POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Réfugiés

Sommets, paroles et promesses



En 2015, l'Allemagne a montré le plus d'ouverture dans l'accueil des migrants en provenance du Moyen-Orient. (Photo: Wikimedia commons)

En 2015, l'Allemagne a montré le plus d'ouverture dans l'accueil des migrants en provenance du Moyen-Orient. (Photo: Wikimedia commons)

Ce lundi, les 28 partenaires de l’Union européenne ont rendez-vous avec la Turquie pour un nouveau sommet sur la crise des réfugiés. On ne parlera plus de «réunion de la dernière chance», tant on a l’impression que celle-ci est passée depuis bien longtemps et que les responsables européens ne font plus aujourd’hui que tenter de colmater des brèches dans des digues qu’ils n’auraient peut-être pas dû bâtir.

Peut-on encore espérer de l’Union qu’elle parle d’une seule voix alors qu’il devient de plus en plus évident que chacun monte ses murs, bâtit ses remparts et tend ses barbelés sans aucun plan d’ensemble? Que va-t-on donc pouvoir bien inventer face au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara pour rester crédible?

Promesses

Les «28» attendent de la Turquie qu’elle intensifie les contrôles sur son territoire pour éviter que des «réfugiés économiques» se mêlent aux humanitaires, en provenance de Syrie ou d’Irak. L'Europe entend aussi lui faire admettre le retour sur le territoire turc de ces migrants dont le voyage ne s’imposait pas pour des raisons vitales. Ce qui semble en bonne voie.

Lors d’un premier sommet, le 29 novembre dernier, l’UE avait promis 3 milliards d’euros au gouvernement turc pour qu’il puisse améliorer les conditions de vie des 2,5 millions de réfugiés syriens sur son territoire. Construire des hôpitaux, bâtir des écoles, etc. De telles mesures font sans doute partie de la solution, même si, au final, c’est avant tout la situation politique en Syrie qu’il faudra régler sur le plan international pour tarir le flux de migrants à la source.

Mais en agissant comme cela, en promettant aussi de rouvrir les négociations d’adhésion à l’espace européen, les «28» adoptent encore la posture du riche prêt à sortir le portefeuille du moment qu’on le laisse vivre en paix et régler ses querelles en famille.

Merkel contre tous

Et, en parlant de querelles, il est quand même étonnant de voir aujourd’hui Angela Merkel faire cause commune, contre vents et marées, avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras pour maintenir ouvertes les frontières de l’Europe et permettre au flux humain en provenance d’Orient de quitter l’impasse hellénique.

Mais les temps ont changé depuis la crise grecque et la position ferme de la chancelière allemande de ne pas vouloir soutenir un pays qui ne faisait pas d’efforts. En 2013, Merkel était en campagne électorale alors qu’aujourd’hui la femme la plus puissante du monde vit son troisième et dernier mandat et peut se montrer soucieuse de laisser une trace d’humanisme dans l’histoire. Ce qui n’est évidemment pas le cas de tous ses homologues, plus prompts à infléchir leurs vues dans le sens de leur opinion publique.

Ce ne sera donc pas simple pour la chancelière allemande. Les dirigeants européens ont, pour la plupart, montré leur vrai visage dès que la menace se rapprochait de leur sol. Ils préféreront donc sans doute poursuivre dans le sens d’une politique de compromission avec un régime turc qui s’écarte de plus en plus de l’idéal européen des droits de l’homme que d’admettre la richesse d’une politique migratoire, qui doit, certes, être coordonnée et contrôlée.

Dans un autre registre, on pourrait se rassurer finalement des retombées de la lourde machine communautaire en se disant que c’est elle qui a permis les bons chiffres de l’hôtellerie grand-ducale en 2015, le Luxembourg ayant assuré la présidence tournante du Conseil de l’Union au cours du second semestre. Mais c’est une maigre, bien trop maigre, consolation.