PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Luc Neuberg, président de l’alrim

«Le risk manager doit rendre le business pérenne»



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Luc Neuberg, président de l’Alrim, a vu le métier de risk manager changer suite à l’afflux réglementaire. (Photo: Mike Zenari / Archives)

Ce jeudi 23 mai, l’association du risk management Alrim, en collaboration avec l’Alfi, organise une conférence sur l’intégration du risk management dans la stratégie des fonds d’investissement. Le président de l’Alrim, Luc Neuberg, explique à Paperjam.lu l’évolution de cette profession méconnue.

Quel est le rôle d’un gestionnaire de risques dans une société financière?

Luc Neuberg. - «Son premier rôle est d’exercer un contrôle par rapport à des limites. L’environnement réglementaire ayant connu une croissance exponentielle ces dernières années, la mission du risk management est de plus en plus d’exercer un contrôle par rapport à des normes imposées par un régulateur.

Son second rôle est aussi d’apporter de la valeur ajoutée grâce à l’anticipation, selon le principe qui veut que le coût de la réactivité soit toujours nettement supérieur à celui de la proactivité. Le risk manager n’est pas là pour prédire l’avenir, mais pour faire en sorte que des mesures soient prises par rapport à un environnement actuel ou futur. Il est là pour expliquer ce qui pourrait arriver au niveau de la société suite à la survenance d’un événement. Son rôle est donc de rendre le business pérenne.

Le métier a-t-il évolué au cours des dernières années?

«Énormément. La fonction a pris de plus en plus d’importance, pour deux raisons essentielles. Premièrement, la technicité des produits financiers a évolué. Ensuite, l’environnement réglementaire a énormément bougé suite aux crises, au nombre d’acteurs et à leur qualité.

En plus, au Luxembourg spécialement, la place financière s’est assez bien transformée. Au cours des 20 dernières années, on a vu les asset managers quitter le pays. Par contre, la communauté du risk management s’est renforcée et dispose aujourd’hui d’une substance de compétences plus importante que sur d’autres Places. Si les asset managers se sont déplacés, il reste essentiel de continuer à contrôler leur activité. La délégation dans les fonds d’investissement s’est accrue et réclame du contrôle.

J’aime toujours rappeler que si on délègue une tâche, on ne délègue pas une responsabilité. Déléguer n’est pas déresponsabiliser. C’est comme lorsqu’on prête sa voiture, on reste responsable des dégâts éventuels. D’où l’importance du contrôle et du risk management.

Déléguer n’est pas déresponsabiliser.
Luc Neuberg

Luc Neuberg,  président,  Alrim

Mais les besoins croissants rendent aussi le recrutement plus compliqué...

«Oui, notamment parce que les profils ont changé. Avec l’évolution de la réglementation, beaucoup de spécialistes sont devenus des compliance risk managers. Ils contrôlent la réglementation. Mais pour gagner un jeu, respecter les règles ne suffit pas. Il est nécessaire d’apporter de la valeur ajoutée. C’est valable pour le risk management. Il doit apporter de la valeur, et pas se contenter d’un contrôle réglementaire. Il faut revenir à une vision plus large du métier, et les profils ne sont pas faciles à trouver.

Quels sont les grands risques auxquels les entreprises financières doivent être attentives?

«C’est le sujet de notre conférence de ce 23 mai. Les grands risques sont géopolitiques. L’environnement est très turbulent pour l’instant, avec des dossiers comme le Brexit ou les relations entre les États-Unis et la Chine. Encore une fois, un risk manager n’est pas là pour prédire l’avenir, mais, si on veut, pour en contrer les effets, il faut bien comprendre les événements. L’autre risque est lié aux nouvelles technologies. Elles apportent de la valeur ajoutée, mais aussi de la complexité. Cette complexité des systèmes entraîne de l’instabilité. Le risk manager se doit de couvrir désormais ce genre de risques. C’est assez nouveau.»