POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

FONDATION IDEA

Comment 128 décideurs économiques voient l’avenir



Malgré la crise sanitaire, le Luxembourg affiche des indicateurs économiques moins inquiétants que ses voisins. (Photo: Shutterstock)

Malgré la crise sanitaire, le Luxembourg affiche des indicateurs économiques moins inquiétants que ses voisins. (Photo: Shutterstock)

Dans son avis annuel, la Fondation Idea est revenue sur la résilience de l’économie luxembourgeoise. Mais aussi sur la perception de l’avenir qu’ont les décideurs économiques du pays.

Think tank de la Chambre de commerce, la Fondation Idea est revenue, dans son avis annuel, sur les résultats économiques du Luxembourg après une bonne partie de l’année 2020 passée sous le poids d’une crise sanitaire inédite. Dans ce document de 45 pages, on peut constater que l’économie luxembourgeoise a bien résisté à la crise économique. Une résilience presque unique en Europe. Le Luxembourg a vu son PIB reculer à -1,4% alors que la France déplore un recul de -8%, la Belgique -6% et l’Allemagne -5%. À noter que la zone euro a encaissé un recul de -6,5%.  

Au niveau de l’emploi, là encore, le Luxembourg s’est démarqué en étant un des rares pays européens – pour ne pas dire le seul – à avoir créé de l’emploi avec une progression de 1,9% au troisième trimestre. À l’opposé, le taux de chômage a significativement augmenté, mais il est loin d’avoir établi un «record historique».

Ainsi, à la fin du mois de décembre, il culminait à 6,4%, soit un niveau toujours en retrait de celui atteint dans la foulée de la crise de la dette souveraine, de 2013 à 2015. Il a par ailleurs affiché une légère tendance à la décrue au cours du second trimestre de 2020.  

Une résilience variable

Les raisons de cette résilience sont multiples. Une aide massive de l’État qui a tout de même dépensé 1,537 milliard d’euros en aides et en mesures diverses. Mais également la structure de l’économie luxembourgeoise. Le poids du secteur financier, moins affecté par la crise sanitaire que l’horeca, a contribué à la résistance du pays. De plus, une très grande majorité des salariés du secteur financier et des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont pu télétravailler. Enfin, d’autres secteurs ont affiché une surperformance comme les TIC (à nouveau), les services aux entreprises et le non-marchand.

Pour autant, les relatifs bons chiffres économiques ne doivent pas occulter l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi et les autres difficultés rencontrées dans des secteurs comme celui de l’horeca, du commerce, de l’agriculture ou encore de l’automobile.

Les décideurs économiques restent optimistes

La Fondation Idea a aussi présenté son «consensus économique». Un exercice qui consiste à interroger 219 décideurs économiques sur les principales tendances d’évolution de la conjoncture, le scénario macroéconomique privilégié au Luxembourg, ainsi que les grands défis politico-économiques et les réponses à apporter à ces derniers. 

Quelques enseignements se démarquent:

- Sur les principaux «paris» pour 2021, la maîtrise de la pandémie de Covid-19 à l’échelle mondiale, ainsi que le rattrapage du retard dans la vaccination pris par l’UE par rapport aux États-Unis et au Royaume-Uni sont jugés relativement peu probables;

- Les décideurs interrogés situent la levée des principales restrictions sanitaires au Luxembourg entre le 2e et le 3e trimestre, et considèrent qu’elle sera progressive;

- La croissance économique se situerait autour de 1,5% en 2021 au Luxembourg. Le rebond serait donc modéré, mais les réponses des panélistes sont très dispersées. Pour 2022, elles convergent en revanche davantage, autour du rythme de croissance d’avant crise (+2,7%);

- Le risque de survenue d’une vague de faillites progresserait à partir du 2e semestre 2021 et au 1er semestre 2022, sans pour autant atteindre des niveaux très élevés. Ce risque apparaîtrait donc bien avec le moment de la levée des restrictions… et probablement des aides publiques;

- En revanche, les membres du panel ne semblent pas lier la levée des restrictions sanitaires, qui entraîneraient une évolution voire une disparition des dispositifs de chômage partiel, à une «explosion» du chômage. Ce dernier resterait en effet très proche du niveau actuel en 2021 et en 2022;

- Une forte accélération de l’inflation semble écartée pour 2021. Les taux d’intérêt progresseraient graduellement durant les cinq prochaines années, écartant a priori certains risques systémiques (éclatement de bulles immobilières, soutenabilité des dettes publiques, etc.);

- Alors que la dette publique a progressé de 4,5% en un an, les personnes interrogées entrevoient une poursuite de la tendance à la hausse avec un endettement public qui pourrait s’établir autour de 30% du PIB dans 5 ans. En revanche, ils considèrent majoritairement que le moment n’est pas venu de discuter de mesures visant à réduire la dette publique au Luxembourg;

- Les membres du panel expriment un plébiscite à l’égard du gouvernement luxembourgeois pour sa gestion économique de la crise sanitaire (93% d’opinions favorables);

- Des inquiétudes sur le plan social ressortent de la consultation. Le risque de multiplication de mouvements sociaux en Europe est pointé, tandis qu’une majorité des décideurs interrogés estime que de nouvelles mesures redistributives sont à envisager au Luxembourg et qu’il est important d’inciter les ménages aisés à canaliser leur épargne vers la consommation plutôt que vers l’investissement immobilier;

- Au niveau européen, le plan de relance NextGenerationEU (750 milliards d’euros) serait à renforcer, mais la transformation de la dette de la BCE en dette perpétuelle recueille 44% d’opinions négatives. Les avis sont très partagés sur la nécessité de revoir les règles du pacte de stabilité et de croissance, avec toutefois une majorité relative en faveur d’une suppression des critères dits de Maastricht, ce qui constitue une nouveauté par rapport au consensus de 2020.

- Enfin, dans le domaine de la lutte contre le réchauffement climatique, une (courte) majorité estime que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre à l’horizon 2030 ne sont atteignables ni dans l’UE ni au Luxembourg, mais ce «scepticisme» recule par rapport au consensus de 2020;      

À noter que sur les 219 décideurs économiques interrogés, 128 ont accepté de répondre.