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Anne Brasseur – DP

«Trouver un modèle de cohésion sociale»



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Députée depuis 1979, Anne Brasseur est égalment présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe depuis janvier 2014. (Photo: DR)

Chaque jeudi, Paperjam a donné carte blanche à un politicien, dans laquelle il évoque ses débuts, la manière dont il perçoit son évolution et celle de son parti, et un fait d’actualité qui l’a marqué.

Madame Brasseur, quel a été votre premier acte militant?

«Mon premier engagement politique remonte à 1972, année durant laquelle j’ai rejoint l’Association des femmes libérales pour soutenir le mouvement afin de changer le code civil pour enfin établir l’égalité entre époux. Comme je poursuivais mes études en Allemagne, je n’étais cependant pas active.

En 1975, Colette Flesch, alors bourgmestre de la capitale, m’a demandé d’être candidate aux élections communales. À ma grande surprise, et à la surprise générale je crois, j’ai été élue conseillère communale à l’âge de 25 ans. J’ai alors 'servi' la ville pendant 28 ans dont 22 comme échevin et, en 1979, j’ai été élue à la Chambre des députés où j’ai été réélue depuis.

Un très grand défi dans ma carrière politique a été le portefeuille du ministère de l’Éducation nationale entre 1999 et 2005. En janvier 2014, j’ai été élue à la présidence de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui regroupe 324 parlementaires de 47 pays.

Comment envisagez-vous votre avenir politique et celui de votre parti? Où en sera-t-il dans 20 ans?

«Le début du 21e siècle a été faste pour le Luxembourg qui a profité d’une formidable croissance économique. Je regrette que nous n’ayons pas réussi, comme membres libéraux du gouvernement entre 1999 et 2005, à nous imposer pour créer des réserves afin de mieux affronter les défis futurs. Au contraire, durant cette période, de nouvelles dépenses courantes ont été introduites.

Quinze ans plus tard, il faut constater que cette politique comme celle qui a suivi s’est faite au détriment des prochaines générations. Aujourd’hui il faut saluer le courage du Premier ministre Xavier Bettel de vouloir redresser la barre, au risque de voir sa popularité baisser tout comme celle du DP.

Quel sera le Luxembourg de 2030? Jusqu’ici toutes les projections se sont avérées inexactes, ce qui fait que je ne me lancerai pas dans ce genre d’exercice. Notre pays sera certainement encore plus diversifié. Il faut comprendre que cette diversité n’est pas une menace mais un enrichissement et un atout.

Il s’agit dès lors de trouver un modèle de cohésion sociale non seulement entre Luxembourgeois et non-Luxembourgeois mais également entre le secteur privé et le secteur public, où les clivages actuels sont énormes, entre les actifs et les retraités, entre les jeunes et les aînés.

À l’ère d’internet c’est le très court terme qui domine, éclipsant des visions à moyen et à long termes. Les partis politiques traditionnels auront la responsabilité de concilier les deux aspects et mon parti devra en tenir compte.

En ce qui concerne mon avenir politique, tout ce que je sais c’est que je déciderai moi-même du moment opportun pour quitter mes fonctions.

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marqué? Et pourquoi?

«Pour moi, c’est le drame des migrants. Actuellement nous sommes sensibilisés par les images qui nous viennent de la Méditerranée. Il ne faut cependant pas oublier qu’il s’agit là seulement d’un élément à comparer aux 60 millions de migrants, dont la moitié sont des enfants,  qui ont fui leur pays, la violence, la persécution, la torture ou la pauvreté ainsi que le terrorisme. Sur un fond de profonde crise économique, les migrants servent de boucs émissaires aux mouvements populistes qui fondent leur 'idéologie' sur l’intolérance et la haine. Or la haine et l’intolérance minent nos démocraties.

Il s’agit d’un drame global auquel il faut trouver une solution globale, sans pour autant nier la grande responsabilité de l’Europe.

Le pape François dans son allocution à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 25 novembre dernier a parlé de la globalisation de l’indifférence. Cette globalisation de l’indifférence risque de tendre vers une globalisation du rejet. Il faut réagir pour mettre un terme à cette tendance.»