ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

«Un écosystème qui porte ses fruits»



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Pierre Van Wambeke: «L’échec est un fondement de la réussite.» (Photo: SeeZam)

Chaque mardi, Paperjam donne carte blanche à un entrepreneur, dans laquelle il évoque la manière dont il considère l’entrepreneuriat, les mesures qui pourraient être prises en faveur de celui-ci et un fait d’actualité qui l’a marqué. Aujourd’hui: Pierre Van Wambeke, CEO de SeeZam.

Monsieur Van Wambeke, vous dirigez aujourd’hui SeeZam. Quels sont vos arguments pour convaincre plus de monde à devenir entrepreneur?

«L’Homme s’est toujours mis en recherche de rassurantes certitudes qui contrastent avec la vie. En assurant sa sécurité, l’individu cherche la situation présentant le minimum de risques ou de dangers pour y trouver la quiétude et l’état de confiance. Ce sentiment n’est pas toujours bien fondé, car chacun véhicule avec soi ses angoisses les plus profondes, ses mauvaises habitudes et tout un vécu qui relativisent la notion de 'sécurité' et de 'prudence'.

Aussi, laissez-moi prendre le contre-pied de votre question: je ne cherche jamais à convaincre une personne de devenir entrepreneur! L’art de convaincre relève de la philosophie, c’est en quelque sorte amener quelqu’un à reconnaître quelque chose comme nécessaire. Et puis… rien ne se passe, par sacro-sainte prudence.

En revanche, si vous me demandez si je suis un 'persuadé' et si c’est contagieux, alors je vais sans doute sortir ma rhétorique et vous accompagner dans l’action, dans le concret, dans la réalisation. En effet, la graine d’entrepreneur n’attend que la goutte d’eau (qui a débordé du vase) pour permettre la libération d’énergies individuelles et germer. Pour autant que le terreau fertile soit en place et que l’atmosphère soit propice au développement, que des tuteurs soient disponibles et que les parasites de toutes espèces (sic!) ne saccagent pas cette genèse, la jeune pousse aura sa chance. Et il s’agit d’un processus long et souvent fastidieux, un parcours du combattant. Donc oui, si vous êtes un battant, si vous avez des désirs forts au point de faire des concessions et sortir d’une zone de confort, alors il y a matière à être contaminé par mon virus du bonheur, mon virus d’entrepreneur qui va vous sermonner qu’'il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va' (Sénèque). Et puis, bonne nouvelle, nous avons de la chance à Luxembourg, un écosystème s’est mis en place. Il n’est pas parfait, certes, mais porte ses fruits!

Quelle proposition concrète voudriez-vous formuler au gouvernement pour favoriser l’émergence de nouvelles entreprises au Luxembourg?

«Un précepte nous rappelle que 'si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours.' J’invite le gouvernement à acheter et/ou à faciliter l’achat d’innovation bien plus que la subventionner. En tant qu’entrepreneur, j’ai bien plus besoin d’éprouver mes solutions sur le terrain et de gagner des références que de recevoir de l’argent pour gagner en notoriété.

Ne nous leurrons pas, l’entrepreneur d’aujourd’hui est le Christophe Colomb des temps modernes. Il part pour un long voyage périlleux et il est convaincu du résultat qu’il va trouver. Pourtant, il va découvrir autre chose, peut-être énorme: si vous le savez, lui pas encore. Car c’est un grand malade. Ceux qui tentent de le soigner sont des obstacles à sa réussite. Ceux qui tentent de l’accompagner s’essoufflent, il va trop vite. Seuls ceux qui sont à un moment dans la même galère connaissent les challenges que l’entrepreneur surmonte bravement.

Selon moi, les étincelles qui catapultent l’entrepreneur sur la planète de créateur de start-up nous ramènent aux deux fondements de la pyramide de Maslow:

1. On n’est pas efficace la faim au ventre.

Permettez à l’entrepreneur d’avoir temporairement un revenu minimum issu d’un travail à temps partiel, de conserver un pied dans l’économie réelle pendant une phase de transition. J’ai décidé d’abandonner mon poste de direction enviable lorsque j’avais la chance de décrocher un CDD de 9 mois à mi-temps, un poste modeste mais alimentaire. J’avais ainsi un bon temps plein (il y a bien au minimum 12h de travail dans une journée, non?) pour créer mon entreprise et préparer ce voyage de tous les risques –  Ces entreprises qui peuvent adosser un entrepreneur ou promouvoir l’intra-prenariat doivent être mieux soutenues, favorisons donc ces 'rampes de lancement' (privées ou publiques) qui méritent mieux que le peu de reconnaissance actuelle.

2. Besoin de sécurité.

Si vous êtes employé, vous avez droit au chômage. Normal. L’entrepreneur qui a créé sa start-up n’y a généralement pas droit alors qu’il cotise comme tout un chacun. Normal? Non. Alors qu’il va probablement rencontrer des mois de disette (retour au point 1, pas de salaire = faim au ventre), et donc vivre une discontinuité de revenus, l’entrepreneur est par contre tenu de payer sa sécurité sociale en continu. Enfin, parce qu’il investit beaucoup, la récupération de TVA s’accumule… et n’est récupérable que trop lentement. Dois-je ajouter que la cotisation obligatoire dès le premier jour à la Chambre de commerce, peut être perçue comme le pizzo luxembourgeois? Pourquoi la Chambre n’offre-t-elle pas temporairement un affranchissement total à toute start-up?

Last but not least, rappelons-nous également que l’échec est un fondement de la réussite. Soutenir l’homme ou la femme entrepreneur qui a connu l’échec est en ce sens un devoir pour donner une chance à la réussite. Sans ce changement de mentalité, la peur de l’échec restera un frein au développement de l’entrepreneuriat.

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marqué? Et pourquoi?

«Après le vol de 117 millions d’identifiants Linkedin il y a 3 semaines, c’est au tour de Twitter dont plus de 32,88 millions d’enregistrements de comptes circulent en ce moment dans le dark web. (source: LMI 9/06/2016). Dans la catégorie 'accoutumance conduisant à ne pas réagir à une situation sérieuse', je constate l’indifférence générale des clients des réseaux sociaux qui ne s’offusquent plus des comptes qui se font hacker régulièrement. Personne ne tremble plus, c’est normal, et cela n’a de toute façon plus d’impact sur la fréquentation des acteurs géants!

Ces enregistrements contiennent aussi bien des noms d’utilisateurs, des adresses mails et des mots de passe. Quand on connaît l’hygiène informatique de l’internaute moyen qui utilise un seul mot de passe pour tous ses comptes (>20% en 2013 chez nous), qui utilise le même mot de passe en privé et au travail (faites-vous partie des 35%?), qui ne change jamais son mot de passe même s’il est faible… voilà qui laisse de beaux jours aux pirates et escrocs en tous genres.

Et de rappeler que le Luxembourg est riche d’un savoir-faire en solutions de coffres-forts virtuels, que par définition ces derniers exigent une authentification forte et que chacun peut utiliser pour notamment y protéger une série de mots de passe complexes que l’on a tendance à oublier.»