POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

écoles rouvertes et transports perturbés

Le retour chaotique des frontaliers français



Les frontaliers empruntant les transports en commun n’auront que 60% des trains habituels à leur disposition à compter de lundi. (Photo: Paperjam /Archives)

Les frontaliers empruntant les transports en commun n’auront que 60% des trains habituels à leur disposition à compter de lundi. (Photo: Paperjam /Archives)

Avec la reprise de l’école primaire et des crèches en France lundi prochain, le retour au Grand-Duché a sonné pour les frontaliers ayant des enfants de moins de 10 ans. Mais les écueils apparaissent encore nombreux.

À chaque pays son calendrier de sortie du confinement. Le Luxembourg a commencé par renvoyer en classe les étudiants et les premières et terminales, la France a adopté la stratégie inverse avec une réouverture des écoles primaires (équivalent du fondamental) et des crèches dès le lundi 11 mai. Cette mesure, combinée à la réouverture des commerces au Luxembourg, annonce un possible retour de nombreux frontaliers français dès lundi au Grand-Duché.

Pour autant, les conditions ne sont pas forcément remplies pour tout le monde. D’abord parce que si les écoles et crèches rouvrent en théorie, dans la pratique, les mesures de distanciation sociale supposent une réorganisation en profondeur de l’accueil des enfants et une limitation plus ou moins radicale de leur nombre.

Comme au Luxembourg, la division des classes en deux – ou en tout cas en groupes de 10 – pose la question de l’espace disponible dans les écoles. Certes, ce ne sont pour l’instant que les élèves de CP (cycle 2) et CM2 (cycle 4.1) qui doivent retrouver les bancs de l’école. Mais les établissements scolaires ne pourront pas accueillir tous ces élèves, soit par manque d’espace, soit par manque de personnel éducatif. Plusieurs ont d’ailleurs prévenu les parents de cet état de fait.

Le congé pour raisons familiales devrait encore s’appliquer

L’académie de Nancy-Metz, qui régit la scolarité en Lorraine, a prévu d’accorder la priorité aux enfants dont l’un des parents est soignant, policier, enseignant ou agent éducatif, l’autre parent n’ayant pas la possibilité de télétravailler, et aux enfants dont les parents sont obligés de se rendre sur leur lieu de travail.

Les autres parents devront donc poursuivre l’école à la maison et pourront a priori continuer à bénéficier du congé pour raisons familiales extraordinaires en vigueur depuis le début de la crise sanitaire. Même cas de figure si la prise en charge à l’école n’est assurée qu’une semaine sur deux, comme ce sera le cas au Luxembourg à compter du 25 mai: un parent pourra rester à la maison avec son enfant les semaines où il ne pourra pas aller à l’école. La question taraude en tout cas les frontaliers comme les résidents: l’OGBL indique recevoir de nombreux appels inquiets à ce sujet.

Quant aux frontaliers ayant un enfant de moins de trois ans, ils pourraient également continuer à rester à la maison en vertu du congé pour raisons familiales , toujours dans le cas où ils ne pourraient faire autrement. Les nouvelles règles énoncées par le ministre de l’Éducation nationale Claude Meisch  (DP) – notamment le choix laissé aux parents de tout-petits de les mettre à la crèche ou de les garder à la maison s’ils étaient auparavant gardés par leurs grands-parents – n’ont pas encore été traduites dans un texte législatif et doivent être précisées.

Le casse-tête ne s’arrête toutefois pas là, puisque les enfants ne pourront pas forcément être pris en charge par l’accueil périscolaire – l’équivalent de la maison relais, mais dans l’enceinte de l’école. Et la garde par les grands-parents est découragée pour protéger ces personnes vulnérables face au Covid-19. Il faudra donc trouver une autre solution.

60% des TER: comment éviter la cohue?

Autre écueil, qui concerne cette fois tous les frontaliers pouvant revenir sur leur lieu de travail: les transports. Beaucoup de frontaliers vont reprendre la route, avec les embouteillages que cela suppose. Et ceux qui voudront prendre le train – ils sont 12.000 venant de France – devront composer avec un service réduit à 60% du trafic habituel, qui s’étoffera au fil des semaines, promet la SNCF. Les passagers sont invités à éviter les heures de pointe et seront obligés de porter un masque – la Région Grand Est prévoit une distribution de masques à usage unique pour les trajets de lundi et mardi matin entre 6h et 9h.

Comme durant la grève cet hiver , les horaires seront communiqués la veille à 17h pour le lendemain. Trois trains seront réservés aux abonnés et au personnel soignant sur la ligne Nancy-Luxembourg, mais un seul concerne directement les frontaliers: le train Luxembourg-Metz partant à 17h46. «Nous suivrons tout particulièrement l’évolution de la fréquentation de ces trains pour ajuster le programme de circulation si nécessaire», indique TER Grand Est. Reste à savoir comment éviter la cohue dans les gares, sur les quais et dans les trains habituellement bondés en heures de pointe.

Le retour des frontaliers s’annonce donc dans une certaine confusion, sachant que le mot d’ordre gouvernemental demeure de privilégier le télétravail lorsque c’est possible dans les prochaines semaines.