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Agenda politique

Une rentrée sous haute tension



Débat sur l’état de la Nation, puis budget au programme. (Photo: Mike Zenari)

Débat sur l’état de la Nation, puis budget au programme. (Photo: Mike Zenari)

La pause estivale a-t-elle calmé les esprits? La rentrée politique et parlementaire s’annonce en tout cas chargée.

Si les députés ont repris le chemin des commissions mi-septembre, c’est début octobre que commencent les choses sérieuses à l’agenda politique. Les premières semaines seront consacrées au débat sur l’état de la Nation, reprogrammé afin de laisser au Premier ministre Xavier Bettel l’opportunité de défendre le bilan de l’an 1 de la coalition DP-LSAP-Déi Gréng II. Place ensuite rapidement aux discussions sur le projet de budget 2020, qui devraient occuper au moins le mois de décembre.

Le dossier « casier bis »

Dès la rentrée, le dossier du « casier bis » fera son grand retour dans les couloirs de la Chambre des députés et des ministères. Le ministre de la Sécurité intérieure, François Bausch , devait assurer le suivi de l’affaire en l’absence de Félix Braz . Il a ainsi réagi seul à la publication du rapport de la Commission nationale pour la protection des données sur l'utilisation des différentes banques de données de la Police grand-ducale. Reste à savoir comment la nouvelle ministre de la Justice,  Sam Tanson  compte intervenir dans ce dossier.

« La loi que nous avons votée en juin 2018 à l’unanimité – à l’exception de l’ADR, qui la trouvait trop sévère – tient la route», estime Josée Lorsché , chef de la fraction Déi Gréng. «Il faut simplement régler la situation des fichiers. Ceux de la police et de la justice, mais aussi les banques de données des administrations, des communes, du ministère de la Sécurité sociale… Nous devons travailler sur une méthode pour protéger les citoyens tout en permettant l’utilisation des données à des fins de sécurité. » Inutile de dire que le rapport de la Commis­sion nationale pour la protection des données, mobilisant une partie de ses ressources durant l’été, est, à ce titre, très attendu.

Si la majorité souhaite voir l’opposition participer «de manière constructive» à la recherche d’une solution, souligne Eugène Berger (DP), l’opposition maintient la pression. Déi Lénk «n’écarte toujours pas la nécessité d’une commission d’enquête», tandis que le CSV a encore déposé trois questions parlementaires début septembre concernant d’autres banques de données utilisées par la police judiciaire. La justice administrative devrait également se pencher dans les prochains mois sur le recours annoncé par le jeune homme à l’origine de l’affaire, désormais représenté par Me Fränk Rollinger.

Le réaménagement de la place de la constitution

La deuxième casquette de François Bausch – ministre de la Mobilité et des Travaux publics – lui vaut une rentrée tout aussi chargée. Déjà relativement présent durant la pause estivale avec la présentation du réaménagement du boulevard F. D. Roose­velt et de la place de la Consti­tution, ou encore la réorganisation du service aux passagers chez les CFL à partir de mars 2020, il a présenté début septembre la future refonte du réseau de bus RGTR ainsi que l’application devant servir l’ère multimodale. Il a annoncé pour l’automne une réforme d’Adapto, le système de transport sur commande pour les personnes porteuses d’un handicap, dont une pétition réclame la gratuité au même titre que les autres transports publics dès mars 2020.

Du climat à la Constitution

D’autres sujets de fond occuperont également les débats au regard des enjeux exposés par les partis dans leurs cartes blanches diffusées sur paperjam.lu cet été, en débutant par la réforme fiscale prévue dans l’accord de coalition, avec des groupes de travail qui commencent à se réunir côté majorité et des revendications déjà claires dans les partis comme dans la société civile.

Le climat et l’environnement seront également au menu dans le cadre de la finalisation du plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC) et ce, dans le contexte des deux grandes manifestations sur le climat de la fin septembre en marge du sommet sur le climat à l'ONU. Le but est «d’atteindre la neutralité climatique du Luxembourg et de l’Union européenne d’ici 2050, explique Déi Gréng. De plus, le Luxembourg prend un rôle pilote en adoptant une loi transversale sur la protection du climat afin d’assurer une approche coordonnée entre les différents ministères.»

Pour le député Sven Clement (Parti pirate), des efforts sont nécessaires pour réduire les déchets inutiles, comme les plastiques. Autre objectif: la neutralité en CO2, d’où la nécessité de s’interroger « sur le futur des stations-­service le long des frontières». En outre, «la recherche dans le domaine de l’écologie présente déjà aujourd’hui de belles opportunités de développement et d’innovation».

Concernant les «projets hasardeux, tels Google, Fage ou encore Knauf», le député de l’ADR Gast Gibéryen considère qu’«il faudra calculer l’impact durable de toute nouvelle implantation, évaluant les coûts écologique, social, logistique et les comparant aux recettes publiques potentielles». Le CSV interpellera aussi le gouvernement concernant le PNEC et l’agriculture.

Reste une inconnue: que va devenir la révision de la Constitution, prête à être votée depuis l’été 2018, après le revirement du CSV cet été? Le parti chrétien-social souhaite préparer une nouvelle consultation citoyenne, une brèche dans laquelle l’ADR et Déi Lénk comptent bien s’engouffrer. Un autre sujet qui ne va pas contribuer à pacifier les tensions qui se sont accrues ces derniers mois.

«Nous attendons du CSV, un grand parti qui a souvent été aux responsabilités, qu’il se comporte de façon responsable», souligne M. Berger. «L’atmo­sphère depuis quelques mois ne nous donne pas la possibilité de travailler dans un climat serein», déplore Mme Lorsché. Le duo Frank Engel - Martine Hansen semble pourtant bien décidé à incarner un parti d’opposition et non plus un parti qui attend de revenir au pouvoir.