POLITIQUE & INSTITUTIONS
EUROPE

Du Ceta au Brexit

Wallons et Britons



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Entre la Meuse et la citadelle namuroise, le Parlement wallon est entré en résistance. (Photo: Licence C.C.)

L’air de rien, nous vivons une époque nouvelle. Celle du réveil des opinions publiques face aux tentatives de passage en force des gouvernements, du Conseil européen, des multinationales.

Ils ne sont pas entièrement maîtres de notre destin, ne doivent pas le devenir, et il est bon de le leur rappeler. Comme tente de le faire le Parlement européen dès qu’il le peut, frustré du manque de pouvoir de contrôle qui lui est accordé, et comme le fait actuellement le Parlement de Wallonie dans le cadre du traité Ceta.

La position des parlementaires wallons qui s’opposent au traité commercial avec le Canada est évidemment assez facile à prendre: la majorité socialiste-sociale démocrate au pouvoir à Namur, capitale de la Wallonie, n’est pas la même qu’à Bruxelles où le Mouvement réformateur (libéral) du Premier ministre Charles Michel est le seul représentant des citoyens francophones à être présent dans la majorité fédérale. Or, c’est cette dernière qui devrait signer le Ceta.

Prendre le temps

Il n’empêche, même si on peut logiquement soupçonner le croche-pied politicien, le «niet» wallon personnalisé par Paul Magnette, président du gouvernement du sud de la Belgique, reste avant tout un message destiné à poursuivre la négociation. Les deux tiers du Parlement qui se prononcent pour l’instant contre le Ceta ne se sont pas enfermés dans une attitude de blocage pure et dure, mais veulent continuer à négocier pour aboutir à une situation qui les satisfasse.

L’attitude est raisonnable. Elle laisse la porte ouverte à de nouvelles avancées, mais demande du temps. Elle ne veut pas d’un passage en force, d’ultimatums, ni de menaces. La réputation de l’Union européenne, hélas, n’en est plus à ça près. C’est là tout l’art de la négociation: manifester son refus tout en admettant que tout reste discutable.

Une pratique qui risque d’ailleurs de se répéter dans la phase de ratification si les négociateurs parviennent à franchir l’obstacle actuel. De fait, plusieurs pays, dont le Luxembourg, ont exigé et obtenu que le traité soit déclaré mixte, c’est-à-dire qu’il doive passer par la phase d’adoption par les gouvernements nationaux. Mais à ce moment, la mécanique aura déjà été enclenchée de manière provisoire.

Les limites de la menace

Cette pratique de la porte ouverte, c’est peut-être de cela dont les Britanniques se montrent actuellement incapables. Réclamant le beurre et l’argent du beurre depuis des décennies, ils ont finalement fait le choix de sortir de l’Union en juin dernier. Et optent désormais pour un «Brexit dur» qui fermera un peu plus les battants de la collaboration avec leurs anciens partenaires européens.

Pour préserver leurs avantages, ils envisageraient à nouveau la manière forte. Ainsi, selon le Sunday Times, qui cite une source proche du gouvernement de Theresa May, Londres réfléchirait à diviser par deux l’impôt des sociétés – il est actuellement fixé à 20%. Objectif: faire en sorte que les 27 accordent aux banques installées dans la City le fameux passeport européen qui leur permet de travailler en toute liberté dans l’espace de l’UE, même après le retrait britannique.

L’art de la menace… Sauf que la manière forte a aussi ses limites. Craignant le Brexit dur, les banques installées à Londres seraient dans les starting-blocks pour rejoindre d’autres places financières, au sein de l’Union. C’est en tout cas le sens des déclarations du directeur de la British Bankers' Association, Anthony Browne, dans The Observer. Il constate que «les mains des banques frémissent au-dessus du bouton 'relocalisation'».

Trop tard donc pour les retenir avec des promesses d’impôts plus favorables. La rigidité britannique les obligera à des frais dont ils se seraient bien passés. Mais l’orgueil de la nation semble devoir passer par là: une victoire à la Pyrrhus dont beaucoup de monde risque de sortir perdant. Ce qui est encore loin d’être le cas au niveau du Ceta où tout reste encore au conditionnel.