POLITIQUE & INSTITUTIONS
POLITIQUE

Pénurie de main-d’œuvre

Les spécialistes ICT restent le Graal des entreprises



Priorité dans le cadre de la diversification économique, la digitalisation du pays se trouve confrontée à l’inadéquation entre l’offre et la demande de profils. Une réalité observée à l’échelle européenne, et que le Luxembourg tente de résorber. Avec plus ou moins de succès.

Définie par Xavier Bettel comme «un challenge qui deviendra un danger demain si nous ne sommes pas préparés aujourd’hui», la digitalisation figure tout en haut de la liste des priorités dans le cadre de la diversification économique du pays. Au cœur des échanges du récent Forum économique mondial de Davos, la question reste hautement stratégique, tant ses implications et ses opportunités sont nombreuses. Revers de la médaille, le Luxembourg, tout comme ses homologues européens, peine à trouver les profils recherchés, la faute à une demande bien plus élevée que l’offre disponible.

Sur l’ensemble des 5.260 postes vacants déclarés par les employeurs au 31 décembre 2017, 6,5% concernent ceux liés aux «études et le développement informatique», selon les données de l’Adem. Un chiffre qui traduit l’attrait de plus en plus fort pour les spécialistes ICT des entreprises, qui représentaient 5,1% des salariés luxembourgeois en 2014, selon les derniers éléments publiés par Eurostat. Bien que ne dressant pas un portrait complet de la situation du marché du travail national en raison des lacunes persistantes dans la transmission des informations entre entreprises et l’administration, les données de l’Adem illustrent tout de même une tendance lourde.

Si Isabelle Schlesser, directrice de l’Adem, estimait, en janvier 2016, qu’il existait «six fois plus d’offres déclarées que de demandeurs d’emploi disponibles dans le secteur IT», la situation semble n’avoir guère évolué depuis. Et ce, malgré la mise en place de différentes initiatives destinées à combler ce vide. Que ce soit via la réinsertion de chômeurs grâce à des formations spécialisées, la mise en place de parcours scolaires orientés web au sein de l’école publique, ou bien encore l’assouplissement de l’accès au marché du travail pour la main-d’œuvre qualifiée originaire de pays situés hors Union européenne. Instaurées en juin 2015 via deux règlements qui facilitent d’une part l’arrivée au Luxembourg de concepteurs de logiciels ou de spécialistes des bases de données et l’abaissement des conditions d’obtention de la carte bleue européenne d’autre part, ces mesures semblent donner des premiers résultats.

À en croire les données de la direction de l’Immigration, quelque 900 autorisations ont été délivrées à des ressortissants non européens en 2017, contre 600 deux ans plus tôt. Principalement à des personnes venues d’Inde, des États-Unis et de Russie en ce qui concerne la première délivrance. Même si les données transmises ne permettent pas de connaître les raisons de l’accord de séjour sur le territoire, elles font état de pays reconnus pour la qualité de leur spécialiste ICT. Pas de quoi cependant répondre encore à la demande des entreprises luxembourgeoises, qui sont 61% à rencontrer des difficultés de recrutement de ces perles rares. Soit l’un des niveaux les plus élevés de l’Union européenne.

Pour contourner cette difficulté, certaines d’entre elles misent sur la formation interne des membres de leur service IT, tandis que d’autres font le choix de spécialiser d’autres salariés pour tenter de répondre au mieux à leurs besoins. Selon Eurostat, en 2016, les fonctions de maintenance de l’infrastructure, de développement et soutien de logiciels de gestion et de solutions web, ainsi que de sécurité et de protection des données étaient majoritairement effectuées en externe, les tâches effectuées en interne étant principalement réservées à la gestion des logiciels de bureautique et au développement de solutions web.

Si la majorité des entreprises à la recherche de spécialistes ICT évoluent dans le milieu, la part de celles qui cherchent à tirer profit de la digitalisation augmente. Ce qui va de pair avec l’apparition de nouveaux métiers, que ce soit des analystes spécialisés dans la robotisation ou l’automatisation ou des développeurs blockchain. Alors que la demande de développeurs Java reste forte, les profils demandés deviennent plus complexes, avec une orientation claire vers le développement mobile. À noter notamment la forte demande de spécialistes de la sécurité, en lien direct avec l’implémentation au 25 mai prochain de la réglementation générale sur la protection des données. Autant de caractéristiques qui répondent aux exigences de la Place, tournée vers des niches au fort potentiel de croissance.