ENTREPRISES & STRATÉGIES

Betty Fontaine – Brasserie Simon

«Tolérer l’échec, respecter les efforts»



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Betty Fontaine: «Être entrepreneur, c’est loin d’être facile, mais c’est une très belle aventure.» (Photo: paperJam / Archives)

Chaque semaine, Paperjam donne carte blanche à un entrepreneur, dans laquelle il évoque ses débuts, la manière dont il perçoit l’évolution de sa société et un fait d’actualité qui l’a marqué. Découvrez – ou redécouvrez – Betty Fontaine, CEO de la Brasserie Simon.

Madame Fontaine, vous dirigez aujourd’hui la Brasserie Simon. Quels sont les objectifs à court et à long termes de votre entreprise?

«Garder et fortifier notre place en tant que petit brasseur artisanal et local en nous concentrant de plus en plus sur les bières spéciales. Nous ne pouvons pas rivaliser ‘simplement’ avec des ‘grands’, nous le faisons donc par la créativité, l’audace, la qualité et nous essayons d’assurer un service irréprochable. On fait de notre mieux!

Aller de l’avant sans oublier d’où on vient et travailler le plus possible avec des partenaires locaux, pour boucler la boucle.

Mais je déplore toujours l’inertie de nos politiciens face à la législation sur le cabaretage: les fameuses concessions qui gardent un marché fermé et ne permettent pas aux petits ou aux nouveaux arrivants de pénétrer sur le marché. Alors que l’Europe a mis en place une directive il y a 10 ans que le Luxembourg refuse de transposer, suite au lobby des deux acteurs majeurs sur le marché.

Quels sont vos arguments pour convaincre plus de monde à devenir entrepreneur?

«Être entrepreneur, c’est loin d’être facile, mais c’est une très belle aventure. Et je pense que si l’envie peut être présente, c’est la peur qui freine, la peur de l’échec, et c’est là où il faut commencer le travail: tolérer l’échec et respecter et reconnaître les efforts qui sont faits en premier lieu. Il s’agit de travailler notre culture, qui est d’un côté marquée par la facilité (accès facile à du travail sans obligation de résultat et hautement rémunéré) et de l’autre côté par l’intolérance face à l’échec.

À côté de cela, les gens pensent toujours qu’ils doivent avoir une super idée pour se lancer, comme réinventer la roue. Les besoins des consommateurs sont simples, il suffit de les reconnaître et de faire les choses simplement: il faut que ce soit ‘convenient’.

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marquée? Et pourquoi?

«Le tourbillon autour de Dilma Rousseff. Femme guérilla sous la dictature, torturée, emprisonnée, elle se fait très forte pour son pays jusqu’à en devenir présidente 35 ans plus tard. Fonction dans laquelle elle n’arrivera pourtant pas à faire des étincelles pour son pays, au contraire.

Et maintenant elle se trouve déchiquetée en trébuchant de scandale en scandale (corruption surtout) et je me demande ce qui s’est passé? Où est-elle, l’idéaliste, la battante, celle qui luttait pour des situations justes et équitables?

Et en même temps je me demande ce que le grand public en sait et ce qui est fondé et ce qui ne l’est pas, car finalement ce que le grand public sait, ce n’est jamais que ce que ce les médias nous montrent et je vais même jusqu’à questionner leur neutralité, surtout dans un pays marqué par la corruption.

De façon générale, on oublie souvent de garder l’esprit critique et de regarder au-delà du premier plan.»