’ai, pour ma part, fait des études de langues, j’ai donc une affinité particulière pour ce sujet. Et puis nous ne partons pas «de rien» dans la mesure où mon mari et moi-même sommes germanophones. Le luxembourgeois a en effet quelques ressemblances avec la langue allemande. Mais il a également des racines françaises, c’est donc un jeu de piste étymologique absolument passionnant.

Monsieur l’Ambassadeur: Et puis au-delà du plaisir d’apprendre, succède le plaisir de pratiquer la langue. Un plaisir d’ailleurs partagé avec nos amis et interlocuteurs luxembourgeois, qui apprécient grandement cette initiative, cet effort que nous faisons pour communiquer avec eux dans leur langue. Même si votre parler n’est pas parfait, c’est finalement une marque de respect et d’estime à leur égard, à laquelle je tiens beaucoup.

Même si votre parler n’est pas parfait, c’est finalement une marque de respect et d’estime.

Bruno Perdu,  Ambassadeur de France,  Ambassade de France

Le conseillez-vous donc à tous les expatriés qui arrivent au Grand-Duché?

Monsieur l’Ambassadeur: Bien sûr, mais je dois tempérer ma réponse. Je ne le conseillerais pas forcément à tous les expatriés, mais surtout à ceux qui souhaitent passer plusieurs années dans le pays. Car si vous avez l’intention de ne rester qu’un an dans le pays, l’investissement peut paraître énorme. En effet, il n’y a qu’au Luxembourg que l’on parle luxembourgeois. Vous pourrez certes croiser un résident dans un autre pays, mais soyons honnêtes, la probabilité est faible que vous engagiez alors la conversation.

En revanche, ceux qui sont installés ici depuis 20 ou 30 ans et ne parlent pas un mot de luxembourgeois, je trouve cela vraiment dommage, voire incorrect. Le pays a beau être multiculturel, je suis pour cet effort vers la langue originelle du pays hôte.

Plus spécifiquement, en quoi parler le luxembourgeois était-il important dans l’exercice de vos fonctions?

Monsieur l’Ambassadeur: La fonction de diplomate me donne de nombreuses occasions de pratiquer cette langue. Je tiens par exemple une partie de mon discours du 14 Juillet en luxembourgeois et le public m’a toujours dit qu’il aimait beaucoup cela. J’en ai fait de même lors de l’inauguration du Mois de la francophonie, pour laquelle j’ai souhaité communier avec la population luxembourgeoise dans sa langue. C’était aussi une façon de montrer que le français n’est justement pas un bastion, mais une langue ouverte à toutes les autres.

Il y a sinon une utilité très précise pour moi, c’est de comprendre les comptes rendus de la Chambre des députés. Le bulletin récapitulatif est en luxembourgeois, et aujourd’hui si je ne peux tout lire, je suis capable de saisir la ou les informations qui m’intéressent.

Monsieur L’Ambassadeur et Madame l’Ambassadrice en cours de luxembourgeois Gaël Lesure

Monsieur L’Ambassadeur et Madame l’Ambassadrice en cours de luxembourgeois Gaël Lesure

Alors, le luxembourgeois est-il une langue complexe à apprendre?

Monsieur l’Ambassadeur: La grammaire présente certaines complexités, en effet. Je pense notamment à la «n-Regel» (règle grammaticale luxembourgeoise qui définit quand le «n» ou le «double n» final est supprimé dans la langue écrite, s’il n’est pas prononcé). Pour ma part, maîtriser l’allemand m’a aidé, cela permet de bien comprendre le système de déclinaisons, la structure de la phrase en général, même si le luxembourgeois a toutes ses spécificités!

Madame l’Ambassadrice: Le plus étonnant, ce sont les différentes intonations d’une région à l’autre, la musique n’est pas la même. Mais de manière générale, le luxembourgeois est une langue qui chaloupe, qui est assez chantante et très agréable à entendre.

Racontez-nous comment se passent concrètement vos cours de luxembourgeois.

Madame l’Ambassadrice: Notre professeur est une pédagogue hors pair et une très bonne linguiste. Nous apprenons la langue avec des mises en situation pratiques, dans un contexte vivant. Cela débute bien entendu par savoir se présenter, situer les choses dans l’espace ou rechercher quelque chose dans un commerce par exemple. Cette méthode permet de disposer de solides connaissances pour l’usage pratique de la langue, dans la vie de tous les jours.

Monsieur l’Ambassadeur: Cela passe aussi par des exercices, nous avons un manuel, des supports audio, et nous faisons également des jeux de rôle, puisque nous sommes deux à suivre le cours. Le cours prend alors une tournure ludique qui est très constructive au final. La leçon n’est donc pas un cours dit «magistral», les interactions avec notre professeur sont nombreuses.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent franchir le pas?

Monsieur l’Ambassadeur: Je leur dirais de ne plus hésiter! Et surtout, je leur conseillerais d’essayer de le pratiquer un maximum en dehors des cours, condition indispensable pour atteindre un bon niveau. Enfin, inciter vos interlocuteurs à vous répondre en luxembourgeois est indispensable. En effet, lorsque vous commencez à parler à un Luxembourgeois dans sa langue, dès qu’il s’aperçoit que vous êtes Français, il passera au français. Il le fera par politesse, bien entendu, mais il ne faut donc pas hésiter à lui dire que vous aimeriez continuer cette conversation en luxembourgeois.

Le luxembourgeois est une belle langue, et mon épouse et moi-même aurons d’ailleurs encore l’occasion de progresser et de la pratiquer, car nous avons décidé de rester un an de plus ici, au Grand-Duché!

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