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Les lents adieux à l'atome



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La construction d'un dôme géant sur la centrale de Tchernobyl devrait relancer la réflexion sur la sécurité du nucléaire. (Photo: Licence CC)

Décidément, la décision de sortir (ou non) du nucléaire civil est bien difficile à prendre. Et surtout à mettre en pratique. Ce dimanche, les citoyens suisses étaient appelés à s’exprimer sur une sortie accélérée du nucléaire comme source d’énergie pour le pays. Et à 54,23% des voix, ils ont dit non.

On ne peut en vouloir aux Suisses plus qu’aux autres. Alors que le pays envisageait la construction de nouvelles centrales au cours des prochaines années, suite à la catastrophe de Fukushima, en mars 2011, il a rapidement opté pour un arrêt progressif du nucléaire. Le point final avait été fixé à 2050. L’ambition du référendum, poussé par les Verts, était de ramener l’échéance à 2029.

On imagine mal la Suisse déroger avec les principes de sécurité maximale, même si les Helvètes abritent la plus vieille centrale du monde, celle de Beznau, à la frontière allemande, déjà âgée de 47 ans. Mais pour repousser l’idée d’avancer l’échéance, le gouvernement a mis en avant le risque de dépendance énergétique qu’elle provoquerait.

Dépendance en cascade

Actuellement, le mix énergétique du pays est composé à 60% d’énergie hydraulique, pour un tiers d’énergie nucléaire et pour le solde d’autres sources renouvelables comme le vent et le soleil. Fermer les centrales reviendrait pour les énergéticiens suisses à devoir se fournir en électricité chez les voisins français, allemand et italien. Des pays qui connaissent eux-mêmes des tensions importantes au niveau de leur parc national.

Actuellement, le parc nucléaire français, le deuxième mondial après les États-Unis, subit l’arrêt de nombreux réacteurs soumis à des vérifications de la résistance des générateurs de vapeur. Quant à l’Allemagne, la décision d’Angela Merkel de fermer le parc nucléaire d’ici 2022 provoque une certaine désorganisation de la production.

L’Europe négocie un long et lent virage qui doit l’amener, tôt ou tard, à baser son mix énergétique sur les énergies tirées des éléments naturels. En attendant l’atteinte de cet objectif, pas mal de décideurs continuent à penser que le recours à l’atome, popularisé à la suite des crises pétrolières des années 1970, est un moindre mal. La production de C02 est en effet nulle et tant pis pour les déchets qui, eux, mettront plusieurs milliers d’années à devenir inoffensifs.

Un acte irréfléchi, donc, par rapport aux générations lointaines – Imaginez qu’en l’an 4.000, des panneaux «danger» continueront de prévenir de la menace de sites d’enfouissement de déchets radioactifs – et aux pays frontaliers qui n’ont rien demandé. Comme le Luxembourg, qui se sent de plus en plus menacé par la vétusté et les problèmes techniques à répétition des réacteurs belges de Tihange et français de Cattenom.

Changer de logique

Mais les champions énergétiques entretiennent parfois des liens bizarres avec les États censés protéger les citoyens. Pour la France, c’est la réputation du géant national EDF et donc du pays. Pour la Belgique, c’est la rentabilité d’Engie-Electrabel et les liens d’amour-haine qui lient l’énergéticien français aux gouvernements belges, selon la couleur.

On ose espérer que la sécurité des centrales nucléaires reste sous le meilleur contrôle possible. Mais affirmer que des accidents de l’ordre de Tchernobyl et Fukishima n’arriveront plus n’est pas réaliste. Les besoins en énergie ont poussé certains pays à la limite de la sécurité. Comme en Arménie où le gouvernement maintient en activité la centrale de Metsamor, son unique réacteur, vieille de près de 40 ans, construite avec la technologie soviétique et située dans une zone à hauts risques sismiques.

Continuer à croire dans la solution nucléaire ne fait que ralentir l’émergence des sources renouvelables. Le besoin crée l’outil et le risque de manque d’énergie ne peut que faire entrer en fusion la matière grise pour des solutions plus propres et moins risquées.