POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Après le sommet social

La retraite à 72 ans, sujet «oublié» à Porto



Un rapport européen publié fin janvier évoque une retraite à 70 ans en Europe (72 au Luxembourg), un sujet trop peu abordé au goût de certains députés européens. (Photo: Shutterstock)

Un rapport européen publié fin janvier évoque une retraite à 70 ans en Europe (72 au Luxembourg), un sujet trop peu abordé au goût de certains députés européens. (Photo: Shutterstock)

Les trois conclusions adoptées par les chefs d’État et de gouvernement, la semaine dernière, au sommet social européen à Porto, laissent un goût amer à certains politiques, qui soulignent que, dans le même temps, la Commission européenne évoque une retraite à 72 ans, au Luxembourg notamment.

Dans un monde de communication instantanée où une polémique remplace une autre polémique à la vitesse d’un tweet trop vite dégainé, les hommes politiques ont besoin de punchlines claires et lisibles, quitte à laisser certains sujets de côté.

Cela a été le cas la semaine dernière au sommet social européen de Porto, critiquent certains députés européens, en ce qui concerne la retraite à plus de 70 ans, évoquée en janvier dernier par la Commission européenne comme manière de maintenir un certain équilibre économique.

La déclaration finale  de Porto contient un engagement sur trois chiffres:

- au moins 78% des personnes âgées de 20 à 64 ans devraient avoir un emploi;

- au moins 60% des adultes devraient participer à des activités de formation chaque année;

- le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale devrait diminuer d’au moins 15 millions.

Cela manque d’ambition, a dit l’eurodéputé de la Gauche unitaire, Marc Botenga, sur la chaîne française Public Sénat. «Tandis qu’on fait face à ce qui pourrait être la plus grande crise sociale de la décennie. Et là ce sont les mêmes recettes, il n’y a aucune rupture avec le passé. Au contraire, on évoque même le semestre européen, qui est utilisé actuellement, pour détruire certains acquis sociaux comme le système des retraites où on nous dit qu’il faut travailler plus longtemps. La Commission européenne propose dans un rapport de porter l’âge du départ à la retraite à 70 ans, 72 ans notamment en Lituanie, alors que l’espérance de vie en Lituanie est de 71,5 ans. On est en train de détruire concrètement des acquis, et face à cela, on a un sommet qui énonce des grands principes que l’on peut partager ou non, mais qui ancre surtout dans les consciences l’austérité.»

Le Belge se réfère au «Livre vert sur le vieillissement» , dont le sous-titre est «Promouvoir la solidarité et la responsabilité entre générations». 

À la page 16, ce rapport indique que «selon les dernières projections démographiques d’Eurostat, le taux de dépendance économique des personnes âgées en 2040 dans l’UE resterait au même niveau qu’en 2020 uniquement si la vie active était prolongée jusqu’à l’âge de 70 ans. La situation varie toutefois fortement selon les États membres, ce qui illustre les différents défis à relever en Europe. D’après les projections, pour maintenir le taux national de dépendance économique des personnes âgées à un niveau constant en 2040 par rapport à 2020, l’âge de départ à la retraite devrait passer à 68 ans seulement à Malte, en Hongrie et en Suède, tandis qu’il devrait être porté à 72 ans en Lituanie et au Luxembourg.»

72 ans contre 65 ans actuellement au Luxembourg, mais cela n’a pas la même signification qu’en Lituanie. Si l’espérance de vie n’y est que de 71,5 ans, elle est de 82,30 ans au Luxembourg (2018).

72 ans au Luxembourg bien que le pays ait un «record d’Europe» avec le taux de dépendance économique des personnes âgées le plus faible d’Europe, avec 20,9 personnes de plus de 65 ans pour 100 personnes de 24 à 64 ans (contre 32 en moyenne européenne et une prévision de 58 en Europe en 2075 selon l’OCDE).