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Bilan et perspectives

La Rockhal a épuisé ses réserves financières




Olivier Toth et Luc Henzig ont annoncé que le nouveau balcon du Club, la deuxième salle du complexe eschois, devrait connaître ses premiers concerts en janvier prochain.  (Photo: Maison Moderne)

Olivier Toth et Luc Henzig ont annoncé que le nouveau balcon du Club, la deuxième salle du complexe eschois, devrait connaître ses premiers concerts en janvier prochain.  (Photo: Maison Moderne)

Après une année 2021 forcément très compliquée sur le plan financier mais où le mot résilience a pris tout son sens, la Rockhal ne s’attend pas forcément à voir tout changer en 2022. La marge de manœuvre s’annonce réduite, et le challenge, beau, est à relever. 

Ce jeudi, le Centre de musiques amplifiées (CMA), qui reprend notamment la Rockhal, tirait son bilan annuel par l’entremise du président de son conseil d’administration,  Luc Henzig , et de son directeur,  Olivier Toth . Et ce, en présence de la ministre de la Culture,  Sam Tanson  (déi Gréng).  

Financièrement, vous avez indiqué que vous avez connu une perte substantielle lors de ces deux derniers exercices. À quelle hauteur cela se situe-t-il?

Luc Henzig. – «En 2020, elle était de 400.000 euros. Et, cette année, cela se situera plus ou moins dans les mêmes eaux. Notre financement, lui, tourne dans le budget de l’État aux environs de 2,6 millions d’euros. Mais, logiquement, le ministère ne compense pas nos pertes. Nous avons donc dû le faire avec les quelques réserves que nous avions accumulées ces dernières années. Or, en 2022, celles-ci seront quasiment à zéro. On va donc vivre sur la corde raide. Parce qu’organiser un concert comporte toujours le risque de ne pas vendre assez de billets et de réaliser une perte. Notre marge de manœuvre, pour les prochaines années, s’annonce donc très réduite.

En 2020, notre perte était de 400.000 euros. Et, cette année, cela se situera plus ou moins dans les mêmes eaux.
Luc Henzig

Luc Henzig,  président du conseil d’administration,  Centre de musiques amplifiées

Mais en tant qu’établissement public, vous avez toujours l’État derrière vous, en cas de catastrophe…

L.H. – «Le ministère ferait certainement le nécessaire pour nous aider. Mais cela suppose que, de notre côté, nous devons parfaitement faire notre devoir. Qu’on ne doit pas réaliser de folie ou d’erreur de gestion. Nous allons donc devoir gérer une situation de crise au minimum encore en 2022. Faire attention et analyser individuellement la tenue de chaque concert. Tout en ayant peut-être aussi parfois le courage d’en annuler un parce que celui-ci ne sera pas rentable ou qu’il nous coûtera tout simplement trop d’argent.

Et il ne faut pas compter sur Esch 2022 – Capitale européenne de la culture pour changer cette situation. L’argent que l’on reçoit pour des projets liés à cet événement, on ne l’obtient pas pour renflouer nos caisses. Mais bien pour organiser ces projets. On ne peut pas faire de bénéfice sur ceux-ci. Même si cela nous apporte plus d’activités, cela n’assainira pas nos finances.

Nous allons devoir gérer une situation de crise au minimum encore en 2022.
Luc Henzig

Luc Henzig,  président du conseil d’administration,  Centre de musiques amplifiées

Vous êtes donc dans vos petits souliers…

L.H. – «Avant, on pouvait se dire que nous étions prêts à perdre un certain montant par an. Cela n’est jamais vraiment arrivé depuis cinq ans que je suis là, mais c’était une réflexion envisageable, du fait que nous avions ces réserves. Il était concevable de penser que si les pertes sur nos concerts devenaient trop importantes, on débrancherait alors la prise. Mais sans ces fonds propres, on risque de tirer très vite sur celle-ci! Il faut donc qu’on identifie les artistes qui peuvent générer un excédent financier. Et qui pourront donc nous permettre, sur le côté, de financer d’autres artistes sur lesquels nous serons prêts à perdre un peu d’argent du fait que leur présence relève d’un intérêt public.

«Avec la pandémie, nous avons dû nous réinventer, former notre personnel, pondre des concepts…» explique Luc Henzig (à droite).  (Photo: Maison Moderne)

«Avec la pandémie, nous avons dû nous réinventer, former notre personnel, pondre des concepts…» explique Luc Henzig (à droite).  (Photo: Maison Moderne)

On ne peut pas aller voir la ministre en lui demandant de financer la venue de Sting en tant que «programmation culturelle». Ni se présenter devant elle en lui expliquant que nous avons organisé cinq concerts fantastiques mais qu’il y a un trou d’un demi-million à boucher, et que nous lui demandons de le faire…

Olivier Toth. – «Notre approche, au niveau des missions qui nous sont assignées, a toujours été plutôt débrouillarde.

Vous l’avez notamment montré, depuis le début de la crise sanitaire…

L.H. – «On a essayé, en tout cas. Je sais que certaines personnes se sont interrogées, se demandant: ‘Mais que fait la Rockhal?’… La pandémie nous a, en quelque sorte, obligés à nous remettre en question. À trouver des solutions pour nos différentes missions. Nous avons dû nous réinventer, former notre personnel, pondre des concepts…

Ce secteur audiovisuel, c’est quelque chose que nous n’avions pas, mais qui se trouvait dans un coin de notre tête […] La pandémie nous a, en quelque sorte, permis de le concrétiser.
Luc Henzig

Luc Henzig,  Président du conseil d’administration,  Centre de Musiques Amplifiées

Vous pensez au mouvement Because Music Matters, et aux concerts organisés en pleine crise sanitaire en petit comité?

O.T. – «Il y a eu ça. Le premier Because Music Matters en février 2021, avec ces cinq concerts devant 100 personnes. Puis, le numéro deux, un peu plus tard dans l’année. Mais ce n’est qu’une partie de notre mission. Nous avons deux cœurs: les concerts à la Rockhal, d’un côté; l’accompagnement et l’encadrement des artistes, de l’autre, avec le Rocklab…

L.H. – «Je pensais surtout à toute la production audiovisuelle que nous avons mise en place. Et qui nous a permis d’offrir aux artistes locaux la possibilité de se créer une image digitale, notamment via des vidéos qui sont devenues, pour certains, une véritable carte de visite. Qui leur permet de se vendre à l’extérieur et de tourner.

O.T. – «En tout, nous en avons produit une septantaine. Des ‘pop-up sessions’, c’est-à-dire des vidéos tournées dans des lieux insolites… Et des Rocklab sessions, enregistrées dans nos studios.

L.H. – «Ce secteur audiovisuel, c’est quelque chose que nous n’avions pas, mais qui se trouvait dans un coin de notre tête depuis longtemps. Nous n’avions pas pu le concrétiser par manque de temps. Ce temps que la pandémie nous a, en quelque sorte, apporté…

Il n’y a pas d’artistes ou de groupes qui tournent réellement à l’échelle du continent […]  Donc, on n’est pas encore à un retour à la normale.
Olivier Toth

Olivier Toth,  directeur,  Centre de musiques amplifiées

Vous avez aussi doté la deuxième salle de la Rockhal – le Club – d’un balcon. Quand est-ce que vous pourrez l’inaugurer?

O.T. – «Nous avions annoncé sa création voici un an et, aujourd’hui, les travaux sont en voie de finition. On espère pouvoir le présenter au public dans le courant du mois de janvier. Il est situé à quatre mètres et demi du sol et offrira le sentiment aux spectateurs de flotter dans la salle. Il permettra aussi d’augmenter de 350 places la capacité de ce Club lors des concerts, pour arriver à 1.500 personnes.

Ces dernières semaines, on a vu plus de concerts se tenir. La venue du DJ et producteur allemand Paul Kalkbrenner a aussi affiché un «sold-out» dans votre grande salle. C’est une sorte de retour à la normale?

O.T. – «Paul Kalkbrenner, c’était un événement ‘exceptionnel’! Il faut savoir qu’il y a différentes composantes qui rentrent en ligne de compte. À commencer par l’offre. Or, pour le moment, celle-ci est essentiellement transfrontalière, avec des artistes français, allemands… Il n’y a pas, par contre, d’artistes ou de groupes qui tournent réellement à l’échelle du continent. D’ailleurs, cela se voit si vous jetez un œil à notre agenda… Donc, on n’est pas encore à un retour à la normale.

Au niveau du marché, la première partie de l’année 2022 provoque encore beaucoup d’hésitation. Et les chiffres actuels du Covid-19 ne poussent pas à briser ce sentiment d’incertitude… Mais, en même temps, il y a également pas mal d’optimisme. Un sentiment que tout va bien se passer. Bref, tout le monde y croit mais se tient, en même temps, prêt à se montrer ‘agile’ en cas de nouveaux reports.»

L.H. – «Et tout cela fait que nous devrons donc continuer à gérer une situation de crise…»