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Concours national d’éloquence Tony Pemmers

Revivez la plaidoirie de Camille Reckinger



Le Concours national d’éloquence Tony Pemmers, organisé par la CJBL et le Paperjam + Delano Club, en partenariat avec BGL BNP Paribas, a eu lieu le 29 juin. 10 jeunes avocats ont eu 8 minutes pour développer une plaidoirie originale, et convaincre le jury.

Demandant autant de verve et de précision que de bons arguments et un vocabulaire ciselé, la plaidoirie est un exercice oratoire subtil. Le Concours national d’éloquence Tony Pemmers , organisé par la CJBL et le Paperjam + Delano Club, en partenariat avec BGL BNP Paribas, a mis en évidence les talents de 10 jeunes membres du Barreau luxembourgeois, le 29 juin.

Dans le jury, figuraient cette année Francis Delaporte (président de la Cour administrative, vice-président de la Cour constitutionnelle et président du jury), la ministre de la Justice  Sam Tanson  (déi Gréng),  Jean-Claude Wiwinius  (président de la Cour supérieure de justice),  Mike Koedinger (founder et executive chairman de Maison Moderne), ainsi que Pierre-Emmanuel Roux (associate chez Wildgen et lauréat de l’édition 2020 du concours).

Paperjam vous propose de redécouvrir ces plaidoiries, ainsi que les textes des avocats.

Camille Reckinger est avocate et collaboratrice au sein du cabinet Elvinger Hoss Prussen à Luxembourg. Tout son cursus s’est déroulé en France, à Paris I Panthéon-Sorbonne, avant de suivre les cours de l’École de formation professionnelle des Barreaux de la Cour d’appel de Paris. Elle a été assermentée au Barreau de Luxembourg en 2021.

Sa plaidoirie a eu pour titre: «Bâtonnière, avocate, consœur, robe… et les hommes dans tout cela?»

«Mesdames, Messieurs les membres du jury,

Mes Chères Consœurs, Chers Confrères,

Une question qui provoque.

Nous avons une Bâtonnière. Les femmes sont au pouvoir. Je crie triomphe au matriarcat.

… peut-être faut-il prendre un peu plus de recul.

La Grèce antique connaissait déjà celui qui plaidait la cause de l’accusé. L’avocat moderne est né au 13e siècle. Le Barreau apparaît en France sous Louis XIV.

L’avocat moderne fêtera donc bientôt ses 800 ans.

800 ans durant lesquels le statut et le rôle de l’avocat, l’organisation et l’accès à la profession ont évolué.

C’est ainsi qu’au cours du 20e siècle, les premières femmes se sont infiltrées.

Aujourd’hui, on me demande de déterminer quelle est la place des hommes au sein d’une profession historiquement dominée par le genre masculin. Ne faudrait-il pas d’abord s’intéresser aux femmes?

Bâtonnière, avocate, consœur, robe… et les femmes dans tout cela?

La femme et la profession d’avocat au Luxembourg. Cent ans d’histoire.

Revenons au 29 juin 1921. Cent ans jour pour jour.

Pour le contexte, Coco Chanel vient de lancer son parfum emblématique ‘Chanel n°5’, Adolf Hitler sera élu à la tête du parti nazi dans le mois qui suit. Mme Marguerite Thomas-Clement est la seule femme députée au Parlement luxembourgeois.

Le 29 juin 1921.

L’appareil judiciaire luxembourgeois est à 100% masculin. Tous les avocats sont des hommes, tous les juges sont des hommes. Des hommes en robe… on se comprend.

Deux ans plus tard. Nous sommes en 1923. Mme Marguerite Welter devient la première femme avocat assermentée au Barreau de Luxembourg. Une femme avocat. Quel événement. Quelle étape. Quel progrès.

Un pas en avant.

1954. Maître Netty Probst devient la première femme Bâtonnier du Barreau de Luxembourg. Dans une profession encore largement masculine, le ‘primus inter pares’ est une femme.

Un pas en avant.

2021. Les femmes représentent près de 50% de la profession. Maître Valérie Dupong est notre Bâtonnière.

Un pas en avant.

Un pas en avant. Mais est-ce que la course est terminée?

Maître Marguerite Welter, assermentée en 1923, n’a pas exercé le métier et s’est dédiée à sa famille.

Depuis le bâtonnat de Maître Netty Probst, cinq autres femmes ont été élues à ce poste par leurs confrères et leurs consœurs. Cinq femmes contre 42 hommes.

Si de plus en plus de femmes intègrent la profession, elles l’abandonnent à une vitesse et à des proportions qui excèdent celle de leurs confrères masculins. En 2018, l’écart salarial entre les avocats et les avocates inscrits au Barreau de Paris était de 51%.

Oui, nous avons une Bâtonnière. Oui, nous portons une robe. Mais l’habit ne fait pas le moine.

Les femmes sont là, la profession se féminise, les femmes deviennent visibles.

Je parle évidemment des femmes avocats appelées désormais ‘avocates’. Loin sont les temps où les femmes devaient abandonner leur identité féminine aux portes des salles d’audience. Plus besoin de devenir un homme pour exercer ce métier.

Certains s’adressent désormais à leurs ‘chères consœurs’. Madame la Bâtonnière n’est plus l’épouse du Bâtonnier.

Il y a du progrès. Les générations qui nous précèdent ont lutté pour ce progrès.

Il y aurait tant d’histoires à raconter. Il y en a une qui me tient particulièrement à cœur.

En 1962, Maître Simone Hoss-Funck est assermentée au Barreau de Luxembourg.

Élève brillante, esprit vif, caractère tenace. La seule fille de sa promotion, ma grand-mère n’exercera pas le métier.

Si ma grand-mère a capitulé face à cette profession encore difficilement accessible aux mères de famille, ce n’était ni faute de talent, ni faute d’ambition.

Vous me direz qu’en 60 ans, les choses ont changé, et heureusement, vous aurez raison.

Mais aujourd’hui, les avocates sont confrontées à des pressions et des difficultés qui peuvent différer de celles rencontrées par leurs confrères masculins.

Il est temps de les reconnaître et d’agir. Les avocates ne sauraient le faire sans leurs confrères masculins.

La voilà, la place des hommes dans tout cela.»