COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Management

Robert Dennewald (Eurobéton)

«N’oublions pas les entreprises en place»



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Robert Dennewald «déplore le fait qu’en ces temps de haute conjoncture nous ne pensions pas à mettre en œuvre des réformes de fond». (Photo: Sven Becker / Archives)

Chaque semaine, Paperjam donne carte blanche à un entrepreneur, dans laquelle il évoque ses débuts, la manière dont il perçoit l’évolution de sa société et un fait d’actualité qui l’a marqué. Découvrez – ou redécouvrez – Robert Dennewald, président d’Eurobéton.

Monsieur Dennewald, après une riche carrière qui vous a vu gérer ou diriger plusieurs sociétés, vous présidez aujourd’hui Eurobéton. Quels sont vos arguments pour convaincre plus de monde à devenir entrepreneur?

«C’est surtout mon aspiration à devenir indépendant qui m’a poussé à devenir entrepreneur. Quand on devient entrepreneur on gagne en effet très largement en indépendance. Une indépendance toute relative cependant, puisqu’on reste toujours tributaire de ses clients, de ses fournisseurs et surtout de ses collaborateurs. 

Ensuite, c’est ce désir de prendre des risques qui m’a fortement tenté. Quand je me remémore les réflexions de mon ancien actionnaire quand je lui ai fait part de mon intention de faire un LBO (Leveraged Buy Out) de mon entreprise, qu’il jugeait inouïe, cela me donne un immense sentiment de satisfaction. 

Quand on se lance dans l’entrepreneuriat on est maître de sa stratégie, de ses investissements et de son recrutement. Il s’en dégage aussi une responsabilité vis-à-vis de ses salariés et il est bon de confronter toutes ses décisions importantes à l’avis de conseillers ou d’administrateurs indépendants. 

Finalement, être entrepreneur vous donne la réactivité et la flexibilité typiques pour une PME, chose essentielle dans un monde qui bouge très vite, d’autant plus quand vous vous trouvez en face de grands groupes industriels où le processus décisionnel est parfois lourd et lent. 

Dans votre question vous avez fait allusion à ma riche carrière d’entrepreneur, je vous rassure tout de suite que la principale richesse que j’en ai tirée, ce sont les hommes et les femmes que j’ai rencontrés et auxquels j’ai pu offrir une situation stable et pérenne. Celui qui veut être entrepreneur pour uniquement s’enrichir personnellement risque de passer à côté du sujet.

Quelle proposition concrète voudriez-vous formuler au gouvernement pour favoriser l’émergence de nouvelles entreprises au Luxembourg?

«Je pense que le gouvernement devrait réinstaurer des instruments du type loi Rau, évidemment dans les limites des règles imposées par Bruxelles, offrir des incitatifs fiscaux aux investisseurs en cas d’échec et faciliter la vente et la transmission des entreprises.

Pour ce qui des autres éléments tels que la simplification administrative, je crois que nous sommes sur le bon chemin. Je reste par contre plutôt sceptique pour ce qui est de la sàrl à 1 euro. Quand on veut se lancer dans l’entrepreneuriat, il faut se doter au départ du capital suffisant, quitte à chercher des partenaires ou des investisseurs. Je suis plutôt conservateur en la matière.

On pourrait aussi réfléchir comment l’on pourrait prendre en charge la sécurité sociale des jeunes entrepreneurs en cas d’échec. Je pense en particulier à des jeunes entrepreneurs, qui hésitent à prendre des risques pour ne pas mettre en péril leur famille.

Finalement je pense que la SNCI pourrait jouer un rôle plus actif. Il faudrait réfléchir à moderniser certaines règles de fonctionnement de cette institution.

Dans notre élan bien intentionné consistant à réfléchir comment favoriser l’émergence de nouvelles entreprises, n’oublions cependant pas les entreprises qui sont là depuis bien longtemps et qu’on a trop tendance à négliger. 

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marqué? Et pourquoi? 

«C’est sans aucun doute la déclaration sur l’état de la Nation de M. Bettel et tous les débats qui se sont enchaînés qui ont retenu mon attention. 

Alors que le dialogue social est réduit depuis des années à zéro sur le plan national, la décision d’associer des jours de congé supplémentaires à l’extension de la période de référence dans les entreprises qui n’ont pas de contrat collectif va envenimer les négociations des contrats collectifs existants et mettra inutilement en péril la paix sociale dans les entreprises où le dialogue social a toujours bien fonctionné jusqu’à présent. J’ai l’impression que tous les dossiers à connotation sociale qui ont été, et qui seront tranchés dans la présente législature le seront en faveur des syndicats, au détriment de la compétitivité de nos entreprises. 

Je déplore le fait qu’en ces temps de haute conjoncture nous ne pensions pas à mettre en œuvre des réformes de fond. Nous sommes en train de creuser de profonds fossés entre partenaires sociaux quand nous parlons de législation sociale et du travail, nous avons inutilement polarisé la société luxembourgeoise avec le référendum sur la nationalité, nous allons créer des obstacles financiers insurmontables aux prestataires sociaux avec la nouvelle loi sur l’assurance dépendance, qui ne leur permettra plus de subvenir aux besoins élémentaires de notre population vieillissante, qui a été à la source de notre richesse.

Je suis confiant que le Premier ministre fera en sorte que le gouvernement passe du principe de 'divide et impera' à celui de 'l’union fait la force', bien plus efficace et plus stimulant.»