ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Ferala à Luxembourg-ville

Réouverture sécurisée, sur mesure et sur rendez-vous



Gel, masques, visites sur rendez-vous et porte ouverte éviteront la contamination chez Ferala. La boutique de costumes sur mesure craint un lent retour des clients à cause des reports de mariage et de la poursuite du télétravail. Après deux mois déjà difficiles.

Au milieu des cravates et des chemises, quelques distributeurs de gel hydroalcoolique trônent aux quatre coins de la pièce d’environ 100m². Un masque en coton couvre la moitié du visage du gérant et de sa collègue.

Ces signes discrets annoncent la réouverture en toute sécurité de la boutique Ferala, nichée dans le centre de Luxembourg-ville. Le patron, Xavier Goetschy, s’y prépare depuis plusieurs jours. Elle se fera mardi 12 mai, puisque le magasin de costumes sur mesure est généralement fermé le lundi.

Masque obligatoire

«Aujourd’hui, nous travaillons sur la vitrine et sur un mailing pour prévenir les clients de la réouverture», annonce-t-il fièrement. Le port du masque sera obligatoire pour tous. Ses deux salariés et lui porteront également des gants pour certaines opérations, comme la prise des mesures. Ils nettoieront les cabines après chaque passage.

«J’ai acheté un bidon de 5 litres de désinfectant», appuie le gérant qui prévoit aussi de laisser la porte ouverte, pour aérer le magasin et éviter le contact des clients avec la poignée.

Le sur-mesure a ses avantages en termes d’hygiène. «Nous avons rarement plus de trois clients à la fois», assure Xavier Goetschy. La moitié vient sur rendez-vous. Une méthode qu’il compte privilégier à la réouverture.

Second point: une même chemise ne sera pas essayée par différentes personnes. «Nous conseillons quand même, comme d’habitude, de la laver avant de la porter, car elle passe entre plusieurs mains», ajoute le gérant. Pour les costumes, il préconise plutôt de les laisser sur cintre pendant un à deux jours pour ne pas les abîmer.

Garder le lien numérique

Dans la boutique, les modèles de la collection estivale sont déjà en place. En réserve, plusieurs costumes essayés avant la crise attendent encore que leurs propriétaires viennent les récupérer.

La boutique ne connaît pas de problème d’approvisionnement auprès de ses fournisseurs, tous européens. «Au contraire», se réjouit Xavier Goetschy. Ses délais de production, qui vont habituellement de trois à quatre semaines, seront divisés par deux. Les ateliers ont moins de travail en ce moment. «Je vais être ultra-performant.»

«Nous n’avons pas arrêté de travailler pendant cette période», corrige-t-il d’ailleurs. «Nous avons profité de l’occasion pour revoir notre stratégie marketing sur les réseaux sociaux.» Ses conseils sur comment bien choisir son costume et sur les avantages de chaque matière, entre le lin et la soie, lui ont permis de garder le lien avec ses clients via Facebook ou Linkedin.

Il a aussi pris le temps de développer la vente en ligne, une idée qu’il traînait depuis un moment. «Nous ne pouvons pas faire de sur-mesure à distance. Mais nous avons utilisé Letzshop pour proposer notre large gamme d’accessoires», révèle-t-il. Ses fournisseurs habituels se sont aussi mis à confectionner des masques. Xavier Goetschy en a déjà vendu une centaine, à 15 euros l’unité, via le site. Il en attend 300 nouveaux pour la réouverture. Les effets économiques de la vente en ligne restent minimes, mais il compte continuer après la crise. «Cela nous permet de nous faire connaître auprès de nouveaux clients», justifie-t-il.

Le pari du casual

«D’un point de vue économique, je m’attends à une reprise lente», souligne-t-il. Il a d’abord «loupé» la clientèle des mariages , qui vient d’habitude essayer des costumes entre mars et avril. Elle représente 30% de l’activité. Le reste correspond à la clientèle business. «Dans les banques et les entreprises, ils sont partis pour rester en télétravail encore un bon moment», s’inquiète-t-il. Et donc, pour laisser tomber le costume.

La boutique misera donc sur le casual. «Nous avons des chinos, des chemises à carreaux», illustre-t-il. «Le gros avantage, c’est que je n’ai pas de stock. Je ne vais pas devoir brader mes collections.»

Comme dans le quartier Gare, les travaux n’aideront pas à la reprise . «Le centre-ville est à feu et à sang depuis trois ans», se plaint-il. «Nous souffrons beaucoup de cela». En plus du Covid-19. «J’espère que les gens n’auront pas envie de s’enfermer dans un centre commercial et préféreront faire leurs courses dans des endroits plus aérés après cette crise sanitaire.»

À la caisse, sur le meuble central, près des cabines… Des distributeurs de gel hydroalcoolique sont disposés un peu partout dans le magasin. (Photo: Paperjam)

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Ferala vend des masques en coton, 15 euros l’unité. D’autres motifs existent. (Photo: Paperjam)

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Des costumes d’avant la crise dorment à l’arrière du magasin. (Photo: Paperjam)

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Près de 40.000 euros de manque à gagner

«Si je réalise 50% de mon chiffre d’affaires habituel en 2020, ce sera déjà bien», calcule-t-il. En 2019, il tournait autour de 350.000 euros. Pendant ces deux mois de fermeture, il estime un manque à gagner de 30.000 à 40.000 euros. Avec entre 5.000 et 6.000 euros de coûts fixes chaque mois sur la boutique. Il remercie son propriétaire d’avoir annulé son loyer. «Il m’a plus aidé que l’État», pense-t-il. L’aide de 5.000 euros n’a pas suffi à couvrir les pertes du gérant. Sous le statut d’indépendant, il n’a pas pu bénéficier du chômage partiel, contrairement à ses salariés. «Je me suis endetté, j’ai l’impression de creuser ma tombe.» Il souhaite que l’État continue de verser le chômage partiel malgré la reprise. «S’il l’arrête d’un coup, je pense que cela va causer de nombreux licenciements.»