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À une semaine du vote

Le satellite aura besoin de 117 à 138 millions d’euros



François Mousel, partner chez PwC, et François Bausch, vice-Premier ministre et ministre de la Défense, estiment les coûts pour faire fonctionner le satellite militaire à 138,3 millions d’euros. (Photo: SIP)

François Mousel, partner chez PwC, et François Bausch, vice-Premier ministre et ministre de la Défense, estiment les coûts pour faire fonctionner le satellite militaire à 138,3 millions d’euros. (Photo: SIP)

Ce lundi, le ministre de la Défense, François Bausch, a présenté les conclusions finales sur la rallonge budgétaire de 180 millions d’euros qu’il demande pour donner une chance au satellite militaire d’observation de la Terre… de fonctionner.

«J’ai découvert le problème. J’ai alerté la Chambre des députés et j’ai demandé une étude à PwC.» Une fois encore, le ministre de la Défense, François Bausch (Déi Greng), se défend dans le dossier du satellite militaire d’observation de la Terre, que lui a laissé son prédécesseur, Étienne Schneider (LSAP).

Avec un «cadavre» qui l’empoisonne depuis des mois: environ 180 millions d’euros à trouver pour construire les deux antennes nécessaires et pour mettre en place une infrastructure au sol capable de gérer le système et la diffusion des images.

Pour le partner de PwC, François Mousel , le montant de la somme à injecter se situera dans une fourchette comprise entre 117,7 et 138,3 millions d’euros. Mais, forcément, le ministre n’a pas envie de revenir une deuxième fois demander une enveloppe supplémentaire.

Plus de la moitié pour le personnel

Plus de la moitié de cette rallonge (61,5 à 74,8 millions d’euros) est destinée à financer le «data processing center» et ses 20 à 25 personnes, ainsi que le «mission operating center» et ses 20 personnes, prévus au départ sur le site de l’armée à Diekirch sans jamais avoir été budgétisés. À cette question spécifique, l’ex-ministre de la Défense avait commencé par dire qu’il voulait susciter de nouvelles vocations dans l’armée avant de dire, à la sortie de son audition à la Chambre, qu’avec, par exemple, les licenciements chez SES, il y aurait, en cas de besoin, des personnels qualifiés.

OHB International, qui a déjà englouti le budget initial (168 millions d’euros), devrait à nouveau toucher de 23,8 à 26,5 millions d’euros parce que le projet a dû être adapté pour fonctionner et que des frais de maintenance sont désormais eux aussi prévus.

Et le troisième poste (de 12,5 à 14,6 millions) concerne les deux data centers et leur environnement. Un choix du nouveau ministre de la Défense qui entend ajouter une sauvegarde au centre de données initialement prévu.

Pour que la centaine d’images par jour, de 10km sur 10km, puissent arriver jusqu’au Luxembourg, il faudra encore louer une antenne spécifique à Svalbard, en Norvège, pour 10 millions d’euros. La localisation ne doit rien au hasard: le satellite luxembourgeois sera positionné à basse orbite (450 km), sur une orbite polaire et fera 15 tours de la Terre par jour.

Une fois encore, le ministre a rappelé que seul l’achat du satellite avait été budgétisé, le reste devant être pris sur les fonds d’équipement militaire sans que rien n’ait été anticipé pour ce projet lancé il y a plus de deux ans et qu’il a récupéré en arrivant à la Défense après les dernières élections législatives.

Au total, selon les chiffres de PwC, 67,1 millions représentent des éléments qui n’étaient pas couverts dans la loi de 2018, 58,7 millions d’euros sont des coûts supplémentaires liés à des hypothèses de base non réalisables et 9 millions d’euros sont liés à l’amélioration de la configuration initiale du système.

Le directeur de la Défense sur la sellette

Alors que seul le Conseil d’État s’était «ému» en une phrase, dans son avis à propos du projet de loi de 2018, regrettant le secret (militaire) qui entourait les dépenses, Geoffroy Beaudot, officier de la Défense belge détaché à la direction de la Défense luxembourgeoise, a indiqué, lundi après-midi au cours de la conférence de presse, avoir alerté le directeur de la Défense, Patrick Heck, que cela ne collait pas au niveau budgétaire, sans n’avoir jamais été entendu.

Les décisions étaient prises, selon lui, entre M. Heck et Étienne Schneider , avec lequel il a dit n’avoir jamais évoqué cette question.

Outre cette transparence – un mot qu’il a souvent répété –, François Bausch a aussi dit que «ce satellite permet à la Direction de la défense de devenir un fournisseur d’images pour des organisations telles que l’UE, l’Otan, l’Onu, l’AIEA, les États alliés, ainsi que d’autres utilisateurs civils», pour rassurer les députés qui doivent donner leur feu vert à cette nouvelle enveloppe la semaine prochaine.

Sauf que ces images ne seront pas «vendues». «On n’a jamais vu aucune armée du monde se lancer dans le business», a-t-il dit lundi après-midi.

Une fois le vote passé, le ministre n’en aura pas fini pour autant: comme le satellite LuxeoSys doit être lancé en 2023 avec Arianespace depuis Kourou, il faudra qu’installations et Hommes soient prêts à rentabiliser ce coûteux investissement, impossible à annuler sans que la réputation du Luxembourg soit entachée, a aussi, encore une fois, répété le vice-Premier ministre.