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Smart: retour aux 39 heures à marche forcée



Les «modulants» affectés aux chaînes de montage pourront être appelés à travailler jusqu'à 23h le soir et maximum 10 samedis par an jusqu'en 2020. (Photo: Smart)

Les «modulants» affectés aux chaînes de montage pourront être appelés à travailler jusqu'à 23h le soir et maximum 10 samedis par an jusqu'en 2020. (Photo: Smart)

Les salariés de l'usine de Hambach ont finalement accepté l'accroissement partiellement compensé de leurs heures de travail sous la menace d'un plan social.

L'année 2015 se termine sur un coup de force bien mené par la direction de l'usine Smart de Hambach. Vendredi, plus de 97% des salariés avaient signé le passage aux 39 heures à compter du 4 janvier 2016. Retoqué par les syndicats en novembre, le «Pacte 2020» est passé au moyen d'avenants individuels.

Retour quelques mois en arrière: cet été, la direction présente le «Pacte 2020», prévoyant le passage progressif de 35 à 37 puis 39 heures pour ses salariés du site lorrain durant les prochaines années avant un retour aux 35 heures en 2021. Concrètement, les cadres et les techniciens renonceront à 10 de leurs 20 RTT (congés supplémentaires octroyés en échange de semaines de 39 heures) tandis que les «modulants» - les ouvriers qui travaillent sur la chaîne de production - devront venir à l'usine jusqu'à 10 samedis par an et le soir jusqu'à 23h. En contrepartie: une prime de 1.000 euros, une augmentation mensuelle de 120 euros bruts et des garanties sur l'emploi (aucun plan social d'ici 2020 et embauche de 50 intérimaires).

Devant l'opposition de deux syndicats sur quatre, la direction organise une consultation interne le 11 septembre. Le «Pacte 2020» remporte 56% de «oui» auprès des 800 salariés. Mais dans le détail, si 74% des cadres et des techniciens y sont favorables, 61% des ouvriers s'y opposent. Raison pour laquelle la CGT et la CFDT, qui réunissent à elles deux 53% des salariés, opposent leur veto à l'accord signé par deux autres syndicats minoritaires.

Plus de 97% des salariés ont signé

Au lendemain de ce veto, Jean-Yves Schmitt, responsable des communications de Smart France, indiquait à Paperjam.lu qu'«il n'y a aujourd'hui pas d'alternative au 'Pacte 2020'». Et pour cause: c'est la compétitivité du site et son existence qui étaient en jeu. L'usine lorraine installée en 1994 produit 100.000 véhicules biplaces chaque année. La direction voulait réduire le coût horaire du travail de 6% pour rattraper en compétitivité le site slovène de Novo Mesto, qui fabrique la ForFour, et espérer obtenir la production de la Smart de quatrième génération.

C'est pourquoi la direction est revenue début décembre avec une nouvelle stratégie: demander l'assentiment individuel des salariés en leur soumettant un avenant au contrat de travail à renvoyer pour le 18 décembre, date des congés de fin d'année. Seule modification apportée à l'accord initialement proposé: l'embauche des intérimaires est passée à l'as. «Je suis très fière de notre équipe Smart de Hambach qui a montré un engagement très fort pour améliorer la compétitivité de notre site», s’est félicitée Annette Winkler, PDG de Smart France, devant le succès de l'opération – plus de 97% d'avenants au contrat de travail signés au 18 décembre, selon Le Monde. «On a vraiment quelque chose d’unanime au niveau des salariés de l’entreprise qui se sont engagés en faveur du 'Pacte 2020'», renchérit Philippe Steyer, directeur des ressources humaines de Smart France, selon l'AFP citée par les Dernières Nouvelles d'Alsace.

C’est du terrorisme social.

Patrick Hoszkowicz (CFDT)

Mais ce coup d'éclat de façade masque ce que les salariés ont ressenti comme «un chantage à l’emploi» pour la CGT et la CFDT qui dénoncent des «pressions» sur les salariés. «Annette Winkler et le patron de l’usine ont été on ne peut plus clairs», rapporte Jean-Luc Bielitz, ouvrier à l’atelier de mise en peinture (CGT), dans les pages du Monde. «Ils nous ont expliqué que si 75% des salariés n’avaient pas signé leur avenant, un plan social serait lancé, l’usine fermerait et la production de la quatrième version de la ForTwo serait délocalisée en 2018 à Novo Mesto, en Slovénie, où le groupe produit déjà la Smart ForFour.» Pour Patrick Hoszkowicz (CFDT), cité par Le Progrès, «ce que la direction a pratiqué, c’est du terrorisme social. Ils ont forcé les salariés à signer. C’était ça ou ils perdaient leur emploi». Un autre modulant cité par Le Monde témoigne: «Mon chef m’a conseillé de signer tout de suite en m’expliquant que ceux qui auront dit 'non' auraient moins de pauses et des plannings différents.»
Les syndicats ne comptent toutefois pas intervenir. «Un sacrifice sur quatre ans, ce n’est pas la fin du monde», tempère Mario Mutzette, délégué CFE-CGC, cité par Le Monde. «Notre combat, c’est l’emploi.» Les salariés découvriront donc leurs nouveaux horaires à la rentrée le 4 janvier. Mais le «Pacte 2020» laissera des traces. «La grande famille de la Smart que la direction nous vend est divisée, l’ambiance est plombée. On s’est senti pris à la gorge juste avant Noël», déplore Patrick Hoszkowicz, cité par Le Monde.