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POLITIQUE

Mobilité au Luxembourg

L’électromobilité trace peu à peu sa route



Si le Luxembourg entend se positionner comme «un modèle» d’ici 2022 en ce qui concerne la mobilité, le parcours qui doit permettre d’atteindre cet objectif reste semé d’embûches. La mise en place d’alternatives au schéma actuel commence peu à peu à produire ses effets.

À en croire aussi bien Étienne Schneider (LSAP), vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, que François Bausch (Déi Gréng), ministre du Développement durable et des Infrastructures, la mobilité au Luxembourg changera radicalement au cours des prochaines années. Si l’un présente le pays à l’international comme «un laboratoire et banc d’essai pour de nouvelles technologies», l’autre rêve d’en faire «un modèle de mobilité d’ici cinq ans». Deux manières de promouvoir le pays dans sa volonté de diversification économique, de répondre aux objectifs de réduction de 60% des émissions de CO2 d’ici à 2050, mais aussi dans celle d’apporter des solutions aux importants problèmes de congestion du trafic.

Si le tram et ses neuf pôles multimodaux apparaissent comme une solution à moyen terme, d’autres aspects liés à la mobilité sont en cours d’implémentation. Particulièrement en lien avec l’électromobilité. C’est dans cette optique qu’est en cours d’installation un réseau national de bornes de recharge électrique, capables d’alimenter les batteries de 1.600 véhicules d’ici 2020. Soit 800 bornes à installer. À ce jour, 76 d’entre elles sont devenues réalité, ce qui représente une charge mensuelle supérieure à 10.000 kWh, selon les dernières données fournies par Creos. «Soit 50.000 km parcourus exclusivement en électrique», assure le fournisseur d’électricité, qui précise que «la demande augmente de 50% tous les mois» et que «cet accroissement dépasse nos estimations».

Car si les voitures électriques ou hybrides sont très loin d’avoir pris le pas sur les véhicules thermiques, l’engouement qu’elles suscitent ne cesse de croître. Au 1er janvier 2017, 1.324 véhicules essence/électriques étaient officiellement immatriculés au Luxembourg, contre 685 voitures 100% électriques. Sur un parc automobile situé au-delà de la barre des 50.000 véhicules.

Selon les données de l’European Alternative Fuels Observatory, initiative liée à la Commission européenne, quelque 600 véhicules fonctionnant partiellement ou entièrement avec des batteries électriques ont été immatriculés depuis le 1er janvier. Soit le double du nombre d’immatriculations enregistrées en 2016. Sans surprise, les véhicules hybrides restent les plus recherchés par les automobilistes, avec deux tiers des immatriculations.

Pour ce créneau, les automobilistes privilégient les Allemandes et leurs modèles haut de gamme, puisque sur les cinq véhicules les plus vendus, quatre ont été conçus par des ingénieurs outre-Rhin. BMW devance ainsi Mercedes, Volvo et Volkswagen.

Pour les véhicules «zéro émission», les automobilistes luxembourgeois marquent leur nette préférence pour l’Américain Tesla et ses modèles S et X, bien loin devant la Renault Zoé et la BMW i3. Un phénomène qui pourrait prendre encore de l’ampleur dans les années à venir avec l’intérêt que suscitent ces véhicules auprès des gestionnaires de flottes de sociétés.

Mais bien qu’en hausse au cours des cinq dernières années, les ventes de «véhicules propres» sont loin de permettre au Luxembourg d’atteindre ces objectifs, fixés en 2012 à 40.000 véhicules électriques d’ici à l’horizon 2020. Même si actuellement, la part de marché des véhicules électriques et hybrides est supérieure à la moyenne européenne, l’écart risque de ne pas être comblé au cours des deux années à venir. D’où la mise en place, dans le cadre du budget 2018, de nouvelles incitations financières à destination aussi bien des particuliers que des entreprises. «L’abattement pour mobilité durable» destiné à l’acquisition d’un véhicule «zéro émission» sera ainsi étendu aux hybrides. De 5.000 euros pour les voitures 100% électriques, ce dernier sera de 2.500 euros pour les véhicules essence/électriques qui ne dépassent pas les 50 g de CO2/km.

L’introduction d’«une incitation fiscale pour mobilité durable au bénéfice des entreprises» figure également dans le projet de loi présenté par Pierre Gramegna (DP), ministre des Finances. Destinée à «augmenter la part des véhicules zéro émission dans le parc automobile des entreprises», la mesure consistera en l’intégration des véhicules roulant à 100% à l’électricité ou à l’hydrogène «dans le périmètre des biens éligibles à la bonification d’impôt pour investissement». Le texte indique ainsi que «lors du calcul de l’investissement global, le prix d’acquisition, après déduction d’une éventuelle subvention, est pris en compte jusqu’à concurrence du montant de 50.000 euros par véhicule éligible. Aucune limitation n’est prévue au niveau de l’investissement complémentaire». L’acquisition de logiciels fera également partie de la réforme, le projet de loi précisant que le taux de bonification s’élève «à 8% pour la première tranche d’investissement ne dépassant pas 150.000 euros et à 2% pour la tranche d’investissement dépassant 150.000 euros». Aucun chiffre quant aux retombées escomptées de ces mesures n’a toutefois été donné.