PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Place financière

Les grandes banques font de la résilience



Les grandes banques commerciales de la Place ont dressé le bilan 2016. Une année à nouveau compliquée dont elles ne sortent pas trop cabossées. Mais le contrôle des coûts reste un exercice de haute voltige.

La période des résultats annuels touche à son terme pour les grandes banques commerciales actives au niveau du Grand-Duché. L’occasion de dresser un bilan de l’activité bancaire, ces derniers temps fréquemment qualifiée de difficile. En cause, deux raisons majeures: l’accumulation de nouvelles réglementations et les taux bas. Les nouvelles mesures réglementaires, qui s’ajoutent par couches successives, pèsent de manière importante sur les coûts. Elles ont obligé les institutions financières à détacher, voire embaucher, du personnel pour la mise en œuvre de ces nouvelles règles. Les dirigeants des banques de la Place n’en nient pas l’intérêt, notamment en ce qui concerne la protection des clients, mais ils souhaitent cependant une plus grande logique dans les décisions d’imposer ces nouvelles règles.

Quant aux taux d’intérêt très bas, ou négatifs, ils ont été décidés par la Banque centrale européenne pour lutter contre l’inflation – sa première mission –, mais pèsent évidemment sur les marges bénéficiaires. Or, sauf événement imprévu, il est fort probable que le discours sera le même dans un an lors de la présentation des chiffres 2017. Les analystes prévoient en effet une lente remontée des taux, mais en situant le point d’inflexion à la mi-2018. En attendant, le mot d’ordre est donc: patience!

La banque se réinvente

Si l’on en revient aux résultats annoncés par la Bil, la BCEE, BGL BNP Paribas, Raiffeisen et ING Luxembourg, on constate que toutes ont regretté le «contexte difficile» dans lequel elles doivent travailler actuellement. Pourtant, les chiffres annoncés ne sont pas si mauvais. BGL BNP Paribas signale ainsi une progression de son résultat net consolidé de 13%. La Bil, pour des raisons de périmètre, préfère mettre en valeur un résultat net d’exploitation avant impôts en hausse de 3% (124 millions d’euros). Le bénéfice net de la BCEE est en augmentation de 4,7%.

ING Luxembourg a annoncé, dès le mois de février, un repli de son résultat net de 3%, mais l’explique par le montant d’impôts payé au cours de l’exercice, et non pas par une diminution de l’activité. Finalement, seule la banque Raiffeisen, qui a vu son bénéfice net se réduire de 5,6% en un an, pointe directement l’effet des «coûts que la banque a dû engager pour se conformer aux nouvelles réglementations, et qui n’ont pu être compensés que partiellement par les gains de productivité atteints dans les différents domaines opérationnels». La banque coopérative Raiffeisen n’a encore livré que des évolutions générales de son activité 2016. Elle attend l’assemblée générale du mois de mai pour confirmer les chiffres définitifs.

Réduction des agences en cours

Mais, lors d’un premier point à la mi-mars, Guy Hoffmann, le président du comité de direction, a émis des craintes pour l’avenir des banques de plus petit format, si les instances internationales continuaient à imposer de nouvelles règles. Raiffeisen regrette d’autant plus l’impact de ces normes – elles ont fait grimper ses coûts d’exploitation de 2,3% – que son activité purement commerciale a, elle, évolué de manière favorable. Elle a notamment tiré profit de son partenariat avec Post Finance (groupe Post), signé en février 2016 et marqué par une entrée de Post à hauteur de 10% dans Raiffeisen. En effet, les dépôts de la clientèle ont augmenté de 2,7%, un taux de progression qui a même atteint 6,6% pour la clientèle des particuliers.

Cette année, la BCEE a déjà annoncé qu’elle fermerait sept agences de son réseau national. Même si la banque contrôlée par l’État a une obligation de service vis-à-vis du citoyen qu’une banque privée n’a pas, le constat est cependant clair pour elle aussi: les clients se rendent de moins en moins dans les agences. Des bureaux dans des zones peu peuplées n’ont donc plus leur raison d’être, à l’heure où la clientèle utilise de plus en plus les outils digitaux pour gérer ses comptes. L’enjeu concerne l’ensemble du secteur et demandera, lui aussi, d’importants investissements pour rester en bonne place dans l’impitoyable course technologique.

BGL BNP Paribas a également insisté, lors de sa présentation des résultats, sur l’importance d’une approche de service «omnicanale». Le but étant que les clients puissent interagir avec la banque via l’outil qui leur convient le mieux, où qu’ils se trouvent. Dans une interview accordée à Paperjam.lu dans la foulée des résultats annuels 2016, Carlo Thill, le président du comité de direction de BGL BNP Paribas, a encore insisté sur le besoin de la banque de «se réinventer».

Expliquant qu’il n’est plus possible de fonctionner via un canal différent selon que le client est en agence ou devant son écran, il parle d’un «gros projet en cours de refonte du web banking: nous disposons actuellement de cinq plateformes différentes et nous sommes en train de les fusionner. C’est un projet qui se chiffre en plusieurs millions d’euros.»

L’activité reste saine

Les résultats de la Bil, publiés début avril, viennent encore le confirmer. La banque, détenue à 90% par le groupe qatari Precision Capital, parle de «solides performances» et de «taux de croissance supérieurs à ceux du marché». Elle note que, malgré un environnement de taux bas, les dépôts de la clientèle ont augmenté de 7,4%, à 16,1 milliards d’euros. Les actifs sous gestion sont passés de 35,5 milliards d’euros à 37,7 milliards grâce à l’afflux de capitaux dans le segment gestion de fortune (+1,9 milliard), et les prêts à la clientèle ont atteint la barre des 12 milliards (+5,9%).

«Nous avons revu notre offre commerciale avec l’effet positif d’augmenter les volumes de dépôts, prêts et actifs sous gestion. Non seulement nous résistons aux taux bas qui grèvent nos marges, mais surtout nous continuons de croître. Notre stratégie Bil2020, centrée sur l’innovation, la digitalisation et l’adaptation constante de notre proposition de valeur à l’évolution des besoins de nos clients, reste notre cap pour les années à venir», explique Hugues Delcourt, président du comité de direction de la Bil.

Bref, à entendre les messages distillés en termes de bilan d’année, la situation n’apparaît pas catastrophique. Si ce n’est que, comme l’indique la Commission de surveillance du secteur financier dans un bilan des comptes de profits et pertes des établissements de crédit (fin 2016) publié le 18 avril, les frais généraux ont encore augmenté de 1,2% en rythme annuel. Or, indique la CSSF, les frais de personnel sont restés stables (+0,1%). Ce qui, selon elle, semble refléter des investissements dans de nouvelles infrastructures techniques, ainsi que les charges à supporter par les banques pour leur mise en conformité avec un cadre réglementaire à complexité et coûts accrus. On y revient.