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L'oeuvre d'Anthony McCall donne une matérialité à la lumière (Photo: Henry Graber)

La nouvelle exposition du Mudam, «Solides Fragiles», met en évidence l’architecture du bâtiment et joue avec l’histoire de l’abstraction. À découvrir ce week-end et jusqu’au 8 février.

Après l’exposition Heimo Zobernig (qui, entretemps a été choisi par l’Autriche pour son pavillon à la Biennale de Venise), l’abstraction est encore au rendez-vous au premier étage du Mudam. L’exposition «Solides Fragiles» démarre non avec le Carré Blanc de Kasimir Malevitch, mais avec Robert Ryman (né en 1930) et ses monochromes tout aussi blancs. Elle se termine avec une sorte de trompe l’œil de la jeune Élodie Seguin (née en 1984) qui utilise l’aplat de couleur de manière minimaliste tout en se jouant de la perception du spectateur.

Tout le propos de l’exposition tient dans la tension entre les œuvres, dont plusieurs sont réalisées spécifiquement pour l’occasion, et l’architecture des salles. Sur une aile, il est question de lumière alors que sur l’autre, c’est plutôt la couleur qui met en évidence les volumes des salles. Entre les deux, les bandes magnétiques de Žilvinas Kempinas deviennent à la fois un lien physique, tendu et un propos sur l’exposition elle-même.

Globalement, «Solides Fragile» fait la part belle à l’immatériel, à la résonnance, à l’irradiation. À travers des œuvres très variées, c’est l'atmosphère, les matériaux, les vibrations du lieu qui sont mis en évidence. La sculpture lumineuse de Antony McCall est particulièrement forte, rendant palpable l’expérience d’un faisceau lumineux à travers une projection et de la fumée. Déjà historique – Line Discibing a Cone date de 1973 – cette œuvre constitue une sorte de pivot de l’exposition, car elle fait passer le visiteur par le noir, entre deux zones très blanches.

Expérience sensorielle

L’installation des frères Berger, From the sun to the cloud, propose elle aussi une expérience sensorielle au visiteur. Reproduisant la forme de la galerie d’exposition, le dispositif lumineux passe d’un éclairage naturel, chaud (5.500 Kelvin) à une lumière artificielle, plus froide (4.200 Kelvin) et transformant, non seulement la couleur des murs, mais la perception que l’on a des volumes et des œuvres qui sont exposées.

Les sculptures filaires de Fred Sandback, exposées dans les deux galeries opposées, découpent l’espace, modifient la structure des salles et apportent ainsi une nouvelle lecture des lieux. L’intervention de Karin Sander, pour minimaliste qu’elle soit – une zone du mur simplement polie pour devenir réfléchissante – donne, elle aussi, une dimension nouvelle à la salle. Réflexion du ciel ou des autres œuvres, profondeur de champ: c’est en soustrayant de la matière que l’artiste arrive à apporter un supplément d’âme à la cimaise.

Avec cette exposition, le Mudam réussit le tour de force de rendre sensible la radicalité de l’abstraction. Une pierre de plus dans le jardin de ses détracteurs qui ne trouveront pas ici matière à tergiverser: c’est juste beau!

Solides Fragiles

Artiste: Berger&Berger, Hreinn Fridfinnsson, Žilvinas Kempinas, Anthony McCall, Blinky Palermo, Laurent Pariente, Robert Ryman, Fred Sandback, Karin Sander, Elodie Seguin, Ettore Spalletti

Commissaires : Marie-No.lle Farcy, Cl.ment Minighetti

Au Mudam jusqu’au 8 février

www.mudam.lu