POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

sortie de confinement

La rentrée scolaire préoccupe les députés



Le retour des écoliers en classe interpelle les députés, entre souci d’égalité sociale et craintes pour le respect des mesures sanitaires. (Photo: Christophe Olinger/archives Maison Moderne)

Le retour des écoliers en classe interpelle les députés, entre souci d’égalité sociale et craintes pour le respect des mesures sanitaires. (Photo: Christophe Olinger/archives Maison Moderne)

Le ministre de l’Éducation nationale rencontre ce mercredi matin les députés de la commission éponyme afin de répondre à leurs interrogations et doutes quant au programme de retour à l’école retenu par le gouvernement.

C’est l’ADR qui a sollicité cette entrevue urgente avec Claude Meisch (DP) alors que s’approche la reprise des cours pour les élèves et étudiants. Si la perspective d’un retour échelonné en classe est approuvée par les différentes sensibilités de la Chambre des députés, beaucoup de questions demeurent.

«Beaucoup d’arguments techniques, organisationnels, pédagogiques, etc., sont invoqués, dont la portée et la pertinence, qui ne recueillent d’ailleurs souvent pas le consensus de toutes les parties principalement concernées, échappent à une analyse purement politique», estime Fernand Kartheiser , qui conditionne la position de l’ADR aux réponses du ministre Meisch.

Le parti réformateur se prononce a priori pour «une rentrée du cycle 1 en septembre, le caractère facultatif de la rentrée des classes terminales avant leur examen, un soutien renforcé aux parents pour l’éducation à domicile et la réaffectation des enseignants brevetés actuellement attachés à l'administration afin de les réorienter vers des tâches d'enseignement».

Les universités reconnaîtront-elles de tels examens fragmentaires?
Fernand Kartheiser

Fernand Kartheiser,  député,  ADR

Il s’interroge également sur la valeur de l’examen de fin d’études secondaires dont les matières seront limitées. «Les universités reconnaîtront-elles de tels examens fragmentaires? La question a-t-elle été posée avant cette décision? L’enjeu est bien sûr de taille pour les élèves désireux de s’inscrire dans une université à l’étranger.»

Des interrogations partagées par Martine Hansen , chef de fraction CSV. «Oui à la rentrée scolaire, mais bien préparée, ce qui n’est pas encore le cas», assène-t-elle. Manque de consignes claires et doutes sur le matériel nécessaire dans l’enseignement secondaire et fondamental, absence probable d’enseignants bénéficiant du congé pour raisons familiales, encadrement des enfants en crèche… Autant d’obstacles à une reprise sereine, surtout pour le fondamental – «l’organisation prévue par le ministère est presque impossible» – et les crèches.

Le Piratepartei s’interroge également sur la possibilité de prévoir un retour en classe «volontaire» pour les classes terminales «vu que le programme est déjà achevé», indique le député Sven Clement , qui soutient les mesures proposées. «Il faut juste la garantie que les mesures sanitaires puissent effectivement être mises en œuvre dans chaque bâtiment qui reste autonome», ajoute-t-il. Quant au fondamental, «on est sceptique pour les plus jeunes», dit-il. «On devrait se poser la question si on ne pourrait pas rendre facultatives les dernières semaines voire seulement forcer ceux et celles qui ne sont pas joignables par les outils d’éducation à distance.»

Nous plaidons pour un crédit d’impôt ‘équipement digital’ par enfant, progressif avec le revenu, afin d’alléger la facture.
Sven Clement

Sven Clement,  député,  Piratenpartei

D’ailleurs le parti plaide pour que l’État mette à disposition le matériel nécessaire. «Nous plaidons pour un crédit d’impôt ‘équipement digital’ par enfant, progressif avec le revenu, afin d’alléger la facture.»

Gilles Baum , chef de fraction DP, estime de son côté que «les précautions en matière d’hygiène, dont notamment la mise à disposition de tests, l’alternance des classes et la distribution gratuite des buffs, vont contribuer à assurer une protection maximale de tous les enfants et acteurs scolaires. À mon avis, le ministère a ainsi trouvé le juste équilibre entre la protection de la santé des enseignants et des élèves d’une part et les missions fondamentales de l’école d’autre part, à savoir garantir les meilleures perspectives d’avenir pour les enfants et les jeunes et faire en sorte que l’année scolaire se termine dans les meilleures conditions possible.»

Les autres partis de la coalition se montrent moins catégoriques et enthousiastes. «La reprise progressive de l’école – classes terminales, lycées, écoles fondamentales – dans les semaines prochaines ne sera pas facile», concède Francine Closener, députée LSAP, «mais sachant que le gouvernement et les différents acteurs de l’école mettent tout en place afin de prendre soin des élèves et des enseignants, c’est en effet la meilleure solution».

Il apparaît que le ‘homeschooling’ a tendance à exacerber certaines inégalités socio-économiques dans le domaine de l’enseignement.
Djuna Bernard

Djuna Bernard,  députée,  Déi Gréng

La députée rappelle que «l’écart entre les performances scolaires des enfants de milieux aisés et défavorisés est d’ores et déjà le problème majeur de l’éducation au Luxembourg et risque de s’accentuer si le confinement des enfants persiste. En plus, les problèmes psychologiques et sociaux pourraient s’aggraver aussi chez les enfants et les adolescents.»

Un argument également mis en avant par Déi Gréng pour préférer une rentrée progressive dès le mois de mai. «Il apparaît que le ‘homeschooling’ a tendance à exacerber certaines inégalités socio-économiques dans le domaine de l’enseignement», commente Djuna Bernard , députée et présidente du parti. «Ainsi, en contactant leurs élèves collectivement et à distance, les enseignants ne peuvent pas tenir compte d’éventuelles difficultés linguistiques des élèves dans la même mesure qu’habituellement. De même, la possibilité et la qualité d’un enseignement à domicile dépendent de facteurs comme le niveau de scolarité des parents ou leur possibilité de recourir au télétravail (qui à son tour a tendance à monter avec le niveau de spécialisation/formation).» Et de souligner la difficulté «pour les enseignants d’identifier et de contacter les élèves affectés le plus négativement par la suspension des activités scolaires». Sans compter les enfants à besoins spécifiques dont «l’encadrement individuel et professionnel s’accorde évidemment mal avec l’enseignement à distance».

Ne met-on pas l’intérêt économique en premier lieu, en faisant rentrer les élèves pour que leurs parents puissent aller travailler?
David Wagner

David Wagner,  député,  Déi Lénk

Déi Gréng souligne par ailleurs «la préparation extensive que le ministère de l’Éducation a entreprise au cours des dernières semaines et avec le concours de tous les membres de la communauté scolaire et éducative», estimant que «la stratégie de reprise par étape qui en résulte permet de garantir leur santé de façon optimale» même s’il reste «quelques questions d’ordre logistique et organisationnel».

«Il n’y a pas de formule magique», résume David Wagner (Déi Lénk), indiquant que «les questions sont nombreuses et complexes» et que «les réponses ne font d’ailleurs pas l’unanimité chez nous non plus». Consignes difficilement applicables aux plus petits élèves, inégalités creusées, protection du personnel enseignant sont les «points d’attention importants».

Tandis que d’autres questions se posent: «Quelle est la position de la Direction de la santé par rapport à cette reprise dans les écoles? Ne met-on pas l’intérêt économique en premier lieu, en faisant rentrer les élèves pour que leurs parents puissent aller travailler? Y a-t-il eu assez de concertation avec les acteurs que sont les professeurs eux-mêmes et les syndicats? Était-il aussi utile de faire revenir des élèves une semaine avant une semaine de congé de Pentecôte?»

La crise sanitaire et la suspension des cours ont ainsi mis le doigt sur les plus grands défis de l’éducation au Grand-Duché. Et suscitent des réflexions à moyen et long terme. Francine Closener relativise les inquiétudes quant à une perte de niveau des élèves. «Le Lucet (Luxembourg Center for Educational Testing) organisera de toute façon ses épreuves standardisées et pourra y intégrer des questions spécifiques pour en savoir plus sur les conséquences du confinement, permettant donc de voir les différents niveaux des élèves afin de réagir de façon ciblée sur leurs problèmes.» Et suggère à la fois des formations continues pour le corps enseignant, notamment pour l’enseignement à distance amené à se développer, et la garantie d’outils informatiques pour tous les élèves.

L’ADR rappelle de son côté sa revendication d’une allocation pour les parents qui désirent rester à la maison pour se consacrer exclusivement à l'éducation de leurs enfants. «L’utilité d’une telle initiative pour renforcer les familles s’est montrée encore plus clairement au cours de la crise», souligne M. Kartheiser.