POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

les priorités de l’aleba

«La rentrée sera difficile dans le secteur financier»



260732.jpg

Roberto Mendolia souligne le besoin d’une législation adaptée sur le dialogue social, les maladies professionnelles ou encore les conventions d’entreprise qui peuvent masquer un plan social. (Photo: Nader Ghavami)

Le nouveau président de l’Aleba, Roberto Mendolia, évoque les grands dossiers sur lesquels il compte travailler en priorité durant son mandat.

Si Roberto Mendolia , 46 ans dans quelques jours, estime qu’un mandat de cinq ans «permet d’aller au bout des choses par rapport à un mandat de quatre ans», c’est un mandat survolté qu’il va connaître – sachant qu’il travaille encore à plein temps dans son entreprise, Clearstream.

Premier dossier: l’élargissement des salariés couverts par une convention collective. «La convention collective ne s’applique pas aux cadres. Pourtant, ils n’ont pas forcément de personnes sous leurs ordres ou de pouvoir de signature de la société», précise M. Mendolia, estimant le Code du travail inadapté à la réalité sur ce point.

Nous avons un gros travail devant nous pour couvrir le maximum de personnes et de secteurs avec une convention collective.
Roberto Mendolia

Roberto Mendolia,  président,  Aleba

Idem pour les personnels externes «qui ne sont couverts par aucune convention alors qu’ils font le même métier» que ceux auxquels ils apportent du renfort, en IT par exemple. «Personne ne contrôle s’ils prestent plus de 10h par jour», souligne M. Mendolia. «Nous avons un gros travail devant nous pour couvrir le maximum de personnes et de secteurs avec une convention collective», y compris dans les PSF, partiellement couverts par des conventions spécifiques (Six Payments, Post Telecom) et les fonds.

Deuxième objectif: contester les effets pervers de la loi sur le dialogue social en vigueur depuis 2016. L’Aleba a eu chaud à l’issue des dernières élections sociales, puisqu’en atteignant moins de 50% des voix pour le secteur financier au sein de la Chambre des salariés, elle aurait pu perdre son statut de syndicat bénéficiant de la représentativité sectorielle et voir ainsi les droits de ses délégués retirés. Dans les sociétés de plus de 1.000 salariés, c’est le syndicat représentatif au niveau national qui rafle la mise et désigne les délégués libérés «sans tenir compte des autres délégués». «Nous étudions jusqu’à quel point la loi est discriminatoire par rapport aux autres syndicats», indique M. Mendolia.

La digitalisation a bon dos.
Roberto Mendolia

Roberto Mendolia,  président,  Aleba

Troisième revendication: une nouvelle loi concernant le burn-out et le harcèlement au travail, comprenant notamment la reconnaissance des risques psychosociaux comme maladies professionnelles.

Quatrième préoccupation: l’encadrement des conventions d’entreprise qui cachent souvent des plans sociaux. «Ces négociations ne donnent pas les mêmes droits et ne sont pas couvertes par la loi», souligne le président de l’Aleba. Un outil bien pratique pour restructurer à moindres frais au nom de la nécessité de fermer un service, par exemple.

Un sujet d’autant plus sensible que «la rentrée sera difficile dans le secteur financier», annonce M. Mendolia, relayant de nombreux retours du terrain. «À un mot, on pourra dire qu’il s’agit d’une conséquence de la digitalisation, mais la digitalisation a bon dos…», ironise-t-il. «C’est peut-être un moyen de remplacer des éléments chers par des éléments plus jeunes, de renouveler le personnel.»

Vers un «droit au télétravail généralisé»

Face à la digitalisation, M. Mendolia en profite pour considérer la situation sous l’angle de l’employabilité des salariés. Et se réjouit de voir que la convention collective du secteur intègre de plus en plus l’idée de formation pour maintenir l’emploi et l’employabilité. «Tôt ou tard, le métier va changer. Former une personne, c’est une façon de lui rendre confiance. Elle sera ainsi apte à rejoindre le marché de l’emploi sans peur, et l’impact social sera moins lourd.»

Dernier axe d’action: la mobilité. «Il faut légiférer pour assouplir les règles du télétravail et permettre aux gens de travailler chez eux ou dans un espace de coworking», insiste M. Mendolia, réclamant un «droit au télétravail généralisé» qui soulagerait le trafic d’autant.

Quant aux salariés, le président de l’Aleba veut renforcer la capacité du syndicat à répondre aux sollicitations en ajoutant quelques personnes aux huit qui assurent la permanence téléphonique. Sans ménager l’assistance juridique qui compte pour 30-40% de son budget en interventions d’avocats (convention collective, poursuites, avis, etc.).