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Frontaliers

La réponse de Cahen aux maires de Metz et Trèves



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Un peu plus d’un an après Xavier Bettel, Corinne Cahen a apporté une même réponse aux ambitions françaises et allemandes. (Photo: Matic Zorman / Archives)

La ministre à la Grande Région était à Arlon mardi soir pour une conférence sur les lignes de force de l’accord de coalition luxembourgeois. Une occasion de répondre, en marge de cet événement, à l’ambition des maires de Trèves et Metz en ce qui concerne l’impôt de leurs travailleurs frontaliers.

«Je n’ai pas envie de payer la décoration de Noël d’un maire»,  avait répondu le Premier ministre Xavier Bettel  quand il avait été interrogé sur une redistribution à la France et à l’Allemagne de l’impôt sur le revenu perçu auprès des frontaliers, en marge de la visite d’État du Grand-Duc en France, en mars 2018

14% du budget d’Arlon

Un peu plus d’un an plus tard, les maires de Metz et Trèves, ainsi que deux élus régionaux, ont écrit au président Emmanuel Macron et à la chancelière Angela Merkel pour attirer leur attention sur la situation, et demander leur soutien pour entamer des négociations avec le Luxembourg.

Leur ambition est de pouvoir bénéficier, comme c’est le cas des communes belges, d’une rétrocession annuelle de cet impôt. La réponse de la ministre à la Grande Région Corinne Cahen a été formulée avec des mots différents, sans que cela ne change rien au fond.

Mardi soir, elle pensait d’ailleurs être interrogée sur le sujet à Arlon, lors d’une conférence donnée à l’invitation de l’association Effet-Frontière . Mais il n’en a rien été.

«J’ai été un peu surprise, en effet», explique-t-elle en marge de la conférence alors qu'on la sollicite à ce sujet. D’autant que devant la salle ont été évoqués par le bourgmestre d'Arlon les 30 millions annuels qui sont rétrocédés directement aux communes belges. Un apport vital pour certaines d’entre elles. À Arlon, l’argent reversé par le Luxembourg constitue 14% du budget communal, a aussi expliqué le bourgmestre Vincent Magnus.

Cofinancer plutôt que reverser de l’argent

Une manne financière que les Français et les Allemands aimeraient donc avoir aussi. Mais il n’en sera rien pour le moment. «Plutôt que de verser de l’argent qui n’arrivera sans doute pas dans les communes, notre politique est d’investir dans des infrastructures, dans les deux pays, qui seront utiles pour les frontaliers et les Luxembourgeois: parkings d’accueil, réseau ferroviaire, autres infrastructures...», explique Corinne Cahen, parfaitement alignée sur les autres ministres de son gouvernement.

«Des choses sont d’ailleurs amorcées, par exemple le cofinancement de parkings relais à Thionville et Longwy. Là, tout le monde est gagnant. Dans leur lettre, les maires évoquent l’accord entre Genève et la France. Mais c’est faux: l’argent suisse arrive dans les caisses à Paris et ne repart pas en région», nuance la ministre.

Anne Grommerch leur avait dit qu’ils pouvaient être heureux de la situation: sans le Luxembourg, ils ne seraient maires de rien du tout!

Corinne Cahen,  ministre à la Grande Région

Pas plus que les boules sur son sapin de Noël, il ne faut donc pas vouloir le beurre et l’argent du beurre. «Je me souviens d’une réunion avec feu Anne Grommerch , maire de Thionville. Au cours de celle-ci, des maires de petites communes réclamaient l’argent du Luxembourg en tapant du poing sur la table, [disaient] que c’était normal... Elle leur avait répondu qu’ils devraient déjà être heureux de la situation, que sans le Luxembourg, ils ne seraient maires de rien du tout: leurs villages seraient vides!», poursuit Corinne Cahen.

Comme d’autres, elle estime aussi que les frontaliers apportent déjà une plus-value dans leur région de résidence de par leur pouvoir d’achat plus élevé que la moyenne.