POLITIQUE & INSTITUTIONS

En tant que langue d’intégration

«Pour une promotion pragmatique et réaliste du luxembourgeois»



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Claude Wiseler: «Il nous semble que les administrations communales et nationales devraient, là où la matière se prête, communiquer davantage et de manière plus systématique en luxembourgeois.» (Photo: Marion Dessard)

Faut-il faire évoluer le régime linguistique et introduire le luxembourgeois en tant que première langue officielle comme le suggère la pétition publique 698? Paperjam.lu a posé la question aux responsables des groupes politiques à la Chambre et leur a laissé carte blanche en guise de question.

Pour une promotion pragmatique et réaliste du luxembourgeois comme langue d’intégration!

Le CSV reste fermement attaché à la langue luxembourgeoise sans mettre en cause le multilinguisme de notre pays.

La société luxembourgeoise a évolué au fil des décennies. Environ 290.000 étrangers vivent à Luxembourg et viennent de près de 170 pays différents. Face à une telle hétérogénéité linguistique et culturelle, il revient à la langue luxembourgeoise, en tant que langue d’intégration, un rôle primordial. Au regard du solde migratoire, l’importance de ce rôle ira croissant.

Le luxembourgeois n’a jamais été autant parlé, écrit et lu que de nos jours. Cette évolution est due d’une part, à la volonté politique de promouvoir la langue luxembourgeoise (e.a. renforcement des cours en luxembourgeois, introduction d’un congé linguistique, exigence du luxembourgeois pour acquérir la nationalité, introduction du précoce) et d’autre part, au recours plus systématique à la langue luxembourgeoise par les médias ou le monde culturel ainsi que par les utilisateurs des nouveaux moyens de communication.

Le luxembourgeois ne se meurt pas. Il se développe!

Il nous appartient d’encourager cette évolution.

Le CSV soutient toutes les initiatives pour promouvoir la langue luxembourgeoise pour autant que celles-ci s’inscrivent dans la réalité linguistique complexe de notre pays et pour autant que cette promotion fédère sans diviser, inclue sans exclure.

Une réflexion approfondie sur la façon d’apprendre notre langue au niveau scolaire s’impose assurément. Une telle réflexion doit être menée sans occulter la réalité socio-économique du pays et les défis qui se posent à nous.

La pétition publique 698 propose que le luxembourgeois soit utilisé comme première langue administrative. Une telle proposition signifie que tous les textes de loi, toutes les décisions de justice, toutes les communications soient rédigés en luxembourgeois. Or, les systèmes législatif et judiciaire sont basés sur le français. Quand bien même les ressources humaines et financières seraient données pour rédiger voire traduire les textes de loi en luxembourgeois, notre langue – même si elle nous est chère – n’est pas une langue juridique.

Notre système de droit, notre justice, notre démocratie reposent sur la sécurité juridique et celle-ci s’accommode mal de traductions imparfaites qui laissent la porte ouverte à toute sorte d’interprétations et insécurités.

Pour les mêmes raisons de sécurité juridique, on ne saurait pas non plus adhérer à la proposition d’exiger des administrations européennes de communiquer en langue luxembourgeoise.

Si on ne saurait suivre le pétitionnaire dans sa quête de voir le luxembourgeois érigé en première langue administrative du pays, il nous semble par contre que les administrations communales et nationales devraient, là où la matière se prête, communiquer davantage et de manière plus systématique en luxembourgeois. D’ailleurs, la loi du 23 février 1984 sur les régimes des langues prévoit une telle démarche.

Le CSV se prononce clairement pour une promotion pragmatique et réaliste de la langue luxembourgeoise comme langue d’intégration!

Ajoutons à cela que le CSV considère notre plurilinguisme comme une grande richesse que nous envient beaucoup d’autres pays. Son origine est autant historique que culturelle. C’est un atout nécessaire pour l’économie luxembourgeoise et un avantage qui a permis au Luxembourg d’avoir une place particulière sur le plan international.