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#Femaleleadership

«Sans prise de risque calculée, on n’avance pas»



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Karin Scholtes: «Aujourd’hui, vous n’allez pas motiver les jeunes avec un chef directif, autoritaire.» (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne Publishing)

Karin Scholtes est à la tête des départements RH, Communication et Culture d’entreprise à la Bil. Un métier qu’elle exerce avec passion: «Je reste persuadée que l’on a toujours le choix dans la vie». Entretien dans le cadre de notre série Femaleleadership.

Vous venez d’obtenir une nomination en tant que membre de la direction autorisée de la Bil. Une première pour une femme…

Karin Scholtes.- «Je suis en effet la première femme à occuper un poste au sein de la direction autorisée de la Bil. Je suis peut-être la première femme, et l’objectif n’est pas de rester la seule femme au niveau de la direction autorisée.

C’est une fierté?

«Oui, mais c’est avant tout une belle preuve que la Banque attache une grande importance à l’aspect humain.

C’est certes une reconnaissance des compétences et du fait que j’ai repris la direction de la culture d’entreprise et de la communication, en plus d’assumer la direction des ressources humaines.

Une bonne équipe est une équipe diversifiée, en termes de compétences, de genre, de nationalités… Le secteur financier est encore malheureusement un secteur traditionnel, en termes de diversité de genre dans les postes à haute responsabilité.

Un bon CV, c’est tout d’abord un candidat avec une intelligence adaptative.

Karin Scholtes,  global head of People, Culture and Communication,  Bil

Votre service RH doit gérer chaque année 10.000 candidatures… Comment faites-vous?

«Nous recevons en effet plus de 10.000 candidatures par an. Nous venons de mettre en ligne notre tout nouveau site carrières qui permet, entre autres, de postuler en ligne. Cela permet de gérer, trier les candidatures, tout en permettant aux candidats de bien connaître la Bil et de postuler en connaissance de cause...

La ‘guerre des talents’ est devenue une réalité à laquelle nous sommes également confrontés. Les candidats cherchent du travail, mais l’entreprise aussi cherche des talents et doit, d’une certaine manière, ‘séduire’.

Pour l’entreprise, il est important d’avoir les bonnes personnes au bon endroit, tout comme il est important pour le candidat de trouver un poste qui l’intéresse véritablement.

Le manager de demain est quelqu’un qui doit être beaucoup plus à l’écoute avec une sensibilité plus grande envers les gens.

Karin Scholtes,  global head of People, Culture and Communication,  Bil

Comment attirer les jeunes et garder les talents?

«Il faut pouvoir retenir ces talents en leur offrant de belles perspectives de carrière.

Les méthodes de management ont de ce fait aussi beaucoup évolué. Aujourd’hui, vous n’allez pas motiver les jeunes avec un chef directif, autoritaire. Un manager doit inspirer ses collaborateurs, il ou elle doit créer les conditions pour que son équipe puisse fonctionner et donner le meilleur d’elle-même. Cela nécessite, entre autres, d’excellentes capacités de travail en équipe et de savoir s’effacer pour mettre ses collaborateurs en avant plutôt que soi-même.

Le manager de demain est quelqu’un qui doit être beaucoup plus à l’écoute avec une sensibilité plus grande envers les gens.

Qu’est-ce qu’un bon CV?

«Un bon CV, c’est tout d’abord un candidat avec une intelligence adaptative. C’est quelqu’un qui a de bonnes compétences intellectuelles, de manière à pouvoir évoluer en permanence, s’adapter à différentes situations. Un bon candidat, c’est aussi une personne qui dispose d’une grande capacité de résilience et d’apprentissage.

C’est aussi une personne curieuse, polyvalente, qui n’est pas seulement comptable ou IT, mais ouverte au monde et qui pourra suivre les évolutions de demain.

Quelles sont les qualités d’un bon RH?

«Je citerais cinq qualités: résolument humain, conscient de l’environnement dans lequel on navigue, créatif, bon négociateur, ainsi que la capacité d’influencer positivement.

Quant aux défauts?

«Pour ma part, je suis quelqu’un d’optimiste par nature, mais je peux être ‘suroptimiste’ parfois. Un des grands pièges est de croire que l’on peut faire, tout, et tout de suite...

Si l’on veut faire bouger une entreprise d’un point de vue humain ou comportemental, il faut créer des réseaux, des coalitions, pour pouvoir avoir un certain ‘poids’ auprès des gens qui sont influents.

Vous pouvez avoir les plus beaux projets, si vous n’arrivez pas à fédérer autour de ces projets, ça ne va jamais fonctionner.

On est performant dans son métier si on est passionné.

Karin Scholtes,  global head of People, Culture and Communication,  Bil

Vous n’avez pas eu de mentors, mais plutôt des personnes qui vous inspirent… C’est-à-dire?

«J’ai eu la chance d’être entourée de personnes inspirantes dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle, pour des raisons très différentes. J’aime discuter et partager et je peux trouver quelque chose d’inspirant dans les rencontres et échanges de tous les jours, auprès de personnes très différentes.

Dans ma carrière, j’ai su saisir les opportunités qui se sont présentées à moi. Par exemple, lorsqu’on m’a proposé de prendre la direction RH de la Bil en 2014, j’ai hésité un moment car le nombre de collaborateurs était bien plus élevé et, en tant que banque systémique, les enjeux étaient plus importants. Mais sans prise de risque calculée, on n’avance pas.

Quelle est votre philosophie au travail?

«Allier performance et plaisir. On est performant dans son métier si on est passionné. C’est un cercle vertueux qui permet de s’améliorer en permanence.

À l’inverse, si on ne s’éclate pas dans son job et que cela devient juste un gagne-pain, les journées deviennent longues…

La créativité est nécessaire dans la manière dont on sert le client, dans l’élaboration de nouveaux produits.

Karin Scholtes,  global head of People, Culture and Communication,  Bil

Quel est votre slogan?

«‘Love it, leave it or change it’

Je reste persuadée que l’on a toujours le choix dans la vie. Il faut, le cas échéant, en assumer les conséquences, mais rester passif, subir, c’est quelque chose qui va à l’encontre de ma nature.

Il faut savoir faire des concessions, mais nous contrôlons notre vie.

Dans le domaine de la culture d’entreprise, dont vous êtes également responsable à la Bil, qu’est-ce qui est déterminant?

«J’aime beaucoup une citation de Peter Drucker, un gourou du management, qui dit ‘Culture eats strategy for breakfast’. C’est très vrai dans le sens où on a beau définir un cap, une stratégie, identifier ce qu’on voudrait faire, mais ce qui est important, c’est de le concrétiser avec les hommes et les femmes de l’entreprise. C’est dans ce contexte-là que la culture d’entreprise est extrêmement importante, pour fédérer autour d’un objectif commun.

La confiance mutuelle me semble être un facteur essentiel pour bien travailler ensemble.

Karin Scholtes,  global head of People, Culture and Communication,  Bil

La créativité est aussi importante...

«Le monde bancaire évolue, et face à la concurrence, la créativité est de mise. Les fintech viennent par exemple jouer sur le terrain des banques. La créativité est nécessaire dans la manière dont on sert le client, dans l’élaboration de nouveaux produits. La collaboration permet également de capitaliser sur l’intelligence collective.

L’idée d’apprendre constamment, d’être curieux, ça m’inspire beaucoup.

Karin Scholtes,  global head of People, Culture and Communication,  Bil

La clé pour bien travailler en équipe?

«La confiance mutuelle me semble être un facteur essentiel pour bien travailler ensemble et pour permettre à chacun de donner le meilleur de soi. Elle se construit via la transparence, grâce à la fiabilité et avec bienveillance. Une bonne équipe est une équipe complémentaire. À la Bil, nous avons près de 30 nationalités différentes. Je pense que l’on représente bien, à plus petite échelle, le Luxembourg, qui est un pays également diversifié.

Une carrière d’entrepreneur, ça vous tenterait?

«Je suis très admirative des entrepreneurs. Je pourrais bien me voir entrepreneuse à un moment donné, dans quelque chose qui me tient à cœur… comme par exemple l’éducation des adultes ou des enfants.

Je me passionne pour tout ce qui touche au développement personnel. Je suis également la coprésidente de la House of Training (l’institut de formation continue de la Chambre de commerce, ndlr). Et l’idée d’apprendre constamment, d’être curieux, ça m’inspire beaucoup.

J’aime beaucoup cette phrase de Mohandas Ghandi qui dit: ‘Vis comme si c’était ton dernier jour. Apprends comme si tu allais vivre à tout jamais.’

Karin Scholtes en trois dates:

- 14 février 2019: nomination au sein de la direction autorisée de la Bil.

- Octobre 2018: élargissement des champs des responsabilités en incluant la culture d’entreprise et la responsabilité de la communication externe et interne.

- Mars 2014: retour à la Bil, son premier employeur, après 14 années passées chez Pictet et CIE Europe.